Petite présentation
Je suis née le 22 janvier 1969 à Grenoble et je suis la benjamine d’une famille de quatre enfants. Issue d’un milieu modeste je grandis à Reims où je réside toujours aujourd’hui.
J’ai 2 enfants : Lilian né en 1995 et Ambre née en 2000. Lilian est atteint d’une maladie hémorragique héréditaire rare qui touche les hommes mais est transmise par les mères, l’hémophilie. Elle est due au déficit partiel dans le sang du facteur de coagulation et concernant Lilian sa coagulation n’est que de 2% (Pour plus d’info, vous trouverez le site internet de l’association à la fin de l’article).
Au niveau professionnel, je suis commerciale et comme je suis sur la liste d’athlètes de haut niveau, je peux bénéficier d’une CIP (convention d’insertion professionnelle). On m’octroie donc 25% de détachement pour m’entraîner, ce qui me permet de continuer à travailler tout en ayant du temps pour mes entraînements et ma famille.
Comment la course à pied est rentrée dans ta vie ?
En fait j’ai toujours couru ! A 11 ans, en entrant en 6ème, je suis repérée par mon prof d’EPS. Bien sûr, il me propose de participer aux championnats UNSS et très vite je me prends au jeu. Je deviens la fierté de mon père qui me suit sur les compétitions. Je prends une licence FFA. Tout va pour le mieux, en minime je cours le 1000 m en 3’10, en cadette le 1500m 4’40 sans parler de mes très bonnes places en cross.
En 1988, je suis alors junior, et c’est l’année de tous mes records entre les championnats UNSS, les FFA, les relais, je participe à 7 championnats de France dont celui de cross. Je termine ce championnat à la 4ème place avec l’objectif d’être sélectionnée pour participer aux championnats du monde et tenir ainsi une promesse faite à mon père. Malheureusement 1988 est aussi l’année des J.O de Séoul et pour des raisons de budget, la fédération d’Athlétisme décide de ne pas emmener de juniors aux championnats du monde. Je ne pourrai donc pas honorer cette promesse.
En 1989, mon père décède subitement. Je raccroche mes pointes et il faudra la force de persuasions de plusieurs amis qui m’encouragent à me battre de nouveau, à courir pour LUI, pour que je reparte sur la route et retrouve un bon niveau régional ….
Mais comment passe-t-on du cross aux 100 km ?
En 2004, une discussion avec Pascal Fétizon, concernant les 100km qu’il venait de courir, m’incite à tenter ma chance (une sélection) lors des prochains championnats de France. A cette époque, courir un 100 bornes me paraissait plutôt fou !!! En consultant le calendrier, je remarque que les championnats tombent le même jour que la fête des pères !!! Hasard ou coïncidence de la vie : et si 15 ans plus tard, j’offrais à mon père cette sélection qu’il attendait tant. Plus motivée que jamais, je me prépare, m’investit et le 20 juin 2004, je deviens vice-championne de France du 100 km en 8h14’ et j’obtiens ma première sélection. Je me souviens encore de cette sensation de soulagement et d’accomplissement qui m’a envahie lors de mon arrivée.
Ma vie d’athlète est relancée : en 2005 je bats mon record de 14 minutes. Je cours maintenant la distance en 8h00. L’équipe féminine dont je fais partie finira Championne d’Europe et Vice Championne du monde et moi, 4éme au mondial en individuelle cette année là. En 2006, je suis vice-championne d’Europe à titre individuel. Au mondial de Séoul, je bats de nouveau mon record et je passe sous la barre des 8h00 en réalisant 7h45’.
Ce genre de course s’aborde avec beaucoup d’humilité. Il faut savoir respecter ceux qui sont vos adversaires le temps d’une course. A mon niveau de préparation, la grande différence entre un marathon et un 100 bornes, c’est surtout la gestion de l’incertitude : autant on peut être à peu prêt sure de finir un marathon avec une bonne préparation (et pas d’incident pendant la course bien sur), autant on ne peut jamais être sure de pouvoir finir un 100 km. Ce qui est valable pour moi l’est tout autant pour les autres coureurs. Cela entraîne la mise en place d’une vraie tactique physique avec une grosse montée en volume pour l’entraînement.
Et le marathon des sables alors ?
Je ne me suis pas contentée d’y aller, je l’ai gagné chez les femmes en mars 2007. J’ai couru pour l’association des hémophiles et surtout pour mon fils. J’ai abordé ce marathon comme j’aborde un 100 km ne rajoutant en fait que quelques sorties avec sac à dos à peine chargé. Cette traversée du désert fut un apprentissage de résistance, d’humilité, et de maîtrise de la force mentale et physique. Passer 8 jours dans le désert au milieu d’un campement constitué à majorité d’hommes (800 environ) n’est pas non plus toujours facile mais j’ai ressenti beaucoup de respect de leur part. Il est évident pour moi que j’y retournerai et ce sera sûrement en 2009.
L’année 2007 fut aussi une grande année sur bitume non ?
Ma rencontre avec Dominique Chauvelier, grand nom de l’athlétisme français, va m’amener à préparer l’autre grand objectif de l’année : les championnats du monde de 100 km qui se déroulaient en septembre. Il prend le temps de s’entraîner avec moi et en juillet, avec une équipe composée de 8 athlètes d’Endurance 72, le club que je viens de rejoindre, nous partons pour un tour de France en courant. Je cours 400 km en 15 jours et à une moyenne de 15 km/h. ! Cela me parait encore complètement dingue aujourd’hui mais le résultat est là et le 8 septembre 2007 ; je deviens championne d’Europe, vice championne du Monde. Cerise sur le gâteau : je bats le record de France en 7h26’… Une semaine plus tard j’enchaîne sur la victoire des 10km d’Agen, le Paris Versailles, je bats mon record sur semi à Beaufort en 1h17’ et je termine ma saison avec un 10km en 35’24… Bref une grande année !
Nous suivrons de prêt l’année 2008 de Laurence qui sera, il n’y a pas à en douter riche de nouvelles victoires et de grands moments d’émotions.
Liens :
Le site perso de Laurence : http://www.laurencefricotteaux.com
Le site de l’association française de l’hémophilie : http://www.afh.asso.fr/
Le site de son club : http://www.endurance72.com
Votre père doit vraiment être fier de vous.
mes sincères félicitations