|
Les Caracoles Célestes
Bon, Ben pas de quoi fouetter un chat... un gros 100kms, 101 pour être précis, et 2950 M de D+... va falloir qu'ils pensent à organiser une course pour homme... ces ballades dominicales deviennent lassantes...
Bref, 2h30, dimanche matin, jour du Seigneur, des communions... je sors du lit, prends une douche et déjeune : une boîte de riz au lait chocolaté, café et jus de fruits... je pars sous le regard suspicieux de ma femme, il est 3 heures.
Arrivé à Namur vers 4 heures, je finis de déjeuner en m'enfilant tartines de confitures, café, prends mon dossard et termine de me préparer.
"Mais bon Dieu, qu'est ce que je fous là ?!?" Nous sommes 160 à nous poser la même question, et c'est à 5h15, après un rapide brieffing, que nous démarrons.
Il fait encore noir, mais personne n'a sa frontale, nous voulons tous profiter de la magie d'un lever de soleil sur la ville. La descente vers la vallée se fait en troupeau indiscipliné, et les rires nerveux commencent à faire place au silence.
Les premières descentes et montées se passent dans la bonne humeur; le début de parcours ne trahit pas ce qui nous attend. Les côtes ne sont pas trop dures mais nous sommes tout de même prudents et en gardons sous le pied, au cas où...
Je suis prudemment La Castafiore et Mercator, deux rodés du long, me disant que les suivre me permettra d'avoir une allure sage. Je fais la connaissance de Joe, avec lequel je ferai les 50 premiers kms. Tout en papotant, regardant le paysage, prenant des photos, le temps passe calmement, je suis bien, en forme. Il commence à faire chaud et déjà, sur le coup de 8 heures, les 20° sont atteints. Je bois énormément et sens que la journée ne sera pas de tout repos.
Après 3h15 de course, nous arrivons au premier ravitaillement. Contrairement aux trails normaux, ce ne sont pas des individuels qui courent, mais des groupes, et ce sont plus d'une vingtaine de personnes, en pleine brousse, qui mangent et discutent ensemble. Je mange et bois, sirote un peket et repars, toujours en compagnie de Joe. 750 M de D+ et 25 kms de faits.
Je suis étonné de ma forme, et dois calquer ma course sur La Casta pour ne pas me brûler. La traversée de certains villages est amusante car il nous arrive de passer devant des églises à la sortie de messe, et devant les communiants que l'on photographie, cela fait parfois désordre, un peu comme un essain de guèpes qui fondent sur leur proie.
Après 37 kms, nous retrouvons l'organisateur, rubalise à la main... Surpris en flagrant délit de débalisage ? non, plutôt le contraire, car un forestier à enlevé le marquage sur plusieurs kms, sous prétexte de traversée de terrains privés. Comique, le mec. Nous suivons les conseils du chef pour retrouver, trois kms plus loin, le balisage de la course. Il est presque midi, la température est de 25°, j'ai déjà bu 5 litres d'eau, je commence à avoir faim.
7h15, temps de passage au 50ème km, 1500 M de D+ de fait.
Bon, maintenant, on décompte ! Je prend 20 minutes de pause pour manger et boire, et repars seul, mon équipier du matin est déjà parti, et les autres mangent encore...
La nature est vraiment superbe, le soleil brille, le parcours toujours aussi splendide. Pour peu, à nous voir nous promener ainsi, on pourrait croire à la marche Adeps du village d'à coté, si ce n'est que nous savons tous ce que nous avons fait, et surtout ce qu'il nous reste à faire.
59ème km : nous traversons un haut lieu de l'histoire. Durant la guerre 40, Hitler, parti pour négocier, en train, à la frontière italienne, se terre dans le tunnel que nous traversons en courant, pour échapper aux bombardements alliés. La fraicheur du tunnel tranche singulièrement avec la température extérieur qui est maintenant à 30° au soleil.
Encore bien que des points d'eau sont accessibles car il fait vraiment chaud. il est 14 heures, et j'ai un fameux coup de barre, j'ai envie de m'endormir... je repense à Millau 2007, et me laissse planer dans mes souvenirs...
Ca y est, je déconnecte, mon esprit s'évade. Arrivé à un point d'eau, je bois à même la fontaine, et l'eau plus que nature me grise. Je continue seul, perdu dans mes pensées, je suis loin.
Il est maintenant 16 heures 45, j'ai fait 75 kms, 2250 M de D+ et ai bu 8 litres d'eau. Je sature. Une concurrente avait mis sur une table des sachets de ORS, solution réhydratante pour nourrissons, et j'en prend un verre.
Génial, ce truc, infâme à boire, mais oh combien régénérateur, je ne peux que le conseiller à toutes et tous qui courez sous le soleil !
Et toujours ces côtes, et toujours ces descentes, et toujours ce paysage aussi bucolique. Ca y est ! Même si mon esprit vagabonde, mon corps suit ! La forme est de nouveau là, je ne dors plus, je prends de temps en temps mes puls au dessus des montées, et suis rarement au dessus de 130.
Des supporters nous font la fête à chaque endroit possible, la fête est belle, réussie !
90 ème kms, une amie me donne les derniers tuyaux de course, et je pars à l'asssaut des derniers 11 kms, dont deux grooooossses côtes, et des bosses de chameau. Nous sommes de nouveau 8 à courir ensemble, et ne nous lacherons plus. La traversée de Namur se fait dans la rigolade jusqu'à ce que nous ne trouvions plus de marques de course ! Un comparse habitant Nanur nous indique un chemin nous reconduisant vers la citadelle. Cette personne, en moins de trente seconde, s'est fait 7 ennemis. Son petit chemin, fastoche, a en fait un pourcentage moyen de 18%, avec deux passages à 35%, pas longs (10-15 mètres) mais qui, après 100 kms, nous tuent !
Et enfin, la délivrance, l'arrivée ! Le temps qui nous sépare sur papier n'est du qu'au doigté du chronomètreur sur le clavier. Cela n'a pas d'importance, tant l'accueil des spectateurs et la chaleureuse ambiance nous prend aux tripes.
Il est 21h30, il y a 16h09 que je suis parti.
je suis bien, J'en ai une fois de plus pris plein les sens, la vue, l'ouie, l'odorat; j'ai encore dans la tête les odeurs de colza, pivoines, foin fraichement coupé, bouleaux, de terre, de l'eau..., la beauté du paysage, le regard de ces gosses sortant d'une église stupéfaits de nous voir déblouler comme des extra-terrestres...
Je suis bien, je voudrais partager, je ne peux pas, je ne sais pas. Je bois une bière, j'essaye de manger, mais ai la gorge serrée. Je descend prendre une douche, je rentre. Il est minuit, je me glisse dans mes draps.
"Bonne nuit, Nouch, bonne journée ?
-oui, merci, et toi ?
-petite ballade bien agréable, à tout à l'heure..."
Lorsque deux mondes se retrouvent...
temps de passage au 25 kms : 3h15
temps de passage au 50 kms : 7h15
temps de passage au 75 kms : 11h50
arrivée 101 kms : 16h09
103ème sur 160 partants, 125 arrivés
température à 5 h : 15°
température à 10 h : 20°
température à midi : 25°
température à 15 h : 30°
température à 18 h : 20°
température à 21 h : 18°
10 litres d'eau bus, 2 litres d'autres liquides
C'était la première et peut-être la dernière édition de ce trail, mais avec les Célestes, chaque course, même ancienne, est une première !
Pour info, La castofiore est une dame, elle s'appelle Chantal Peters, et court comme une gazelle !
http://www.traildescaracoles.be
|