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J'ai recouru avec Barbie, ou Mon marathon de La Rochelle par Xavier

Vous vous souvenez que j’ai fait connaissance avec Barbie sur les 100 km de Millau. L’air de rien, elle a l’œil et a sans doute jugé que je pouvais faire un honnête lièvre sur marathon et particulièrement celui de La Rochelle, puisque j’habite dans la région. Jouant la blonde innocente, elle m’a demandé mon programme pour les semaines à venir puis m’a dit qu’elle savait qu’il restait des dossards pour La Rochelle et qu’elle avait bien aimé accompagner un ami sur ce marathon.

Comment résister ? Tout fier, je lui ai proposé de le courir avec elle, à son rythme (prudent quand même, j’ai d’abord fait une séance avec cardio et chronomètre pour vérifier que je pouvais terminer en moins de quatre heures).

Voilà comment, après un 100 km qui devait marquer la fin de ma saison, je me suis retrouvé à reprendre l’entraînement pour aller sur un marathon que je connais par cœur pour avoir couru toutes les éditions passées, sauf celle de l’an dernier, pour ne pas me fatiguer avant la Saintélyon (oui je sais, cela n’a pas dérangé Barbie qui a fait les deux). Mais cette année, nouveau défi, ne pas décevoir la star au service de laquelle je me mets.

Nous nous retrouvons donc samedi pour déjeuner. Histoire de faire monter la pression, Cécile arrive avec un copain, Antoine, qui excusez du peu, coure le 100 km en 7 heures 11 et pour qui un marathon en trois heures est très lent. Il est là pour servir de guide à un non voyant, Nicolas Bonpard, qui va gagner en 2 heures 51.

Une bonne assiette d’huîtres dans un bistro du marché, accompagnée d’un peu de sauvignon, un dessert avec une bonne dose de chantilly. Me voilà rassuré, ma coureuse n’est pas une extra-terrestre et sait sacrifier aux bonnes choses et sa diététique d’avant course sait faire la place à la gourmandise, ce que vous saviez déjà.

Nous allons chercher nos dossards à l’Encan, petit tour au village marathon, shopping très raisonnable (Guillaume, j’en atteste), et rendez-vous CAF au bar de l’Aquarium, qui nous est réservé, talent d’organisatrice de Barbie oblige.

Retour à pieds à la voiture, le vent est de plus en plus fort, cela promet. J’admire la virtuosité de Cécile au volant de sa grosse voiture qu’elle laisse pour rejoindre son hôtel pendant que je vais retrouver ma femme, Bénédicte, et nos amis rochelais.

Après une nuit à écouter la tempête, je rejoins avec un peu de retard le groupe CAF prés du départ. Il fait froid et humide avec un vent toujours fort. Photo et entrée dans les sas. Cécile vient avec moi à l’arrière, alors qu’elle aurait pu partir dans le premier sas (ne cherchez pas plus loin l’explication de sa contreperformance, la minute qui nous manquera à l’arrivée pour être en dessous de 4 heures a été perdue dans les premiers kilomètres qui ont été un peu freinés par le monde, ce qu’elle aurait pu éviter en partant devant). La foule protège du froid et du vent.

C’est là, à quelques minutes du départ, que Cécile me met dans les mains une petite boîte, rose (sans doute n’est-elle pas assortie au bleue de ses chaussures, de son haut et de son bandeau). Un mot pour m’en donner le mode d’emploi, c’est la petite caméra qui a immortalisé le marathon de New York. Je suis chargé de faire aussi bien. Je vous avoue tout de suite, je n’ai pas osé lui demander depuis si j’ai réussi à faire au moins quelques secondes d’images cadrées de ma star, je pense que j’ai beaucoup cru filmé alors que la caméra n’était pas enclenchée et beaucoup filmé alors que je croyais qu’elle ne l’était pas...

Top départ. J’ai le temps de glisser à Cécile que ce piétinement, on avance à peine, par petits pas précautionneux, c’est ce que je préfère dans une course. C’est un entre-deux, déjà parti, pas encore en action. La tension commence à retomber, l’attention est extrême, ne pas se faire de croche-pieds.

Ca y est, on court. Les quais, les tours de l’entrée du port au dessus des têtes des coureurs et de la haie de spectateurs. Magie de ce La Rochelle. Je jette mon protège vent à Bénédicte, postée comme convenu après la statue. La remontée du mail, le bord de mer très venté, pleine face, avant de retrouver les coureurs partis de l’autre départ. Cécile fait quelques rencontres, quelques mots glissés des courses passées. Chacun cherche son rythme. Je l’observe du coin de l’œil. Elle va garder jusqu’à la fin cet air concentré que nous lui connaissons, sans que la fatigue la marque.

Concentrée, mais pas muette ! Je savais que dans le deal, il me fallait la distraire, moi qui ne suis pas vraiment du genre bavard. Je vais être aidé par une de ses amies qui va prendre un grand moment le relais. Je lance donc les sujets, la préparation (bof), le poids de forme, ah, voilà un sujet à au moins 5 km, le site, 10 km, les rêves de course - là c’est plus intérieur, pas complètement avouable, mais on pourrait aller loin ! On profite des dépassements, quelques mots échangés avec les autres, pour relancer la conversation. Eric, qui étonne un peu avec son attirail de traileur (il teste pour la Saintélyon), est rattrapé et nous laisse partir, il s’économise pour la course qui l’attend le week end prochain. Je profite à fond du statut “d’accompagnant une dame” qui autorise à parler aux autres femmes sans que - mais oui, même en course - elles se sentent draguées. Là, sur la fin quand çà use et qu’il n’y a plus que nous pour parler dans un peloton frigorifié qui tape dans les réserves, un maillot de la Diagonale des fous, quelques mots avec celui qui l’a gagné à la sueur de son front, et hop, Barbie réapparaît, un enthousiasme d’adolescente allant pour la première fois en boîte (ou celui d’Emma sa fille devant un brownie maison).

Quelques passages faciles, pas de doute, sa sainte patronne l’accompagne, Cécile se fait légère au son des orchestres. Quelques passages plus difficiles. Le mur du 30̊.  Un lacet qui se défait, c’est fou ces chaussures américaines, même pas capables d’éviter cela ! La belle se déchaîne et jure comme un charretier. J’aurai jamais cru cela d’elle alors qu’elle a eu tant de difficulté à cesser de me vouvoyer (disons le simplement, je suis quand même beaucoup plus âgé qu’elle et il a fallu menacer de ne pas l’accompagner pour qu’elle consente à cette marque de familiarité).

Les averses la frigorifient. Elle avait confié son blouson chaud au 14̊ km avec Bénédicte qui nous y attendait comme convenu à un moment où le temps s’était amélioré. Je regrette de ne pas pouvoir lui proposer le coupe-vent d’une édition précédente que j’avais laissé à Bénédicte dès le départ. Moi, je me réjouis d’avoir gardé le mien (un D4 tout simple), outre une poche commode pour la caméra, je l’ouvre quand il fait chaud, le ferme au vent et sous la pluie.

Je m’amuse à faire le chevalier servant aux ravitos, vous prendrez bien ce gobelet ? Coca ou eau ? Une pâte de fruit ?

J’essaie de lui couper le vent et l’abriter de la pluie. Pas facile, dés que je prends un pas d’avance la mettre sous le vent, elle essaie de revenir à ma hauteur. Elle ne veut rien perdre et n’est pas du genre à courir à l’ombre de quelqu’un.

Et voilà qu’elle se met dans la tête qu’on va rater les 4 heures et culpabilise. Désolé je ne peux pas aller plus vite, me dit-elle dix fois. Pédagogie. D’abord avec le temps pour passer la ligne, on va être bon, ensuite qui te demande d’aller plus vite ? Là, je dois dire qu’on ne la lui fait pas. Barbie a un sens de l’allure rare. Une imperceptible accélération et la voilà qui lance un regard. Cela se poursuit, elle interroge. Je cède, elle continue à la même vitesse. On va d’ailleurs courir à partir du 15̊ km à un rythme très régulier, sans jamais faiblir, les temps de passage tous les 5 km sont quasi égaux jusqu’à la fin.

Final ébouriffant sur le vieux port entre deux haies de spectateurs prêt à se réchauffer en scandant son nom. On joue des coudes pour passer entre les coureurs, elle réajuste son dossard, n’a pas le temps de passer sa main dans ses cheveux et voilà la ligne : 4 heures 01 et trois ou quatre secondes en réel. Pas mal, mais je sens Cécile déçue.

Je lui fais choisir le couloir dans lequel Bénédicte distribue les coupe-vents. On récupère son blouson chaud. Je l’aide à l’enfiler. Elle va tout de suite mieux et ne semble pas marquée.

Cécile s’excuse de m’avoir ralenti. Quelle blague, des courses comme cela j’en redemande. Ne pas être dans l’introspection à s’écouter, à craindre l’apparition des signes de fatigues, à constater impuissant la vitesse qui décroît. Ecouter le coureur accompagné, décrypter son visage, interpréter son allure, s’adapter à son rythme tout en cherchant à lui faciliter la vie et à le pousser vers l’avant. Un vrai plaisir.

Un verre de coca et hop, la voilà qui s’éloigne. Je la sens déjà dans un autre défi, complètement. Vendredi, 18 heures, elle s’engage dans du nouveau. 24 heures. Entre temps, le trajet, sa famille. On se dit au revoir si vite que j’oublie de lui rendre sa caméra. Je lui coure après mais dans tous ces coureurs de dos, dans le même coupe-vent blanc, serrés comme des manchots en terre Adélie, pour récupérer les bourriches d’huîtres, pas facile de la retrouver. Si, la voilà. Je lui rends son bien et on se promet un nouveau départ sur une autre course, cette fois, sûr ce sera l’an prochain. (Coup de chance, les inscriptions au 24 heures du Téléthon sont closes et même avec ses armes de blonde, elle n’arriverait pas à m’y entraîner)

Voilà, merci Cécile de m’avoir donné la chance de redécouvrir ce parcours en courant autrement.

PS : En visionnant le film de notre arrivée sur le site du marathon de La Rochelle (choisir 4h02 à 4h04), il me semble bien que tu as un grand sourire et que tu fais un signe discret de la main à quelqu’un. Cela m’avait échappé et je me demande si je ne vais pas faire une crise de jalousie !

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Barbie
 
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Commentaires (10)Add Comment
xav
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Par xav, décembre 06, 2009
Merci Mime.
Je ne te connaissais pas et c'est vrai que ce coureur était très mal luné (mais peut être vraiment dans le rouge). En tout cas j'ai bien vu que cela t'avait regonflée, puisque, après un sourire reconnaissant tu es partie comme une dératée pour finir bien avant nous !
Xavier
mime
marathon de LR
Par mime, décembre 05, 2009
Merci pour ton CR Xavier. Mais surtout merci de m'avoir dit une petite phrase anodine mais si importante lors d'un marathon (au 40° kms après une averse de grêle). En effet, j'ai heurté un marathonien ( très mal luné), il m'a incendié de tous les mots de la terre et cela m'a choqué (où est la solidarité si visible d'habitude ds une telle épreuve). Xavier a du voir mon état ( une stalactique qui court et qui se fait aboyer dessus). Il m'a dit de ne pas m'en occuper mais de continuer dans mon élan ( aussi petit soit-il vu l'état de mes jambes à ce moment là). Mais, étant au bout de moi même ( je ne suis pas Barbie malheureusement), j'ai vu JC en personne et j'ai accéléré. Merci Xavier et surement à l'année prochaine si tu reviens car moi j'y serais habitant à 20 kms sur une île dont on parle tant mais aussi parce que j'ai cru entendre que Barbie préparait un petit colloque dans des eaux à remous avec des bains de boue. Biz et merci encore. Mime
yanne
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Par yanne, décembre 04, 2009
Je confirme, merci Xavier pour le récit de LA course, Cécile ayant surtout blablaté sur l'avant course. Heureusement que tu as pu nous dire que c'était pas si facile que ça pour elle, elle a toujours tendance à minimiser l'effort accompli, ou, "comment ne pas en rajouter". Donc Barbie n'est pas une extra terrestre, on est contente de le savoir smilies/cheesy.gif Nous aurons peut-être l'occasion de te rencontrer l'année prochaine. Bonnes futures courses.
Nathou
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Par Nathou, décembre 04, 2009
Quel beau récitsmilies/smiley.gifOn en redemande!!! Merci Xaviersmilies/wink.gif
lolonux
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Par lolonux, décembre 04, 2009
Trés interessant, on dirait une caméra parlante qui décrit Barbie pdt sa course. Bonne récupération Xavier.
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Par gaellou, décembre 04, 2009
Waaaaa, j'adore ton recit Xavier. C'est drole, emouvant, tu as un vrai sens du "drame".
Je suis sure que Barbie n'a pas du s'ennuyer avec toi...
Stella
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Par Stella, décembre 03, 2009
C'est un joli récit, on y apprend à la fois des choses sur toi, narrateur, et sur Barbie, observée par l'oeil du narrateur, sur votre duo sur cette course, c'est un vrai roman miroir, je suis fan smilies/smiley.gif
babou
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Par babou, décembre 03, 2009
Barbie vue par son "chevalier servant" du jour... jolie version que ce CR, juste comme on les aime, entre le partage, l'échange et la générosité !
guillaume
Merci Xavier et bonne fête
Par ken, décembre 03, 2009
J'adore ce récit.
A Millau, tu étais très calme, serein alors que c'était ton premier 100 kms. Je n'osais pas trop te déranger en discutant car je savais qu'il te restait quelques kilomètres ... Mais les 100 kms sont passés comme une formalité.
Alors un marathon cool avec Barbie, c'est une vraie balade, même sous la pluie.
Cette fois il faut reconnaitre qu'elle avait mis la barre assez haute avec Antoine. Il semble cool le garçon mais il va vite, très vite ! Et il est assez zen pour se faire conduire par Barbie sur presque 1000 kms, c'est dire s'il a un mental ... Non je plaisante chérie.
Rendez-vous l'an prochain alors à la Rochelle.
Guillaume



Twister
...
Par Twister, décembre 03, 2009
Très joli CR version Xavier !! Bravo pour ce joli duo, et cette solidarité dans l'effort :c'est pas facile pour un garçon de trouver des sujets de conversation de filles !!

@ bientôt Xavier

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