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août 11
2010
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Bonne nouvelle !
L’ultra6000D ne sera pas le même jour que Marvejols-Mende en 2011.
Ben oui, il me reste 9km à courir, mais comme ils ne voudront jamais que je ne cours que cette distance, je suis bien obligé de parcourir les 101 premiers petits kilomètres non ? Mais il est hors de question que je rate Marvejols-Mende une deuxième année d’autant que j’espère bien accompagner Fanny48 l’année prochaine…
Mais revenons à l’édition de cette année…
Dans un premier temps, j’avais inscrit la promenade à mon calendrier conditionnée cependant à ma récupération de l’Intégrale de Riquet. Un deuxième projet devait annuler cette décision, une petite sortie off sur trois jours en Lozère avec Cécil (4 étapes de 25 à 30km par jour sur le causse de Sauveterre, les gorges du Tarn, le causse Méjan et le Mont Lozère), histoire de mettre à profit le stage trail qu’elle devait effectuer du côté de chez Maylïs, le week end précédent. Pour différentes raisons, la vie suivant son cours, pas toujours de la façon dont on le souhaiterait et à mon grand désappointement, Cécil se vit dans l’impossibilité, et de faire le stage et d’effectuer notre jolie flânerie. Mes vacances étaient posées, je n’allais pas les annuler et puis, le moral n’était pas au mieux, je devais réagir avant qu’une dépression ne m’anéantisse complètement… Trois semaines après les chemins de hallage du canal du midi, je décidais donc de profiter de mon endurance acquise (plus de 120km/semaine en moyenne depuis la Balade de Riquet) pour me tester en montagne comptant, une fois de plus sur mes pieds pour sortir la tête de l’eau.
La course se court le 24 juillet… Je réserve donc un appartement à Belle-Plagne à 2075m d’altitude dès le 21 juillet, espérant ainsi profiter des beautés et des bienfaits de l’altitude.
Je dois bien avouer que je suis un peu inquiet… Même si je ne ressens plus aucune fatigue de mon escapade et que je suis habitué à courir en montagne, j’ai peur de souffrir sur les longues montées. D’autant que la dernière côte que j’ai gravie, remonte à l’Aubrac Aventure Trail et que la plus longue grimpette effectuée n’était que de 14km. Il m’avait fallu plus de trois heures pour l’effectuer. Alors imaginez une ascension de 20km avec encore plus de dénivelés… Bon, la comparaison entre les deux courses s’arrêtent ici car les montées et les descentes de la course Lozérienne sont beaucoup plus techniques que celles de l’ultra 6000D. Ici, c’est la durée de l’effort qui prime sur l’habileté du geste.
J’arrive donc pour midi à Belle-Plagne, je suis très agréablement surpris, mon appartement est grand (de quoi coucher 6 personnes), bien agencé avec une grande terrasse privative et deux salles de bain dont l’une est équipée d’un spa. La résidence possède une piscine, un sauna, un spa collectif et surtout, comble du bonheur, d’une salle de massage ou officie Anna. Inutile de vous dire que j’allais profiter de tous ces équipements ? Dès 9h, le lendemain, je confiais mon corps aux bons soins d’Anna. Merveilleuse Anna, qui devait dénouer mes muscles mis à mal par 8 ultras couru en moins d’un an. Massage, piscine, sauna, spa, jamais ma personne n’avait été aussi bichonnée avant une course. Et dire que l’on m’avait dit qu’il fallait éviter cet enchaînement avant de courir ! Certes mes muscles étaient détendus, ils risquaient de râler lorsque deux jours plus tard, je les solliciterais mais dieu que j’étais bien éloigné d’une réalité qui, ces derniers temps, m’oppressait. Tout le monde y l’est beau, tout le monde y l’est gentil, atteindre un tel niveau de béatitude sans produits illicites, ça faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Seule petite ombre au tableau, la météo est incertaine, mais cette fois ci, contrairement à mon aventure lozérienne, j’ai prévu les habits en conséquence (3 tenues complètes en fonction du temps et de l’état du terrain).
Vendredi, je redescends dans la vallée, 20km plus bas, pour récupérer mon dossard. Surprise, je n’y rencontre que des Normands ou presque, un Caennais et deux coureurs du Val de Reuil inscrits sur l’Ultra. Ils espèrent tous finir entre 14h et 16h (un autre monde donc…) et un ébroïcien inscrit sur la 6000D. Je m’informe si Barbie a retiré son dossard, il n’est plus là. Elle est donc arrivée. Lorsque je l’avais eu au téléphone le midi, elle était coincée dans les embouteillages à Lyon. Je sais qu’elle à plusieurs rendez-vous presse donc, je ne cherche même pas à la retrouver. Je la verrai le lendemain.
Sur le village, je retrouve Isa13 et MIsa13 qui court la 6000D, une bise, une photo, le temps d’acheter une paire de Five fingers, histoire de faire un peu bisquer Japhy (ce que je fais dans la foulée en lui envoyant l’image en texto) et je me rends à la Pasta.
Je fais connaissance d’un néo-trailleur rapide, ancien cycliste, mais sujet aux blessures. Nous échangeons sur nos expériences respectives et sur un aspect certainement plus important en trail que sur route, le matériel, l’intérêt des bâtons, les différents modèles de sacs, de chaussures… Bref rien de plus banal en fait ! Mais il me reste une bonne demi-heure de route et je veux me coucher tôt. Il n’est pas encore 20h30mn que je suis déjà remonté. Je m’informe de la météo locale, et je prépare méticuleusement mes affaires pour cette nuit. Le matériel obligatoire qui normalement ne sert jamais est rangé dans le fond du sac (boussole, couteau, sifflet). Je mise plus sur le confort de course que sur la légèreté. Donc je privilégie l’anorak North-face au coupe vent léger de Raidlight, un maillot technique de rechange et surtout 2 paires de chaussettes supplémentaires dans un sac plastique pour les préserver de l’humidité. Une trousse de secours complète, une batterie de rechange pour ma frontale, un billet de 20€, mon téléphone portable et ma CB dans un sac étanche. Ma nourriture sera constituée de fruits secs (salé et sucré) pour ne pas générer de déchets et de sporténine. Une réserve de 2l d’eau plate dans la poche à eau et une gourde de 0,8l à la ceinture. Je préfère les chaussures Salomon au Brook plus confortable dans les descentes sur rocher ou en pierrier. De bas en haut, je serais habillé de chaussettes mi-hautes hydrofuges, des manchons de contention Raidlight, d’un corsaire Salomon, d’un maillot de corps Falke, d’un maillot Helly-Hansen, de manchons Gore, de gants de cycliste Adidas, d’un buff autour du cou et d’un autre sur la tête. Les lunettes de soleil sont accessibles la frontale dans la poche extérieur du sac et les bâtons sont prêts.
Le réveil sonne à 2h30mn, Je déjeune correctement, une douche puis je m’enduis la presque totalité du corps (tout ce qui est couvert) d’une couche épaisse de Nok (2 tubes sont nécessaires). Je m’habille, une dernière vérification et je pars. Il est 3h30mn.
4h10mn, après l’ultime passage aux toilettes publiques, je me dirige vers le sas de départ, j’y aperçois Barbie. Je passe le contrôle sans problème, vidant mon sac et le rechargeant sans même m’en apercevoir. Je fais une bise à Barbie en pleine discussion avec Sylvain, journaliste comme elle. Je m’assois le long des barrières et je l’observe. Je la trouve changée… Fini la petite fille modèle anxieuse presqu’angoissée mais aussi insouciante que j’avais rencontré à Millau, les traits sont plus fermés, la taille et les muscles bien dessinés maintenant, l’apparente décontraction et le délicieux humour cachent mal, pour qui la connait une concentration et une volonté que l’on devine résolues. La princesse des contes d’antan s’est transformée en héroïne de Manga. Blanche-Neige est devenue Lara Craft. La frêle coureuse s’est muée en ultra-trailleuse accomplie. Certes, on reconnait encore quelquefois la Barbie au diadème, l’histoire de la poche à eau ou des gants perdus sont là pour perpétuer la légende… Je sais également que la belle n’a besoin de personne pour réussir ses défis et pourtant, je ne peux pas m’empêcher encore de me faire du souci. On ne se refait pas !
Bon, il est temps de se remémorer le scénario de la course…
Je cours sur le bitume, mais interdiction de dépasser le 8km/h, dès que ça monte, je marche, sur le plat, je récupère en marchant vite et dans les descentes, je lâche les chevaux. Je compte rester en dedans jusqu’à ce qu’il ne me reste plus qu’un marathon à courir (environ le 68ème km), surtout ne pas puiser dans mes réserves avant. La seule chose importante, c’est de maintenir une vitesse moyenne supérieure à 4,4 km/h qui permet d’arriver dans les délais.
5h5mn le départ est donné et j’ai déjà perdu Barbie…

Nous quittons Aime (673m) rapidement, les premiers kilomètres se courent sur route puis sur une piste forestière qui monte doucement, presque régulièrement jusqu’à une ferme isolée « Les Esserts » (857m). On s’enfonce ensuite dans la forêt par un petit monotrace au sol relativement meuble. Je me mets donc en mode marche car le chemin est assez raide. Ce type de terrain ou il faut grimper en souplesse ne met pas favorable, mon poids est un handicap et ma marche habituelle, trop en force ne me permet pas de rivaliser avec bons nombres. Suivant les usages du trail, je me gare donc souvent sur le côté pour laisser mes camarades passés. Après quelques kilomètres de ce régime, voici Longefoy (1180m), je me remets à courir sur environ 300m puis nous empruntons une piste avant d’arriver à Montalbert (1350m). Encore un peu de route puis nous cheminons maintenant entre forêts et alpages jusqu’au télésiège des coqs (1802m) qui voit nos pas se séparer de ceux qui courront sous peu la 6000D. Je maintiens à la perfection les allures que je m’étais fixé. Je suis bien, seul, la plus part du temps, je savoure. Plus de forêt, nous courons maintenant entouré de vaches. Malgré les hauts sommets environnant, la présence de ces ruminants rend ce paysage paisible. Le chalet des Étroits (2246m), premier point de contrôle annonce la montée sur les crêtes qui nous amène du Pas des Brebis (2321m) au col du Martinet (2381m). Il fait frais, le vent souffle mais le panorama qui nous est offert est à couper le souffle, les nuages nous enveloppent et nous incite cependant à courir sur ce chemin vertigineux, étroit mais facile. En effet, le froid nous saisi lorsque l’on marche ou lorsque se met en mode contemplatif. La descente sur la Plagne (1979m) est un plaisir, je fonce, je rigole tout seul, je suis heureux d’être ici dans mon élément. Le ravitaillement et le deuxième point de contrôle nous attend, 4h10mn16s de course pour 26.84km, je suis largement dans les temps. Je m’y arrête 15 bonnes minutes, téléphonant à Brinouille pour donner de mes nouvelles. Je profite également de l’arrêt pour ranger la frontale dans le sac et lire les premiers texto, ceux de Lou2009 et de Steph95. C’est fou ce que l’on se sent bien lorsque l’on sait que plein d’amis sont derrière vous. Je repars, je sais que Barbie est devant maintenant et cela me fait du bien de savoir que je la suis.
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Au plan Leitchoums (à vos souhaits) (2165m), une multitude de fusées commencent à nous doubler, des dossards bleus, des dossards verts, les coureurs de la 6000D et du trail des 2 lacs sont bien sympathiques, untel nous donne une petite tape sur l’épaule, une autre vous encourage d’un mot, notre relative solitude, pour un court instant est brisée et c’est vrai que cette entrée dans un autre monde est bien agréable également d’autant que les trailleuses se font plus nombreuses et que la nature n’est donc plus mon unique point d’attraction. Hélas, ceci ne dure pas puisque nous sommes déjà à l’arrivée du télésiège des Quilis (2363m) et qu’il faut déjà se séparer. Nous empruntons maintenant une bonne piste qui descend régulièrement, ma course s’accélère et je rattrape Nicolas et Martin avec qui je vais faire un bout de chemin. Pour rester un peu avec cette bonne compagnie, je déroge à ma règle, je vais marcher longuement dans une longue et bonne descente. Claude se joint à nous. Nous cheminons tranquillement ainsi papotant de tout et de rien jusqu’à la Chapelle du Bozelet, 3ème point de contrôle (2256m). Mon portable n’arrête pas de sonner ce qui me vaut les sarcasmes de mes compagnons de fortunes, « Eh ben ! Y ‘en a une qui s’inquiète dit donc ! » « Tu lui as pas dit ou tu partais » et il n’y a pas que des texto, Japhy, Fanny48, et puis d’autres dont vous ne me tiendrez pas rigueur si je ne les cite pas ici m’appellent directement. Comme je conclue sans arrêt mes appels par gros bisous, Clothilde ou je t’embrasse Fanny, devant l’air incrédule de mes compagnons, je me mets en devoir d’expliquer la provenance de tout ces appels… Vu leurs airs goguenards et entendus (un air de dire « à d’autres oui ! »), je ne suis pas sûr qu’il m’ait cru... Je décide de repartir avec Claude lorsque la descente devient un peu plus technique. Je me croyais bon descendeur, que dire de Claude alors. Je peine à rester coller aux baskets de ce vétéran 3. Nous apercevons, tout en bas, Champagny-En-Vanoise (1221m), mais le sentier qui y nous mène n’en fini pas. Enfin nous y voilà, la montée vers Champagny-Le-Haut (1468m) est raide, mais la piste est bonne. Denis (encore un normand qui plus est, qui court les mêmes trails que moi dans son très joli pays de Caux) qui finira la course avec Barbie, se joint à Claude et à moi pour rejoindre le quatrième point de contrôle et le deuxième ravitaillement. 7h59mn20s de course pour 46,9km parcouru, je suis alors 118ème. Je m’arrête longuement (près de 20mn), je bois un bol de soupe, je change mes chaussettes et je prends le temps de récolter un tas d’ondes positives en lisant les texto de ma p’tite sœur Atacama, de diabolo, de la fée clochette et de Peter Pan, de Lou2009 et d’autres non signés dont le numéro s’affiche mais qui ne sont pas identifier dans mon répertoire et je repars plus en forme que jamais. La piste qui relie Champagny-Le-Haut à Le Laisonnay (1574m) est très roulante. Je me dis que je pourrais bien grignoter un peu de temps et je repars en méthode Cyrano (9mn de course pour 1mn de marche. En quelques kilomètres, je remonte cinq coureurs. Me voir dans cette forme me fait un bien fou mais cela ne va pas durer. A Le Laisonnay, les choses sérieuses commencent… l’interminable montée vers le col du Palet (2596m). Nous alternons les monotraces (empierrés ou d’alpages) avec de belle pistes roulantes. Il n’y a plus de réseau, mon téléphone est muet maintenant, je relis les SMS envoyés, ça me fait du bien. Je souffre et quand je souffre je m’efforce de me remémorer les bons moments de ma vie. Tout y passe, mon enfance, mon adolescence, mon Amour ou mes amourettes, les bons moments en famille, le sourire de mon papa lors de nos moments de complicité, mes premières sorties off entre amis. Les manifestations syndicales et mes premiers coups de gueule ou le sourire émerveillé des enfants en centre de vacances, lorsqu’ils découvraient pour la première fois l’un la mer, l’autre une vache (vous ne pouvez pas savoir le nombre d’enfant qui ne savent pas ce qu’est une vache)… Mes courses et les rencontres que j’y ai faites également. Mon premier Millau avec Barbie, je me souviens également de mon deuxième (celui ou je n’étais pas bien), je me récite en boucle les mots qu’avait su trouver Cécil, je ris souvent au risque de passer pour un doux dingue, mes rires agacent les marmottes qui me le font savoir par leurs innombrables sifflement. C’est rigolo, elles ne sont pas effrayées. Nous pourrions presque les toucher. Chemin faisant, je m’aperçois rapidement que je continue de grignoter du temps sur mes prédécesseurs, j’en remonte même encore un ou deux. Enfin le col est en vue. Un court instant, je cours avec Laurent, histoire de passer le temps, on se raconte nos histoires de course. J’aime bien Laurent, mais lorsque le chemin redevient monotrace, je suis obligé de le laissé partir. Enfin le col, plus qu’a redescendre jusqu’au point de contrôle. Je le passe en 11h19mn44s pour 60.97km et je suis 111ème. J’avale un sporténine et je continue la descente. Nous traversons une immense prairie d’altitude, beaucoup de cascades, c’est beau mais ça me parait long. Le lac de la Plagne ouvre cette vallée et nous sommes maintenant à flan de coteaux, nous passons le refuge de Rosuel. Le chemin est étroit, plusieurs fois, je dois jouer les vachers pour pousser quelques génisses qui encombrent le chemin. Tout ça m’amuse bien, la descente devient un peu plus technique et rocheuse, il reste un marathon, je suis bien, très bien, (trop bien ?) alors je me fais plaisir et je lâche les gaz. Je dévale la pente, je saute, mes bâtons m’apportent la stabilité, mes bras aident mes jambes… Je double près d’une dizaine de coureurs, certains sont médusés. Je reconnais Barbie, reste un peu derrière elle à l’observer. La démarche est sûre, évidemment je la sens fatiguée mais qui n’est pas fatigué après pas loin de 14h de course. Je me porte à sa hauteur, lui demande si ça va. La réponse est affirmative et déterminée alors je file vers le gîte des Glières (1473m) à Pont Baudin. C’est le sixième point de contrôle, les sacs sont vérifiés. Le 73,07ème km est passé en 13h49mn, je suis maintenant 104ème. Je décide alors d’attendre Cécile, histoire d’être vraiment sûr qu’elle va vraiment bien. De toute façon, elle ne devrait pas tarder. Je mange une soupe, je remplis ma poche à eau, change de chaussettes. Cécile arrive, me voilà complètement rassuré. L’arrêt aura duré 20mn. Je repars doucement, accélérant tranquillement ma marche jusqu’à courir tranquillou, un bon chemin nous amène sans coup férir au Pont de Romano (1464m). La piste monte maintenant régulièrement jusqu’à Les Bauches (1774m), un sentier forestier qui suit les courbes de niveau prend le relai jusqu’à Le Sauges (1701m). Enfin, après un court raidillon apparait Plan Bois (1878m), 7ème point de contrôle, il m’aura fallu 16h11mn19s pour parcourir les 84,14km, je suis 105ème. Je me ravitaille et je prends 10mn pour me reposer. Seulement 3,5km nous sépare de la dernière difficulté mais les 450m de dénivelé positif m’inquiètent tout de même un peu. Le chemin d’attaque est déjà abrupt mais lorsque j’arrive réellement au pied du col et que je devine le chemin qui serpente dans l’obscurité naissante, je maudis l’organisateur en avalant mon deuxième comprimé de sporténine. J’attrape ma frontale, jure une dernière fois « dire que l’on paye pour ça ! » et je mets le bonhomme en ordre de bataille. Finalement la montée ne se fait pas trop mal puisque je double encore quelques trailleurs et je passe le col de l’Arpette (2337m), lieu du 8ème contrôle en 17h30mn37s pour 87.51km, je suis maintenant 100ème. Je crois alors réellement que je finirais cette épreuve puisque je viens de vaincre la dernière grosse difficulté.
J’essaie de courir pour redescendre, mais la pelouse, gorgée d’eau est extrêmement glissante. Je glisse une première fois, je repars cependant à toute vitesse (enfin ce qui m’en reste) puis je m’étale de tout mon long après avoir fait une figure à faire pâlir d’envie Candeloro. Heureusement, l’herbe est presque aussi grasse que le coureur et la chute est bien amortie. Mon honneur est sauf, il n’y eu pas de témoin. Dorénavant prudent, je zigzague me servant de mes bâtons comme freins en les laissant trainer derrière moi. La piste, enfin un endroit stable. Mais, ça y est, je suis à Belle-Plagne (2075m) et là bas en dessous, c’est ou je crèche… La tentation est grande, mais à cette heure tardive, il y a encore plein de gens sur les balcons qui encouragent les fadas qui passent. C’est plus fort que moi, la fatigue est là, je ne suis certainement pas des plus avenants, mais ces présences me boostent et je refais le beau en m’efforçant de courir d’une foulée qui j’espère fait allusion. Plagne-Bellecôte (1924m), 9ème point de contrôle, 91,01km est atteint après 18h14mn3s, je suis toujours 100ème. Je me restaure, je remplis ma poche à eau, ma gourde. Un rapide calcul me fait penser que je pourrais franchir la ligne d’arrivée avant les 22h de course. Je suis bien, je suis confiant. Un quart d’heure de pose et je repars en petites foulées. Je fixe mon allure à 6km/h. Après un bref passage routier, je m’engage dans un large sentier. Je marche vite, m’efforçant de me servir de mes bâtons de course comme je le fais en marche nordique, je passe Les Frasses (1846m) dans le bon tempo. Petit à petit, le bon sentier se transforme en monotrace. Je suis un peu inquiet car je m’attendais à descendre régulièrement jusqu’à Aime. Il n’en ait rien. J’emprunte en fait un chemin en montagne russe. La descente finale promet donc d’être rude. Effectivement le monotrace ou je suis, plonge maintenant et ce qui m’inquiète encore plus, c’est que d’innombrables ruisseaux noient le chemin. Ce qui devait arriver, arriva, je me sens partir… Plutôt que de me laisser tomber, je plante mes bâtons qui m’évitent la chute. Je ressens immédiatement une douleur fulgurante sur le devant et les côtés de mes deux tibias. Je me pose 2mn et je repars, mais j’ai mal, très mal, trop mal... Je peine à marcher et surtout je suis inquiet. Cette souffrance me rappelle celle qu’avait engendrée une périostite qui m’avait empêché de courir et de marcher six semaines il y a 5 ou 6 ans. Lorsque mon pied est en extension, ce qui est le cas systématiquement dans les descentes la douleur est vive. Je peste, je râle, bref je m’en veux terriblement, je continue cependant, je passe Les Tuiles (1527m) puis la route frôle Les Coches (1450m) avant de plonger vers Montchavin (1207m). Montchavin situé au 101,1ème kilomètre est le 10ème et dernier contrôle, j’y passe en 20h39mn et j’ai maintenu malgré tout ma 100ème place. Je m’arrête, essaie d’étudier la situation avec le peu de lucidité qu’il me reste… Je suis dégoûté à la limite de pleurer, tout ça pour ça ! Les bénévoles hyper gentils et prévenant essaient de me dissuader de l’abandon, mais je n’y crois plus. J’ai peur de compromettre la suite de mon année. Il m’a fallut 1h54mn pour parcourir les 7km qui sépare le dernier ravitaillement du lieu de mon accident. Il me faudra donc, dans le meilleur des cas 3h pour clore cette aventure. C’est à ce moment qu’arrive Barbie, je l’encourage, tente de repartir mais la douleur est trop vive. J’ai le moral à zéro et je décide alors de rendre mon dossard. Avec le recul, je m’en mords encore les doigts. Les pompiers me prennent en charge, mais finalement, c’est le responsable du poste de contrôle qui me ramène à Aime. Je ne m’éternise pas. Je rentre me doucher et me coucher.
6h30mn, la nuit, bien que courte a été réparatrice, les douleurs ne sont plus que résiduelles… Le soulagement fait rapidement place aux regrets. Je me suis trop écouté, j’aurais du aller au bout de l’aventure.
Sauna, piscine et spa finissent de me rassurer. Anna infirmera mon premier diagnostique, il ne s’agit que d’élongations. D’ailleurs, compte tenue de l’exercice, elle trouve mes jambes en plutôt bons états. Mon dos et mes épaules lui donnent d’ailleurs beaucoup plus de travail. Porter un sac à dos d’environ 5kg pendant près de 21h laisse des traces.
Je serais complètement rassuré le dimanche suivant, rarement je ne m’étais senti aussi bien sur ma course de montagne fétiche. Les sentiers de Bouzède, 12km pour 1000m de D+ est passé comme une lettre à la Poste.

Par yanne, août 16, 2010
Et puis on avait eu beaucoup d'éléments par le forum quand même et ma curiosité était moindre. Mais ton CR fourmille d'infos et c'est bien interessant. Toutes les choses à penser avant le départ me font faire la grimace, y'a pas à dire tu es très bien organisé. Probablement que la somme de fatigue accumulée a faussé ton jugement sur ton état réel et que ton esprit a sauté sur l'occasion de se débarrasser immédiatement de l'épreuve. Tu parles toi même de tes kgs sup, ils auront fondu l'année prochaine et tu gagneras la revanche, forcément.
Par Béa54, août 15, 2010
Par isa13, août 14, 2010
Par juju, août 14, 2010
Tu es un coureur hors pair, toujours dans l'émotion , dans l'altruisme, dans l'observation, dans le partage!!
Bravo pour toutes ces courses , ces photos , ces compte rendus et ces moments partagés à tes côtés!!!
Gros bisous
Par Marilyn, août 13, 2010
Tu as su écouter la voix de la raison et c'est très bien comme ça tu ne pouvais pas deviner qu'il ne s'agissait "que" d'une élongation et tu as assuré pour la suite
Par Sof, août 12, 2010
et que tu finisses cette course en beauté
Par clara, août 12, 2010
C'est vraiment triste cette chute - et même pas de marmottes pour se rire de toi - et cet abandon. Mais tu as sûrement pris la bonne décision à ce moment.
Tu auras ta revanche, c'est sûr.
Par fanny48, août 12, 2010
Allez, l'année prochaine , tu les referas ces courses : Nasbinals, Riquet, UltraD...
Par Marie24130, août 12, 2010
je crois que tu as eu bien raison d'arrêter. Il faut savoir ménager sa monture !
ce n'est que partie remise de toute façon !
Par Dragibus, août 12, 2010
Ne regrette rien, tu es un coureur d'exception et il ne fait aucun doute que tu te rattraperas l'année prochaine
Par calou035, août 12, 2010
quel compte rendu...
et je pense comme les copines, tu as fait le bon choix..
Parfois, meme si pres du but, il faut savoir garder la raison, c'est preuve d'une grande force ce que tu as fais...
Par ushaya17, août 12, 2010
Par Heidi, août 12, 2010
Heidi
Par Barbie, août 12, 2010
Cécile
Par Bibiche, août 12, 2010
J'espère que l'effet antidépresseur de la course à pied va t'aider à surmonter ce passage difficile.
Par Japhy, août 12, 2010
C'est rigolo les marmottes, j'ai l'impression que, comme on me l'a déjà dit, il y a BEAUCOUP plus de monde dans ces Alpes-là que chez nous plus bas, il n'est pas question de pouvoir s'approcher d'elles chez nous!
Pour la fin de la course, je peux comprendre tes regrets, mais ça peut faire partie aussi de ce que l'on appelle l'expérience non? C'est sûr que c'est plus facile de se dire après qu'on aurait quand même pu, plutôt que sur l'instant, au moment où on imagine que tout va casser? Mais ça n'est pas perdu pour la suite.
et arrête de me faire bisquer avec ces VFF!
Par Atacama, août 12, 2010

Un immense BRAVO.
Je comprends que tu dois avoir des regrets de t'être arrêté si près du but, mais quand on a mal, qu'on est fatigué on ne raisonne plus pareil. Et j'aurais tendance à penser que ma réaction aurait été la même que la tienne si j'avais eu peur de compromettre le reste de "ma saison".
En tout cas tu es impressionnant... Et tes courses me font rêver.
Et puis la tenue rouge et noir te va très bien !
Par lou2009, août 11, 2010
L'année prochaine tu en auras pleins et en plus tu iras au bout !
Tu peux être fier, tu as eu une grosse année et je te trouve très courageux de pousser les limites tjrs plus loin.
Encore BRAVO !!!
LOU
Par babou, août 11, 2010


ben ça c'est du CR !!
un grand bravo pour ta ténacité et ton sens de l'écriture, c'est un vrai régal de te lire !
bisou