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La Sénégazelle de Calou

JOURNAL D’UNE SENEGAZELLE

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C'est en Juin 2009, que l'aventure a commencé quand Mireille, une amie du site www.courir-au-feminin.com m'envoie un mail en me disant : vite Calou il faut que tu te décides, les inscriptions pour la Sénégazelle sont ouvertes, dépêches toi !

Oui? Non ? À la porte de cette grande aventure, ne courant réellement que depuis 20 mois, suis-je prête ? J'ai la soirée pour prendre ma décision. Après un 1/4 d'heure d'indécision, je me dis que la vie ne vaut  d'être vécue qu'une fois. Je ne réfléchis plus, je me pré-inscris sur le site. Pour vraiment être sure de valider le tout, je quitte la maison à 21h pour expédier ma précieuse enveloppe. Je sais que je vais vivre une grande aventure humaine.

Samedi 13 février 2010, jour du départ tant attendu ! A l'aéroport d'Orly, les filles se découvrent, des regards se croisent, des sourires. Nous pouvons ressentir l'excitation palpable de toutes ces nanas un peu énervées par ce qui les attend.

Le voyage est long, mais nous avons tellement de choses à nous raconter que cet acheminement passe en fin de compte bien vite. Nous voilà arrivées  (les 66 participantes + l'équipe du Staff) sur notre lieu de villégiature après 4 h en car + camion sur les pistes de sable. Il est 4 h du matin, il fait nuit et la fatigue commence à se faire sentir. Nous prenons possession de nos cases.

Au petit matin de ce dimanche, nous découvrons la beauté du paysage qui s'offre à nous. Couleurs splendides, nous sommes sur les berges du fleuve Siné Saloum. Le soleil se lève à peine, sur l'eau calme flottent les pirogues. Le campement est super, cases de pailles assez basiques, un retour à des valeurs primitives auprès des enfants du village de Simal. Le sable commence déjà à nous coller à la peau.

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Matinée chargée ou nous trions des fournitures scolaires : 46 kg par 66 sénégazelles, cela donne des amoncellements d'objets sous les tentes installées pour la circonstance où la chaleur règne en maitre. La journée est consacrée à la préparation des 1ers lots pour les classes du lendemain.

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Nous sommes à la veille de notre 1ere course et 1ere école. Un nœud me serre à l'estomac, j'y suis, je vais la  faire cette course ! C'est magique, mélange de joie et d'angoisse.

Lundi : étape de Samba Diallo - 9,5km

Levées à 6h du matin, ambiance un peu irréelle de gazelles piaffant entre elles, je porte le dossard n°2, nous sommes très excitées.

8h le départ est donné, parcours annoncé de 10,7km. L'étape est un peu difficile avec un terrain meuble fait de sable poussiéreux. Les marcheuses sont parties 15mn avant nous. Les pieds ont du mal à trouver leurs appuis. J'avance doucement en essayant de trouver un rythme régulier. Le plaisir doit rester présent et chacune avance à son rythme. Ces km qui passent sont magiques, le temps me paraît passer très vite. Au détour d'un virage, le bonheur total, frisson à fleur de peau, les cases se dévoilent, le chant des villageois de Samba Dialo, le tam tam des djambés nous font percevoir la fin de la course. Une haie d'enfants et de femmes scandant des litanies nous donnent la force de pousser sur nos jambes. L'émotion dont on avait rêvé est là, bien présente.

Je suis arrivée, je l'ai faite cette 1ere course ! Mes peurs, mes doutes, mes angoisses sont loin derrière moi, je respire un bon coup, je suis heureuse. Un enfant me prend la main et les femmes nous entrainent dans leurs danses.

Je suis affectée avec quelques filles à une classe de CP et nous y sommes accueillies  par les enfants qui nous souhaitent haut et fort la bienvenue. Nous distribuons les cahiers, trousses, ardoises. Instants d'approche : je vais vers les enfants, je m'assoie à leur table, dessine à la craie, j'écris mon prénom et les aide à écrire le leur, sourires échangés, le contact est fort, je me sens bien.

Trop vite vient le moment de les quitter et c'est un défilé de charrettes qui nous ramènera à notre camp de base.

Vivement demain où d'autres moments identiques vont me faire retrouver cette émotion.

Mardi (8,3km annoncés)

Nous irons courir sur l'île de Firané que l'on aperçoit au loin en regardant le fleuve, une traversée en pirogue pour le plaisir de toutes. Pas d'école à l'arrivée, ce soir, ce sont les directeurs qui vont venir à nous. Pas de problème particulier sur la course, les jambes sont encore en état, tout se passe bien.

Petite promenade  en fin de journée à la découverte du village authentique de Simal à 10mn à pied. Des hommes discutent à l'ombre d'un fromager, des femmes lavent le linge au bord d'une retenue d'eau, et en s'enfonçant plus dans les ruelles, nous nous joignons à des Sénégalaises en boubou coloré occupées au travail de tri et décorticage des cacahuètes. C'est un moment fort, où nous échangeons nos chants, en essayant d'apprendre quelques mots de woloff. Quelques pas de danses  et toujours les enfants rieurs s'accrochant à nous pour venir s'assoir sur nos genoux. Il n'y a plus entre nous que la différence de couleurs de peau, nous sommes semblables, réunis par les mêmes rires. Je suis sur un petit nuage, bien décidée à ne pas en descendre.

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3ème jour, étape de Cajou Simal

J'ai le mollet qui tire un peu, chez les filles c'est un peu identique, les douleurs ont fait leur apparitions. Mais le moral est là, et c'est avec beaucoup d'entrain que nous nous élançons pour cette nouvelle étape. Quelle chance avons-nous, même si c'est difficile. Les runnings s'enfoncent dans le sable, nous prenons le vent de face ralentissant nos pas, il ne faut  pas s'écouter.  La fatigue se fait sentir au fil des jours et pour preuve, le nombre des marcheuses est passé à 19 (11 au départ). Je suis toujours prête à en découdre, je suis là pour courir ! Pas de faille à ma volonté, je m'accroche et dans les moments durs je pense à ma famille, je les énumère un à un pour qu'ils me donnent le courage quand la force vient à manquer.

Soulagée d'être arrivée, je suis heureuse d'avoir réussi à courir une nouvelle fois. Toujours cet accueil chaleureux des enfants et des femmes dans l'école. Fous rires entre françaises gauches et Sénégalaises bien rythmées dans leurs danses. Au bout de 3 jours, il n'y a plus de frontières, ni de blancs, ni de noirs, nous chantons, dansons et rions toutes ensembles dans une joie de vivre infinie.

Retour en pirogue, calme plat pendant le repas du midi, les filles sont lasses et cet après midi, petite sieste réparatrice et rencontre avec une famille du village. Comment faire pour ne pas s'attacher et en vouloir encore et encore ?

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Ce jeudi matin, n'est pas mon jour. Dès le départ, je sens que cette journée sera placée sous le signe d'un moral en berne. Pourtant, j'ai tout pour être heureuse, sans doute l'accumulation de fatigue. Nous sommes au 4eme jour, dès le 2eme kilomètre, j'ai les larmes qui sont proches, je me retiens pour ne pas craquer devant les copines, je cours, je ne veux pas m'écouter. Je veux aller au delà de ce « mur » qui se présente à moi, j'énumère, les pseudos des copines du site les unes après les autres pour tenir. Les km s'enchainent quand même, l'arrivée est là et c'est plus fort que moi, je m'effondre dans les bras de Catherine n'essayant plus de retenir mes sanglots. C'était dur, mais la volonté d'arriver m'a fait aller jusqu'au bout. Je mettrais un peu de temps pour m'en remettre, mais l'après midi tout redevient comme au premier jour. J'ai vaincu, vous vous rendez compte ? Je l'ai fait ! J'ai dépassé ce que je pensais être inabordable, mélange de fierté de dépassement de soi.

Je vis une aventure hors du commun, je ne dois rien lâcher.

Retour dans l'après midi en charrette, moyen de locomotion typique qui nous donne l'occasion de visiter les ruelles de Faoye.

Ce soir, je vais mieux, je vais bien.

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Vendredi 19, dernier jour de course, j'ai une pêche formidable, nous allons courir vers le village de Djilas, 8,2km prévu.

Une tempête de sable renforce notre difficulté à courir sur ce terrain très meuble, mais peu importe, profitons de ce bonheur de courir ici entre baobabs et eucalyptus.

Je suis comme au premier jour, le temps passe très vite, des centaines d'enfants nous fait une haie d'honneur et deux d'entre eux me prennent la main pour terminer la course avec moi.

Le chant des femmes rythme notre arrivée : instants magiques, je frissonne de la tête aux pieds.

Dernière visite dans une classe de CP, contact très proche avec les enfants, regards échangés, sourires, l'émotion est forte et partagée.

C'est à bord d'un Diagadiai (taxi brousse) que nous rentrons chez nous. Ce soir, remise des récompenses et j'attends un peu fébrile les résultats.

Souvenez-vous de mes craintes avant le départ :

1° Ne pas pouvoir courir toutes les étapes

2° Être obligée de marcher, pas un problème en soi, mais un défi personnel.

3° l’angoisse d'être dernière, même si cela n’avait finalement que peu d’importance.

Je suis 30ème ! Je l'ai faite les copines ! N'est ce pas merveilleux ?

Nous sommes toutes gagnantes de ces instants précieux et magiques.

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L'aventure est terminée, avec un peu de vague à l'âme au fond du regard. Pouvoir aider ces enfants et leur famille m’a énormément apporté. Nous avons tout, pourquoi ne pas essayer d'en faire encore plus ?

J'ai appris à me connaître, j'ai découvert  des personnes formidables et j'ai la tête remplie de souvenirs.

C'est une expérience à jamais gravée dans mon cœur.

 

Written by :
Barbie
 
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Commentaires (10)Add Comment
Asian
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Par Asian, mai 13, 2010
C' est un joli CR de course, une belle aventure et...un magnifique portrait.Cela te ressemble tant, Calou...smilies/kiss.gif
khoryncou
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Par khoryncou, mai 12, 2010
Ton témoignage est très poignant Calou! Bravo pour ce combat gagné contre toi même.
Bises et je te souhaite plein de futurs aussi bons moments.
Béa54
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Par Béa54, mai 11, 2010
Quelle belle aventure tu as vécu là !
Merci pour ce chouette récit smilies/smiley.gif
yanne
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Par yanne, mai 11, 2010
Je suis contente que tu ais vécu des instants d'aussi intenses émotions même si je pense que le contre coup du retour en France a été d'une secousse incroyable pour toi. Je suis contente que, petit à petit, tu redonnes de tes nouvelles sur le site et grignote des kms. Bientôt, l'après difficile de cette aventure extraordinaire s'effacera de tes souvenirs comme les blessures de ton corps et il ne te restera que la magie du moment.smilies/kiss.gifBonne progression.
flo87
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Par flo87, mai 10, 2010
bravo et merci pour cet émouvant récit
comme tu dis , vous êtes toutes gagnantes les filles !!!
Barbie
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Par Barbie, mai 10, 2010
je n'ai pas mis toutes les photos, je m'en excuse Calou.
Merci en tout cas d'avoir pris le temps d'écrire tout ça et surtout d'avoir tenu le secret pour Running pour Elles !!!
Cécile
stephany
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Par stephany, mai 10, 2010
merci calou de nous faire partager ton voyage, ton histoire est tres emouvant, j'ai eu de la chair de poule, bravo tu as reussi à courir toutes les etapes malgré ta fatigue, j'aime cette course qui fait l'objet humanitaire.
carmel
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Par carmel, mai 10, 2010
je te reconnais bien dans ce CR, fragile et forte en même temps, superbes photos...un voyage humain, un peu initiatique en quelque sorte...
cocotte
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Par cocotte, mai 10, 2010
bravo; beau challenge et belle aventure humaine. merci de nous l'avoir fait partagersmilies/smiley.gif
Stella
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Par Stella, mai 09, 2010
C'est un très joli récit, bravo Calou de t'être dépassée. Ce sont des moments auxquels tu pourras penser, si un jour tu as le blues, tu as fait des choses magnifiques qui éclaireront encore beaucoup ton chemin smilies/smiley.gif

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