Les Comptes rendus
UTMB 2011 : au bout du bout...
Écrit par Cécile Mercredi, 31 Août 2011 16:37
UTMB 2011 : au bout du bout…
Alors je vous préviens tout de suite, ne comptez pas sur moi pour vous offrir un CR larmoyant comme pour l’Australie. Oui je n’ai pas fini l’UTMB mais je préfère vous le dire maintenant, je l’ai très bien vécu. Pourquoi me direz-vous ? Parce que j’ai enfin compris une chose que je subodorais depuis longtemps : la montagne n’est pas mon élément naturel favori ! Je n’ai jamais skié enfant, cela ne m’a d’ailleurs jamais manqué. J’ai béni le ciel d’être tout le temps enceinte pour pouvoir éviter de skier en famille laissant au mâle dominant de la tribu le rôle de Popeye pendant que je lisais tranquille Gala au club house de Megève en sirotant mon thé citron. Je suis une fille de la mer moi, une vraie de vrai qui jubile quand elle passe le cap horn déchaîné, pas quand elle grimpe le col Ferret. Je suis la reine de la descente des huîtres plates de Cancale, pas la reine des descendeuses du Col du Bonhomme. Je ne mange pas de fromage, vaguement du jambon suisse, mais je suis dangereuse face à une flopée de bigorneaux. Bref vous l’aurez compris, je partais avec un sérieux handicap.
En 2010 j’étais forcément un peu frustrée puisque que l’arrêt n’était pas de ma volonté et puis j’avais fini comme une fleur cet UTMBébé improvisé. J’en avais bavé sur ce foutu col Ferret mais je l’avais vaincu, comme cette tête au vent de malheur. Le problème c’est que je n’avais jamais fait plus de
Nous sommes là devant l’église et je profite de l’attente pour aller enfiler mon pantalon imperméable. Raphaël l’a déjà fait et il n’a pas tout à fait tort, ce serait bête d’attraper froid tout de suite. Inutile de préciser que je profite de l’occasion pour un dernier pipi vite fait derrière un bosquet ! Ça y est les fauves sont lâchés et il faut croire que tout le monde a la trouille de ce qu’il l’attend parce que ça se traine sérieusement. J’ai le souvenir d’avoir couru beaucoup plus rapidement l’année dernière mais là il faudra presque attendre la sortie du centre ville pour enfin commencer à courir. Et bien entendu il pleut… C’est bien comme les choses ne changent pas avec l’UTMB… ça en devient presque rassurant en fait… Jusqu’aux Houches c’est plutôt roulant donc le rythme tient encore de la course à pied. Arrêt au stand rapide et c’est reparti vers St Gervais où je sais que la descente va être une autre paire de manches. Avec la pluie je sens que les Brian Joubert de l’année dernière vont faire leur réapparition et que ça va tenir du bain de boue cette histoire. D’ailleurs nous allons tomber tous les 2 à tour de rôle comme prévu mais sans conséquence. En arrivant à St Gervais nous croisons des coureurs et pendant une fraction de secondes je me demande ce qu’ils font là. Nous nous sommes trompés ou quoi ? Ben non bêtasse, c’est juste que l’année dernière il n’y avait personne qui repartait de ce ravito !!! J’avale mon verre de coca sans demander de whisky dedans et c’est reparti. Direction les Contamines
La nuit est bien là et mon manque de sommeil se fait cruellement sentir. J’ai envie de dormir, je plonge même par moment ce qui est super sécurisant pour une course en montagne. Même si j’ai le phare de Petzl sur la tête ! Raphaël se marre et me dit qu’il ne m’a jamais trouvé aussi éblouissante ! Je n’ai qu’une envie, c’est me mettre en boule quelque part et dormir. Seulement voilà il fait froid, il pleut, et j’en ai déjà marre d’être là. Et il y a ce fameux col du Bonhomme… J’ai perdu Raphaël depuis quelques temps mais nous savions que cela arriverait. Je regarde ce truc à grimper et je me dis que si je ne sors pas l’arme fatale il va avoir ma peau. Je dégaine donc ma musique et c’est parti mon kiki. Tu vas voir qui est la plus forte tiens ! Je double tout en chantant pas mal de coureurs qui se demandent bien ce qu’il me prend. Ne rien lâcher parce que si tu t’arrêtes ne serait ce qu’une seconde pour réfléchir tu es morte. Je finis même par rattraper Raphaël qui me demande ce que je fous là et qui voudrait bien un gentil cachet emballé dans du papier alu lui aussi. Nous allons traverser la neige ensemble qui ressemble plus à de la grêle à ce moment là. Il nous manque l’invasion de sauterelles et c’est la totale ! Mais c’est vraiment du délire cette course quand même. Au refuge du Col du Bonhomme on nous dit qu’il nous reste 45 min pour redescendre. Je t’en foutrais tiens des 45 min !!! Ce qui est difficile en fait à gérer c’est que le terrain est tellement gras qu’il est difficile de se lâcher dans les descentes. J’admire vraiment ceux qui se lancent dans ce type d’aventure sans bâtons. C’est dans la grimpette pour le Col de la Seigne que je vais perdre définitivement Raphaël pour le laisser voguer vers sa victoire que je sais évidente. Je commence à le connaître un peu mon alsacien et je connais sa force de caractère. J’aime l’idée que sans la course à pied, jamais lui et moi ne nous serions rencontrés et n’aurions sympathisé. Nous avons vécu notre premier ultra avec la Trans’aq où je l’avais vu démontrer ses qualités de coureur jour après jour. Je savais qu’il irait au bout de son aventure montagnarde et il l’a fait après 44 h ! Je suis fière en fait de connaître ce mec et d’être son amie !
Allez assez de lyrisme et revenons-en un peu à moi et à mon plantage en beauté. J’avance toujours en frôlant les barrières horaires mais maintenant j’ai compris que ce sera le cas jusqu’au bout. Le plus dur en fait c’est que cela empêche toute récupération. Tu arrives au ravito, tu choppes un verre de coca, un truc à manger et zou ils te mettent dehors. Tu voudrais bien te poser un peu mais c’est impossible. C’est là que je pense qu’il faut gérer cette course différemment des autres. Oui il faut veiller à ne pas se griller dès le départ mais il faut aussi se dire qu’à mon niveau on part pour plus de 40 h d’effort et qu’il faudra à un moment ou à un autre pouvoir se poser vraiment pour ravitailler, voir s’assoupir un peu. J’avance mais je sais très bien que je ne passerai pas à un moment ou un autre. En fait je décide à ce moment là que comme en Catalogne ce n’est pas moi qui dirai stop mais l’organisation. Je sais que je ne passerai pas la 2ème nuit. Je suis épuisée et une quasi 4ème nuit blanche sera celle de trop. En attendant il fait enfin beau et ce foutu col de Chercuit est là. Le ravito est super joli, le pain délicieux, je me pose deux secondes sur un banc et je papote avec mon voisin tout aussi épuisé que moi. Nous parlons des barrières horaires et là surprise il me parle du changement de parcours. Comment ça on a reçu un sms ? Ok je sais pour le recevoir il faudrait déjà que j’allume mon portable… Il parait qu’on ne monte plus à la tête au vent mais qu’on descend vers Martigny pour remonter je ne sais où. Je me souviens de l’année dernière où j’étais passée de nuit sur les hauteurs avec cette ville vaisseau spatiale en contre bas. Mais si nous descendons, il faudra forcément remonter et là c’est trop pour moi. Je sais ça peut paraître bête pour certains mais pour une fois le fait de connaître la fin d’une course me réjouissait et me rassurait un peu. Là je pars dans l’inconnu complet avec du dénivelé en plus, ma grande spécialité !
Je repars parce que de toute façon je n’ai pas le choix et j’en profite pour demander comment est la descente. « Oh c’est une piste de ski, c’est plutôt roulant »… Je t’en foutrais oui une piste de ski !!! Sur
Je prends la décision de prendre le temps de manger. De toute façon c’est une question de survie. Je n’ai pas le courage de me changer, je dégage une odeur que je n’ose même pas imaginer, à des années lumières de mon eau dynamisante tiens mais bon de toute façon il va bientôt refaire nuit et refaire froid. Et puis zut à la fin, je suis comme je suis et l’idée même de lever les bras pour enfiler un tee shirt propre me donne la nausée. Me relever va me demander un effort surhumain et déjà il faut repartir. Je m’arrête aux toilettes quand même et je m’enferme dans celles réservées aux handicapés. Oui je sais c’est un acte d’une incivilité inouïe mais toute femme qui a couru presque
Arrivée à Arnuva, on rend notre dossard et direction le bus pour Courmayeur. Nous allons avoir de la chance puisqu’il y en a un qui part tout de suite. L’ambiance est terrible, lourde, froide, les gens présents sont épuisés, désespérés et pas vraiment heureux d’être là. Moi je m’endors à peine montée dans le bus… Retour au gymnase de Courmayeur qui là veut bien de moi cette fois ci. Je pose mon sac à dos sur une table, ma tête sur mon sac et je me rendors. Pathétique !!! Arrive enfin le bus vers 2h du mat, il faut rentrer à Chamonix. Mais la rigolade n’est pas encore finie pour moi vous vous en doutez. J’ai un léger insignifiant petit problème : mes clés de voiture sont dans mon sac de sport qui est dans la salle de presse où je me suis changée… Et vous vous doutez bien qu’à 3h du mat à Cham, question ambiance j’ai connu plus funky ! Je rends mon dossard en échange de mes 20€ de caution sur la petite place dont je me suis élancée plus de 24h auparavant et je me dirige tétanisée de froid vers la salle qui se situe au Majectic pour ceux qui connaissent. Il y a de la lumière chouette ! La porte est fermée, zut… Je vois mon sac posé par terre et je finis par tambouriner à toutes les fenêtres sans grand succès. Je m’apprête à repartir lorsque oh miracle la porte s’ouvre sur un des mes confrères qui me demande ce que je veux. J’explique ma situation en quelques secondes et zou j’ai mon sac. Alléluia il y a au moins un truc positif ce soir. Il me dit que j’ai une chance folle, que cela fait des heures qu’il bosse avec un casque sur les oreilles et que s’il n’était pas parti à la recherche de ses clopes je serai repartie bredouille. Il me dit aussi que si je n’ai pas d’endroit où dormir, il est là encore 30 min et qu’il m’ouvrira pour que je puisse squatter au chaud. Ah oui j’ai oublié de vous dire : je suis encore une fois sdf à Cham en pleine nuit… Je ne pensais pas vraiment abandonner et donc je n’ai pas prévu de chambre d’hôtel et j’ai une 205 cabriolet certes absolument adorable mais pas vraiment compatible avec mes jambes à la Adriana Karembeu. Quoi ? C’est vrai que j’ai de grandes jambes que voulez vous. Quand j’étais ado je ne pouvais pas faire le pied à la main mais le pied à la cheville. Ou alors j’ai les bras trop courts ??? Bref, Pascal tu es où !!!!! (relire CR UTMB 2010 pour comprendre). Direction l’hôtel de l’Aiguille du Midi qui m’hébergeait auparavant. Je tiens à remercier ici publiquement la directrice de cet établissement pour tout ce qu’elle a fait pour moi. Non seulement elle a répondu au téléphone à 3h30 du mat mais elle m’a aussi trouvé une petite chambre pour dépanner puisque toutes les autres avaient été louées par des coureurs abandonnés comme moi. Si un jour vous cherchez un hôtel sur Chamonix n’hésitez pas ils sont tout simplement adorables !!!
Et voilà c’est fini… Il faut se rendre à l’évidence, la montagne et moi ça fait
Et tout ça pour quoi ? Une polaire sans manche… Non mais franchement qui a eu cette idée saugrenue de filer une polaire sans manche. Moi quand j’ai froid, j’ai froid au nombril certes mais aux bras aussi. C’est comme les pulls à col roulé sans manche, c’est juste ridicule. Alors voilà, je ne retournerai courir l’UTMB qu’à la condition que la polaire ait des manches !!! C’est dit !!!
Cécile
Ps : je prie pour qu’aucun organisateur de la course ni de North Face lise ce texte un jour…

Par Heidi, septembre 04, 2011
Allez laisse reposer tout ça et ton grain de folie finira bien par te rattraper de nouveau.
Par valdes, septembre 04, 2011
UTMB = une des courses les plus difficiles du monde. DU MONDE. Oui oui.
Donc @Barbie, juste un mot : RESPECT. Faire déjà tout ce qui tu as fait : BRAVO.
Allez, moi je suis sûre que malgré le fait que "la montagne, ça ne t'a pas encore gagné", je suis quasiment sûre que cette course-là, ben tu vas nous la refaire. Les défis et @Barbie ...
Et j'adore l'humour des organisateurs : polaire avec manches pour les finishers, polaire sans manches pour les autres.
Par Britt, septembre 02, 2011
Merci et bravo
Par Lievre69, septembre 02, 2011
Une petite question : tu as utilisé quel type de frontale ?
(Je vais faire la semaine prochaine un trail nocturne et j'hésite sur le type de frontale à prendre...)
Par juju, septembre 02, 2011
Quant à tes récits toujours aussi exquis! Gros bisous Juju
Par Barbie, septembre 01, 2011
je te fais ça ce we promis !!!
Cécile
ps : merci pour vos commentaires en tout cas, ça me touche toujours énormément.
Par Arthurbaldur, septembre 01, 2011
Au fait tu n'as pas envie de faire le trail Verbier St-Bernard l'année prochaine ? 110 km de bonheur (et 7000 m de D+) mais avec des barrières horaires nettement plus confortables ...
A bientôt Cécile.
Par darkmoon, septembre 01, 2011
Par Erwann, septembre 01, 2011
Par leeleeth, septembre 01, 2011

Ceci dit, pourquoi moi je ramasse jamais de mec mignons en course ???? hein ???
Et pis à défaut de te suivre en CAP, je te propose une soirée bigorneaux !!! A nous 2 on doit pouvoir froler l'extinction de masse !!!
Par Niña, septembre 01, 2011
Par fredM, septembre 01, 2011
A force, tu vas peut être arrêter de t'inscrire sur des courses qui ne te conviennent pas ! Bravo pour être allée aussi loin sur celle là, et bonne chance pour tes futurs projets !
Par yanne, septembre 01, 2011
On met une semaine?
Bon retour sur le plancher des vaches et bonne rentrée scolaire à tes enfants.
Par gaellou, septembre 01, 2011
Par Stefun, août 31, 2011
Par Lauliana, août 31, 2011
. Maintenant pour le plus jamais, va savoir pourquoi j'ai un énorme doute...RdV l'année prochaine, on verra bien. Par exemple, si un de tes nombreux amis de la course à pieds vient te demander de l'accompagner...ou bien si la couleur de la polaire en fait oublier qu'elle n'a pas de manches...
Par Lyset, août 31, 2011
Par isa13, août 31, 2011
Par Stella, août 31, 2011
Devant une telle perf, même sans aller au bout de la course, je m'incline bien bas
Par cocotte, août 31, 2011
Par Litoswa, août 31, 2011
Par natbernardin, août 31, 2011
décidément, tu as l'art de décomplexer la tortue que je suis ... et de me rassurer aussi !!
et au contraire, je souhaite que les organisateurs te lisent ... histoire de savoir ... !!
Par Greg Runner, août 31, 2011



Cécile
ps : je sais je suis en retard sur le debrief matériel ! j'arrive !!