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Ultra boucle de la Sarra 2013, ultra n’importe quoi !

Écrit par admin on .

Ultra boucle de la Sarra 2013, ultra n'importe quoi !

Dans la catégorie du grand n'importe quoi ce week-end se pose là... Julia Robert dans « Pretty Woman » est un aimant à minables, ben moi j'ai un aimant à « conneries »... Arthur est gentil dingue qui m'a convaincu qu'on pouvait aller à St Etienne en courant, en off avant de rentrer à Lyon, de façon tout à fait naturel après un ravito au Quick. Je lui avais promis que s'il organisait une course sur Lyon, une vraie, une officielle avec dossard, je serai au rendez-vous et que voulez-vous, j'essaye toujours de tenir mes promesses.

Comme vous le savez puisque je vous l'ai déjà raconté, j'ai été malade et j'ai mis pas mal de temps à remonter la pente. Ce n'est pas réglé d'ailleurs mais sincèrement je dors mieux et ça y fait beaucoup. Mais cela fait deux mois que je n'ai pas couru parce que je ne m'en sentais pas capable. Lundi dernier je décide de profiter de mon séjour rhétais pour rechausser les baskets histoire de voir l'étendu des dégâts... 45 minutes pitoyables à me demander ce que je fous là... Et 5 jours plus tard, j'ai un ultra. Mais bien sur... Je passe la journée de mardi à réfléchir, l'hôtel est payé de toute façon, j'emmène la tribu se promener à Lyon. J'hésite à appeler Arthur pour lui proposer que je rejoigne l'équipe des bénévoles et puis finalement je décide de prendre le départ. C'est une course horaire, le principe est simple : 6h pour faire le nombre de km que l'on peut. Je n'avais pas de vue sur le podium, les copines s'en occupaient de toute façon. Après finir 11ème ou 12ème (apparemment nous étions 12 au départ), ça n'allait rien changer à mon existence. Ce misogyne de Coubertin a bien dit que l'essentiel était de participer non ? Ben voilà, je vais participer !

De toute façon, comme j'avais les enfants, il était hors de question de jouer la maman « chiante » qui mange des sucres lents, qui se repose toute la matinée les jambes surélevées et tout le toutim. Nous étions là pour se balader, rhabiller la troupe qui grandit (non mais quelle idée je vous jure !), et visiter un peu la ville. Résultat des courses : tartare frites et café liégeois pour le diner pré course, déjeuner à la crêperie pour le déjeuner pré course... Le seul truc que je n'ai pas fait, c'est noyer ma complète sous une bonne bolée de cidre... Histoire de me donner bonne conscience ! Nous grimpons en famille à Fourvière parce qu'on est quand même venu pour visiter cette foutue basilique et zou je lâche la troupe qui préfère aller voir « Ironman 3 » qu'encourager Maman qui fait le hamster ! On se demande bien pourquoi !

ca descend

ça descend !

ca monte

Et ça monte... Et on recommence encore et encore...

Quelques informations sur la course quand même, attention c'est du lourd ! Le principe : un circuit d'environ 2km et 90m de D+ à parcourir pendant 6h (plus de précisions !). Et si on vous dit qu'il y a 563 marches d'escalier sur le parcours, à gravir à chaque passage et une piste de ski (la Sarra que tous les lyonnais connaissent) à descendre, nous avons là ce que l'on appelle dans notre jargon une belle course à « la con » d'un fort beau gabarit. Le plus drôle c'est qu'Arthur avait sérieusement envisagé d'attaquer par un 24h... Le plus sympa dans tout cela, ne nous mentons pas, c'est que je retrouve les copains avant tout. Vous vous rappelez pour les plus anciennes de CAF de mon périple dans la neige avec mes « nains », et bien ils sont là en bénévoles évidemment. Toute la famille d'Arthur est réquisitionnée et toute une bande de copains sont au rendez-vous : Patricia en lapin sautillant, Martine que vous avez découvert si vous lisez Running pour ELLES et super Coach alias Christian, Nicolas d'Off Run, il y a même Pierre Etienne Léonard de France 2 qui de passage à Lyon a décidé de faire un petit reportage pour « Tout le sport » pour cette première édition et mon Jean Louis Touron chéri et tous les autres ! Bref tout ça pour dire que la première demi-heure sur zone, on a plus passé de temps à prendre des photos et donner des nouvelles que préparer nos pieds en vue d'un ultra de 6h.

les copines

Copines !!!

Comme nous avons à faire à une boucle et que nous allons passer tous les 2km devant le ravito, je décide au dernier moment de juste prendre ma musique. C'est évident qu'une perf n'était pas envisageable dans ces conditions mais là j'ai le temps et j'ai payé mon dossard, j'en veux pour mon argent ! Si vous voulez mon avis, avec tout ce que j'ai bu et bouloté à chaque passage, je dois avoir eu le dossard le moins rentable de la course ! Il y a un autre avantage à connaître l'organisateur et non des moindres c'est qu'il connaît vos petites manies par cœur... Résultat ? Un dossard n°33 (mon chiffre fétiche étant le 3, il a préféré doubler pour être sur !), le prêt d'une frontale parce qu'il devait se douter que je ne prendrais pas la mienne, il a même poussé le vice jusqu'à prévoir un tee-shirt Adidas aux couleurs de mes boost que j'adore (au grand désespoir de mon copain Fred Brossard !). Je vous dis, cet homme sait me parler, aucun doute là-dessus !

dossard

Cadeaux !!!

Le départ est enfin donné et je découvre très vite que ça va être du grand n'importe quoi... Il fait beau et donc chaud, ça grimpe à couper le souffle court d'une pauvre fille qui souffre de tachycardie, ça descend, on dirait Space Montain ce truc ! Pire encore, la passerelle bouge à t'en donner le mal de mer... Je comprends vite que les effets secondaires de mon traitement médicamenteux ne sont pas encore atténués et je crève de soif au bout d'un tour... Ok, si je veux avoir une chance de voir le bout de ce truc là il va falloir gérer, surtout que je ne veux pas qu'Arthur se retrouve à gérer une évacuation sanitaire parce que j'ai joué les filles de l'air en tombant dans les pommes. Ah oui tiens j'y pense, je n'ai pas parlé de la tenue choisie pour l'occasion, je sais que beaucoup sont très chaussures sur le site ! Donc puisque je n'ai pas l'intention de faire « un truc », j'ai décidé de la jouer utile et de profiter de l'occasion pour tester du matos pour le prochain numéro de Running pour Elles. J'ai donc une robe Patagonia (juste à tomber à la renverse tellement elle est bien coupée et confortable avec ça) et une paire d'Adidas Riot trail. Ce choix n'est pas des plus judicieux mais j'ai peu de temps pour les tester, alors elles attaquent direct tout juste sorties de la boite sur un ultra. La pente de la Sarra est légèrement glissante, pas de quoi fouetter un coureur d'ultra non plus mais comme je suis tout de même un peu fatiguée, je préfère assurer. Maintenant nous sommes d'accord, pour une course à 90% sur bitume, ce n'est pas très intelligent mais ce n'est pas bien grave. Je reviendrai la gagner l'année prochaine (surtout que je connais la dotation pour le podium maintenant...) !

moi devant Patricia

La seule fois où j'ai été devant Patricia ! Au départ dans 2 secondes...

Les tours s'enchainent et les ennuis commencent. Je ressens une brulure sous le bras droit que je connais bien parce que j'ai quasiment toujours la même sur mes courses dans le désert. Je mettais ça systématiquement sur mes manchons, seulement là je n'en ai pas... Heureusement, alors que je reviens au stand, je demande à Super Christian s'il a de la crème anti frottements et comme c'est l'homme parfait, un tube apparaît par miracle et je repars. Au bout de 4h environ de course, alors que je repars pour un tour de piste supplémentaire, mon tendon d'Achille se bloque et devient très douloureux. J'enrage après moi... On m'avait prévenu que la cortisone pouvait le fragiliser mais je l'ai arrêté depuis des lustres maintenant, je ne pense pas que ce soit ça. Je sers les dents mais je suis bien décidée à arrêter si le tour suivant je souffre encore comme ça. Hors de question de mettre ma saison d'été en l'air pour de l'acharnement thérapeutique... Et fait exprès la boucle suivante verra l'arrêt complet de la douleur qui ne reviendra pas. Je continue donc mes tours de grande roue, tranquillement mais surement. Le moral revient à partir de 4h de course, surement parce qu'ils ont dégainé l'arme absolue au ravito : des dragibus géants ! Punaise ils savent vraiment me parler sur cette course ! Sans parler du pop corn qui va faire lui aussi son apparition. Je suis convaincue que je finirais finalement ces foutus 6h même si j'ai bien compris que je serai à des années lumières des premiers de la course qui sont littéralement stupéfiants d'aisance. Martine avec ses jambes à tomber à la renverse est d'une facilité qui laisse pantoise, Elle a à ses trousses Patricia le lapin rose bien décidé à grimper sur le podium.

Il ne faut pas oublier de parler de l'ambiance. Même si nous souffrons tous un peu, je trouve qu'elle a vraiment été au rendez vous. Les relais encouragent les solos dans l'escalier, les bénévoles sont tout bonnement adorables et je finirai par jouer un peu avec eux parce qu'il faut bien les occuper les pauvres qui ont passé 6h à voir passer des fous furieux, tout en gardant le sourire. Je jouerais même carrément avec Bernard qui me voit désespéré systématiquement marcher devant lui, refusant de me griller en essayant de courir dans une montée qui n'est pas faite pour la fille aussi peu entrainée que je suis. Je lui offrirais quand même une ou deux grimpettes histoire qu'il ne reparte pas sans me voir courir au moins une fois ! Enfin courir... on se comprend ! Il n'a pas été décoiffé par ma vitesse non plus !

la bande son

Ton lecteur MP3 est en rade ? Pas de souci, Arthur assure !

Il y a aussi les quelques spectateurs qui sont d'un enthousiasme débordant. Je tiens à rendre hommage à Esther et sa sœur Eva qui vont me faire un comité d'accueil tout bonnement délirant à chacun de mes passages. Christian et Nicolas, arrêté pour cause de genou récalcitrant sont là aussi à chaque passage et tous mes « nains » bénévoles se marrent à chaque fois que je passe en pestant. Je profite d'un tour d'honneur du patron pour m'inquiéter du taux d'ébriété de celui-ci quand le projet est né...

La nuit tombe sur Lyon et luxe ultime, l'organisation illumine avec des petites bougies les escaliers histoire de rajouter à la féérie du truc. Je me marre en me disant qu'ils sont du avaler pas mal de la Laitière au vue de tous ces pots en verre ! On attaque la dernière heure, je sais que je n'en ai plus pour longtemps. Je cours à une vitesse qui correspond en fait à ma vitesse de marche rapide je pense. A la sortie de la passerelle, le faux plat me donne l'impression que j'attaque la montagne mais je tiens le coup. J'ai prévenu, je veux une arrivée de dernière à la hauteur de mon exploit ! Je veux Catherine Poletti et ma polaire sans manche bon sang de bon soir. Maintenant il faut être honnête avec vous je ne suis apparemment pas tout à fait la dernière. Enfin je ne dois pas en être trop loin non plus ! Je finis par passer la ligne d'arrivée dans une accélération, j'ai du passer le mur du son à 10km/h au bas mot... Une vraie fusée ! J'ai fait 18 tours, Martine 26 avec le sourire et les encouragements lorsqu'elle me doublait ce qu'elle a fait un certain nombre de fois... La messe est dite !

lyon la nuit

A la nuit tombée...

Conclusion de cette aventure totalement décalée : franchement je suis super heureuse parce que je n'ai finalement pas lâché le truc et j'ai profité de la course sans trop souffrir. C'est certain, pour faire un temps, il faut être entrainé. Eh oui, on a beau dire ce qu'on veut, raconter ce qu'on veut, l'entrainement, ça paye que voulez-vous... Mon endurance me permet de tenir le choc mais c'est tout. Il va falloir faire preuve d'un peu plus de sérieux si je veux retrouver un semblant de niveau et attaquer ma saison d'été. En tout cas je me suis vraiment régalée et je ne regrette pas un seul instant d'avoir pris le départ malgré mon niveau d'entrainement. C'est idiot à dire mais j'avais besoin de ça pour retrouver l'envie d'avoir envie. J'avais besoin de ce sas de décompression en « famille » pour pouvoir repartir du « bon pied ». C'est difficile à gérer en fait l'appréhension d'un nouveau dossard.

Je tenais à remercier toute l'équipe de bénévoles qui a fait un travail exceptionnel pour une première course. Nous avons vraiment eu le sentiment d'être accueilli par une famille, celle d'Arthur, agrandie de bénévoles qui ont fait un travail formidable. Merci Arthur, ta famille au grand complet, mes « nains » préférés avec le petit nouveau, Nicolas, à Christian pour ses encouragements et tous les coureurs qui je pense ne sont pas prêts d'oublier cette expérience totalement décalée.

Cécile

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UTMB 2012 : le regard de Xavier

Écrit par Cécile on .

ULTRA-TRAIL DU MONT BLANC
VENDREDI 31 AOUT - SAMEDI 1er SEPTEMBRE 2012
Mardi 28 août, 19h04, SMS de Cécile à qui j’avais demandé des nouvelles de ses tendinites : On verra bien. Plus le choix. On est fou, j’espère que tu en as conscience.
Mardi 28 août, 19h14, SMS de l’organisation : Attention ! Prévision météo : pluie, neige à 2 000 m, vent, froid. Températures s’abaissant en dessous de -5°. Prévoir équipement hivernal. De la folie, oui.
Jeudi 29 août, 9 h, nous nous retrouvons pour subir une batterie de tests médicaux pour différentes études sur les effets de l’ultra sur les organismes. Quatre heures entre les mains et les appareils de l’équipe dirigée par Guillaume Millet, un professeur d’université qui connaît son sujet, pensez, 3° au premier Tor des géants en 2010 (321km). Dans un moment d’égarement nous nous sommes portés volontaires. Mon cou pris par une minerve, attaché à un siège, les jambes couvertes d’électrodes, on me fait passer dans la tête des décharges électriques. J’entends Cécile se faire préciser que ce n’est pas tout à fait le même traitement par électrochoc qu’on applique en psychiatrie. Merci, je me sentais devenir fou.
Vendredi 31 août, 11h38, soit moins de sept heures avant le départ, SMS de l’organisation : UTMB, départ vers 19 h. Condition météo trop difficiles sur les grands cols. Nouveau parcours de 100 km. France uniquement.
Gros coup sur la tête. Quoi, le tour du Mont Blanc se réduit à une promenade dans les vallées. Oublié le parcours mythique. Inutiles les reconnaissances, la mémorisation des difficultés, la préparation mentale. Cécile me téléphone. Je la sent dépitée. L’épreuve se refuse à elle pour la troisième fois. Bien sûr, on y va quand même. La raison l’emporte. Celle des organisateurs. On en aura la confirmation cette nuit en courant sur la neige qui recouvre les points hauts du nouveau parcours, pourtant seulement à 1 900 mètres, loin des 2 550 mètres des cols du tracé habituel. La notre, aussi, y aller sans sous-estimer la difficulté de ce qui nous attend, largement en aveugles tant il est difficile d’exploiter les renseignements sur le parcours qui sont mis en ligne sur le site. Mais je suis sans ordinateur, loin de chez moi et le temps presse.
Vendredi 18h50 : Je retrouve enfin Cécile prés du départ. La tension est forte. Les coureurs sont chaudement couverts, trop. On tarde un peu pour laisser arriver le premier de la CCC. C’est parti, on est poussé en avant, foule, musique, on ne s’appartient plus et cela sera ainsi pendant des heures. Nous ne nous perdons pas de vue, je mémorise sa tenue pour la reconnaître de dos, dans la nuit qui va vite tomber. Elégante, blouson bleu clair, sac à dos noir, sa queue de cheval blonde retenue par un bandeau, collant noir avec une zone derrière le genoux qu’elle gardera blanche jusqu’au bout malgré la boue, guêtres assorties au blouson.
Elle part vite. Je peine à me mettre en route à ce rythme. Je laisse faire, je crains trop la barrière horaire des Contamines, il ne faut pas traîner sachant qu’on va être ralenti par le terrain glissant. C’est le moment de papoter, de se raconter. Les Houches, déjà. On passe sans s’arrêter. Il pleut. On rattrape Stéphane un copain de Cécile. Je les laisse partir le temps de mettre ma frontale et d’enlever mon coupe-vent enfilé sous le blouson, j’avais trop chaud. J’aurai bien de la peine à les rattraper me demandant si je ne les ai pas dépassés sans les reconnaître alors que la pluie se transforme en neige fondante. Il fait très noir. Mes lunettes se couvrent de gouttelettes qui gèlent, ou du moins j’en ai l’impression. Je les enlève alors que sans m’en apercevoir je commence la descente. Même avec elles je n’aurai pas eu le pied plus sûr. On glisse sur l’herbe, sur la terre des chemins. C’est sauve qui peut. Je me retrouve par terre. Pas de mal, mais je devine mon pantalon, mon blouson, mes gants pleins de boue. J’ai l’impression de courir sur un sol sur lequel on a renversé du café au lait. Cela va durer jusqu’à l’écoeurement. J’entends tomber dans mon dos le coureur qui me suit. Il va bloquer le passage. Nous progressons ainsi de bouchons en bouchons. Quelquefois amusés par les dérapages de nos voisins, souvent crispés par le risque.
Saint Gervais, 22h42, premier ravitaillement. Je retrouve Bénédicte, ma femme, et les copains venus m’assister, Gilles, Jacky et Véro. Présence chaleureuse et efficace qui se renouvellera jusqu’au bout à n’importe quelle heure. Pourtant, ils sont sous la pluie sans être réchauffés par la course et ne dormiront que très inconfortablement installés dans la voiture. Quelques mots, le point sur les heures de passage, un morceau de pain avec du fromage et du saucisson aux noisettes, hum... que c’est bon. Un peu de bouillon aux vermicelles. Et déjà dehors sous une pluie battante, passage décalé des gueux que nous sommes devenus dans la ville aux vitrines éclairées.
Samedi, 0h36, Les Contamines, nouveau ravitaillement. Même chose. Je refais le plein d’eau. En repartant je suis pris dans une bousculade sans comprendre ce qui m’arrive. Je viens d’être doublé par le premier de la course au moment où se séparent les tracés. Il est à mi-course et son arrivée a surpris les bénévoles. Ils me remettent sur le chemin de la boucle qu’il me reste à faire. On rit, malgré le froid. Cécile est transie après l’arrêt au ravito pourtant très court. Je l’encourage à marcher avec les bâtons, puis à courir, pour que le corps s’activant, elle se réchauffe assez pour attendre pour se changer Notre Dame de la Gorge où nous attendent nos accompagnateurs.
La chapelle est superbement éclairée en bleu. Un grand brasier réchauffe les quelques spectateurs et ceux des coureurs qui font une pause. J’enfile une polaire sur ma première couche technique aux manches longues avant de remettre mon blouson à capuche qui remplira parfaitement sa fonction d’imperméable respirant. Je n’aurai jamais froid. Cécile sort du halo de lumière pour changer tout son haut et laisser sur place ses vêtements humides.
On attaque la montée. La pente est d’abord très forte mais sur des pierres qui assurent de bons appuis. Je me sens pour la première fois vraiment en montagne. Comme je le savais depuis notre test à la 6000D, nous sommes dans le même rythme. On avance en reprenant des coureurs. Mais je vais laisser partir Cécile. La lampe qu’elle m’a prêtée parce qu’elle éclaire très bien faiblit. Son autonomie n’est pas suffisante pour ce format de course. Heureusement, dans le doute sur ses performances (je sais que mon amie ne teste pas toujours son matériel avant les courses), j’avais prévu de prendre en seconde lampe (obligatoire) ma meilleure frontale bien qu’elle soit un peu lourde. Je vais donc pouvoir continuer mieux éclairé que beaucoup de coureurs. Plus loin, après La Balme, il faudra changer aussi celle de Cécile. Cela va plus vite que de remplacer la batterie.
Samedi, 2h35, refuge de La Balme, 38° km, ravito, presque au sommet de notre parcours. On commence par voir un halo de lumière, au dessus de nous. Puis une guirlande d’ampoules nous accueille sur une cinquantaine de mètres pour nous amener jusqu’au chalet devant lequel un grand feu réchauffe les coureurs. Beaucoup en profitent pour se changer. Un verre d’eau gazeuse, un de coca, un petit sandwich entre des Tucs, une soupe, mon régime habituel, et on repart vite à l’assaut de la crête qui doit nous ramener vers Les Contamines.
Tout de suite, nous trouvons la neige au sol. Quelques centimètres qui suffisent à le couvrir de blanc. Quand je dis à Cécile que j’adore cette ambiance, elle maugrée qu’elle déteste. La piste que nous suivons se fait plus plate, voir descendante, nous courons un peu. Pas longtemps, le chemin, en monotrace, se fait très pierreux, des blocs à contourner, escalader, descendre dans la nuit et sous cette pluie-neige qui fatigue notre vue. Depuis un moment je marche sans lunettes. En voulant enlever les gouttes gelées je les ai fait tomber dans la boue. Heureusement je n’ai pas à chercher mon chemin puisque nous sommes en file. Je me place derrière Cécile à la fois pour l’éclairer, sa lampe est moins forte que la mienne, et pour n’avoir pas à regarder trop loin où poser mes pieds. Elle suit le coureur qui la précède mais finit par peiner à maintenir le contact. C’est le moment de lui tendre une barre d’amande qu’à mon soulagement elle accepte. Je ne sais pas comment elle fait, je ne la vois jamais manger alors qu’il me faut une pate de fruit ou une barre d’amande toutes les heures. Il n’y a pas que pour la chaleur qu’elle est mieux adaptée aux déserts. C’est sûr, elle tient du chameau.
Cette longue portion technique en fin de nuit est usante. Quand cela va-t-il finir ? Pourquoi on ne descend pas alors qu’il faut rejoindre Les Contamines dans la vallée ? Quelle heure peut-il bien être ? J’ai des soucis avec la montre GPS que je dois porter pour l’étude médicale. Je ne sais pas la faire marcher et elle change de fonction au gré de ses humeurs et, sans doute, des pressions inopinées sur ses boutons. Encore une affaire de matériel non testé. Et je ne vous parle pas du dictaphone que je devais utiliser pour noter chaque fois que je mange quelque chose ou que je passe un col : fatigue générale, musculaire...un vrai chek-up au point que j’avais emporté la liste des questions pour ne rien oublier. Après deux pates de fruit, il n’a plus voulu fonctionner. Je ne sais pas comment il a fait pour être aussi humide alors que je ne l’ai pas sorti du sac congélation qui devait le protéger. Mais c’est vrai qu’avec les gros gants gorgés d’eau, je suis bien maladroit. J’en suis malade pour nos jeunes chercheurs si enthousiastes quand ils m’ont présenté leur étude. La nuit est longue à ruminer ces insatisfactions.
L’obscurité se fait moins profonde au moment où nous passons devant la station supérieure d’une télécabine. Descente sur une piste de ski, puis sur un chemin carrossable. Je donne du rythme, il ne s’agit pas de perdre l’avance que nous avons pris sur les barrières horaires. J’essaie de positiver. C’est incroyable d’être là, encore capables de courir. Je pense aux encouragements donnés à Cécile ces dernières semaines lorsqu’elle était en plein doute ne pouvant s’entraîner à cause de ses tendinites. Tu y arriveras sur ton acquis, à condition d’accepter de te ménager d’ici là. Moi, je suis rassuré après mes inquiétudes lorsqu’à mi-août j’ai traité une vilaine infection aux antibiotiques et que j’en suis sorti crevé. Oui, nous avons de la chance de tenir le coup. Nous rattrapons Stéphane avec qui nous finirons la course. La descente est longue, monotone, usante. On finit par déboucher dans un hameau de vieux chalets. Route goudronnée. On voit Les Contamines de l’autre côté de la vallée. Il va encore falloir descendre le long du torrent, obscurité à nouveau, avant de déboucher par un chemin très raide au ravito. Il est 5h45, plus de 10 heures et demi de course et nous n’en sommes qu’à la moitié de la distance et du dénivelé.
La pause va être un peu plus longue que d’habitude. Echanges d’impressions avec les accompagnateurs, petit interview de Cécile. S’alimenter. Jacky se charge de remplir ma poche à eau, la section suivante est longue et il faut prévoir. Je range ma frontale. Nous repartons sous une pluie battante par un chemin très raide qui entre dans la forêt. Je ne sais pas encore que ce sera pour moi la partie la plus dure. Piste forestière interminable, solitude, lumière grise sous la pluie. Je prends un peu d’avance sur mes deux compagnons pour rentrer dans ma bulle, faire le vide et trouver la force d’avancer. Je ne sais pas si j’ai prononcé plus de quelques mots dans cette partie. Après avoir monté fort on redescend dans une vallée habitée. C’est beau mais cela ne fait pas mes affaires, j’attendais une ascension pour passer à Bellevue, la crête qui nous sépare des Houches. Je reconnais le village traversé il y a trois semaines avec Bénédicte pendant une randonnée à la journée. Tiens, je ne savais pas que ce serait une reconnaissance du parcours. Cela me redonne un peu de moral, je vois où nous sommes, même si je ne sais pas par où nous allons monter. Les coureurs marchent silencieusement sur cette piste grise qui s’élève dans la forêt. Point positif, la pluie a cessé.
Tout à coup Cécile me dépasse, le visage illuminé par un large sourire, elle à l’air d’une gamine et esquisse même un pas de danse. Elle vient d’utiliser son joker, musique dans les oreilles. Et cela marche si bien qu’elle va me distancer. Je ne la retrouverai qu’à Bellevue après une longue montée par un sentier très raide et étroit pendant laquelle j’ai maudit ce groupe de coureurs espagnols qui me ralentit et que je ne peux dépasser. Elle m’attend avec Stéphane sur la croupe herbeuse. Pour la première fois, le ciel se dégage un peu, le paysage se dévoile, somptueux avec les massifs enneigés jusqu’à la limite des forêts. C’est le coeur plus léger que nous repartons, sachant que nous allons basculer dans la vallée de Chamonix que nous ne quitterons plus et que, compte tenu de l’heure, nous pouvons espérer finir vers 19 heures, donc boucler le parcours en 24 heures, à temps pour qu’il soit facile aux enfants de Cécile de l’attendre à l’arrivée, ce qui la motive.
Samedi 9h10, après un verre de coca, on se lance dans la descente. Tout de suite les glissades commencent. La TDS est passée par là, avec ceux qui nous précédent cela fait beaucoup de monde. La boue est profonde, épaisse ou, pire, fluide. Par endroit le chemin s’est transformé en deux sillons parallèles séparés par un monticule de boue d’une vingtaine de centimètres. On ne sait jamais si le pied va s’enfoncer et encore moins jusqu’où. Dans ces conditions, des coureurs sont très gênés et n’avancent pas. Pourtant, et c’est le parti que je prends sans m’occuper de mes compagnons que je sais retrouver en bas, le plus facile est de se lancer sans trop se retenir. On évite de rester longtemps sur ses appuis, donc on limite le risque de glisser et, en plus, on a le sentiment d’aller vite. Nous sommes en course, non ?
A ce train là je ne tarde pas à déboucher dans les prés au dessus des Houches. Un troupeau de vaches remonte la route qui descend en lacets. Je me retourne pour chercher des yeux le blouson toujours aussi bleu de Cécile. Je ne le vois pas. Pourtant elle arrivera très peu de temps après moi au ravito.
Nous allons nous arrêter un bon quart d’heure. Je change de chaussettes et de chaussures, même si mes pieds n’étaient pas vraiment mouillés, mais je souhaite les mettre un peu plus au large dans cette paire d’une pointure plus grande. A la réflexion, je ne suis pas sûr que cela était nécessaire. C’est l’occasion de m’asseoir pour la première fois depuis le départ, il y a plus de quinze heures. L’ambiance est euphorique. On est assuré d’y arriver. Le temps s’est bien amélioré. On se réchauffe. Il est 10h27. On repart légers le long de la route encombrée de voitures en ayant donné rendez vous à nos accompagnateurs en fin d’après-midi à Argentières, tout au bout de la vallée que nous allons maintenant remonter. Nous ne savons pas encore qu’il va falloir faire au moins cinq kilomètres sur une large route goudronnée montant en lacets. Interminable, usante, cette route qui mène à un parc animalier. D’autant plus usante qu’on croise régulièrement des sentiers partant dans la forêt dont on sait, les panneaux l’indiquent, qu’ils auraient pu être empruntés. On me dira par la suite que cela résulte d’une erreur du baliseur chargé de ce secteur au dernier moment. Est-ce vrai ? Pour l’instant on subit ce tronçon tout en essayant de maintenir le rythme. On va être beaucoup dépassé par des marcheurs plus rapides que nous, d’autant que Stéphane souffre de ses plantes de pied. La magie de la musique n’agit plus aussi bien sur Cécile qui, visiblement, souffre de plus en plus.
Enfin, on arrive au bout de la route et on prend un sentier dans la forêt qui va descendre fort. Je suis surpris, je n’avais pas mémorisé cette descente, pas plus d’ailleurs que l’importance du dénivelé positif que nous venons de prendre. Je mesure l’inconvénient de n’avoir pu bien mémoriser le parcours. La forêt est belle, le chemin facile, mais le temps nous paraît bien long. On entend en dessous de nous la musique de l’aire d’arrivée. Par moment nous comprenons même ce qui se dit au micro. Les coureurs sont accueillis. Eux en ont fini. Pour nous, la progression est pénible, entre douleurs et lassitude.
Pour me réveiller je prends un café au petit ravito de la gare de téléphérique de Planpraz. Il est 13h12. On se pose dans l’herbe, au soleil, quelques minutes. Cécile a très mal, j’imagine facilement ses tendons en feu. Il faut repartir, la route est longue encore. Les coureurs discutent d’ailleurs kilométrage. Les données des GPS ne sont pas conformes à celui annoncé par l’organisation. On va faire plus que les 100 ou 104 annoncés. (Sur le forum, après la course, la distance totale qui revient le plus souvent est d’environ 110). Nous progressons en balcon le long de la vallée au dessus de Chamonix que nous apercevons en contrebas. On finit par longer le torrent aux Tines sans avoir eu l’impression de descendre. Nous savons qu’il faut maintenant monter jusqu’à Argentières, mais nous n’avons pas réalisé qu’en réalité nous devons passer bien plus haut.
Cette montée va être épuisante, nerveusement et physiquement. Nous avançons sans aucun repère, dans une forêt dense qui ne nous laisse rien voir du paysage, si ce n’est au dessus de nous d’autres coureurs sur le chemin qui fait des lacets serrés pour gravir cette pente très raide. En lui-même le chemin n’est pas mauvais, mais il exige beaucoup d’énergie, d’autant qu’un vent glacé s’est mis à souffler. Le découragement gagne certains et on dépasse quelques concurrents. Pour Cécile c’est un grand coup de colère. Elle explose, dit que c’est n’importe quoi, que ce parcours n’a aucun sens, qu’il est fait pour nous martyriser et bien d’autres choses. Je me moque un peu d’elle, prévenant ceux qui veulent nous dépasser de ne pas s’y frotter, qu’elle pourrait mordre ou cogner. La fatigue et la tension sont extrêmes. Je prends un peu d’avance. Enfin, j’arrive à un carrefour de sentiers, nous partons sur la droite à flan de montagne, je devine que nous avons atteint le point culminant ou presque. Je me retourne, elle est là, à portée de voix. La colère, la douleur ont été des moteurs puissants. La sérénité va revenir, sur ce chemin plus horizontal. Il n’y a pas que pour nous que ce passage aura été terrible. Ce sera le seul endroit où nous verrons des coureurs secourus. Tout à l’heure quand nous redescendrons après Argentières nous assisterons de loin à l’hélitreuillage de l’un d’eux. Pour l’instant il nous faut encore de la patience pour arriver à ce village, dernier point de contrôle, dernier ravitaillement, dernière marque du parcours. Après ce n’est plus que de la descente et du plat, une dizaine de kilomètres jusqu’à l’arrivée.
De fait à Argentières l’ambiance du ravitaillement est différente, plus détendue. Tous ceux qui sont là, à cette heure là, un peu moins de 17 heures alors que la barrière horaire est à 19 heures, ce qui donne une bonne marge, savent qu’ils sont virtuellement finishers. il suffit de serrer les dents pour oublier la fatigue et la douleur et se traîner jusqu’à la ligne d’arrivée qui doit fermer vers 21 heures.
Nous repartons en nous disant que le pari de finir en moins de 24 heures va être tenu. Cécile donne rendez vous à ses enfants. Le coeur est léger et sur ces larges chemins nous bavardons gaiement tous les trois. Le paysage est agréable, on passe de beaux chalets, on marche dans une forêt lumineuse. Reste une longue plaine avant d’aborder Chamonix.
Brusquement nous nous retrouvons au milieu de la ville, les piétons nous encouragent. Dernier kilomètre. Nous reprenons la course, applaudis. Les enfants sont là, on passe tous ensemble entre les barrières métalliques. Un dernier virage, l’arche d’arrivée, devant l’église. Je reste un peu en retrait pour savourer le moment. La ligne. Il est 19h01, nous avons mis 23 heures 55 minutes.
On tombe dans les bras les uns des autres, les copains sont là, eux aussi. Je suis ému, un peu perdu dans cette cohue. Brusquement sans but, sans savoir quoi faire, alors que depuis hier un seul objectif : avancer. On nous explique qu’il n’y a plus de gilet-souvenir pour nous récompenser parce qu’on attendait pas autant d’arrivants. On l’avait deviné et ri d’avance en constatant notre classement qui tournait dans les 1 800 alors que d’habitude il y a moins de 1 500 arrivants. On nous promet une livraison à la maison. Cela me privera seulement de pouvoir, comme beaucoup, parader le soir et le lendemain dans cette tenue qui colore les rues de la ville. Je me console en gardant au poignet le bracelet de ruban rouge marqué UTMB qui a été scellé à la remise du dossard.
Quelques photos et je suis emmené pour une nouvelle batterie de tests qui va me prendre plus de deux heures. A ma grande surprise j’arrive à courir sur le tapis roulant à 14 km/h aussi vite que jeudi, mais moins longtemps. Une pizza plus tard, avalée dans une brasserie bruyante, et me voilà enfin sous la douche. Ouf !
Bien sûr je n’ai pas fait le tour du Mont Blanc, je n’ai pas franchi les cols dont parlent tous les traileurs, je n’ai pas sauté les frontières, mais j’ai réussi à faire cette boucle qui nous était proposée, j’ai réussi à passer dans les temps donnés, j’ai réussi à en venir à bout avec Cécile comme je lui avais promis. Forcément on est déçu, cela n’a pas la même saveur. Mais prés de 6 000 mètres de dénivelé, plus de 100 km en moins de 24 heures, sous la pluie et la neige, sur des chemins parfois difficiles, sans beaucoup de repères sur le parcours, suffisent à mon bonheur du moment. Je suis bien, sans blessures. J’ai partagé un moment très fort avec mes accompagnateurs et mes compagnons de course. Le temps est passé très vite, presque sans que je m’en aperçoive. Demain dimanche, il y aura un beau soleil qui nous permettra d’admirer ces montagnes qui se sont refusées à nous. Elles ne se laissent pas si facilement dominer par ces coureurs qui pensent qu’elles leurs sont offertes, comme un vulgaire terrain de jeu. Et c’est très bien ainsi.
Mardi 4 septembre, 10h56, de retour à la maison, SMS de Cécile : Et la question qui tue : tu y retournes l’année prochaine ?.
ULTRA-TRAIL DU MONT BLANC : de l'autre côté du miroir
J'ai eu la chance de partager cet UTMB avec Xavier et voici sa version de notre aventure. Merci encore pour tout !!! Je sais ce que je dois !!!
Cécile

VENDREDI 31 AOUT - SAMEDI 1er SEPTEMBRE 2012

Mardi 28 août, 19h04, SMS de Cécile à qui j’avais demandé des nouvelles de ses tendinites : On verra bien. Plus le choix. On est fou, j’espère que tu en as conscience.

Mardi 28 août, 19h14, SMS de l’organisation : Attention ! Prévision météo : pluie, neige à 2 000 m, vent, froid. Températures s’abaissant en dessous de -5°. Prévoir équipement hivernal. De la folie, oui.

Jeudi 29 août, 9 h, nous nous retrouvons pour subir une batterie de tests médicaux pour différentes études sur les effets de l’ultra sur les organismes. Quatre heures entre les mains et les appareils de l’équipe dirigée par Guillaume Millet, un professeur d’université qui connaît son sujet, pensez, 3° au premier Tor des géants en 2010 (321km). Dans un moment d’égarement nous nous sommes portés volontaires. Mon cou pris par une minerve, attaché à un siège, les jambes couvertes d’électrodes, on me fait passer dans la tête des décharges électriques. J’entends Cécile se faire préciser que ce n’est pas tout à fait le même traitement par électrochoc qu’on applique en psychiatrie. Merci, je me sentais devenir fou.

Vendredi 31 août, 11h38, soit moins de sept heures avant le départ, SMS de l’organisation : UTMB, départ vers 19 h. Condition météo trop difficiles sur les grands cols. Nouveau parcours de 100 km. France uniquement.

Gros coup sur la tête. Quoi, le tour du Mont Blanc se réduit à une promenade dans les vallées. Oublié le parcours mythique. Inutiles les reconnaissances, la mémorisation des difficultés, la préparation mentale. Cécile me téléphone. Je la sent dépitée. L’épreuve se refuse à elle pour la troisième fois. Bien sûr, on y va quand même. La raison l’emporte. Celle des organisateurs. On en aura la confirmation cette nuit en courant sur la neige qui recouvre les points hauts du nouveau parcours, pourtant seulement à 1 900 mètres, loin des 2 550 mètres des cols du tracé habituel. La notre, aussi, y aller sans sous-estimer la difficulté de ce qui nous attend, largement en aveugles tant il est difficile d’exploiter les renseignements sur le parcours qui sont mis en ligne sur le site. Mais je suis sans ordinateur, loin de chez moi et le temps presse.

Vendredi 18h50 : Je retrouve enfin Cécile prés du départ. La tension est forte. Les coureurs sont chaudement couverts, trop. On tarde un peu pour laisser arriver le premier de la CCC. C’est parti, on est poussé en avant, foule, musique, on ne s’appartient plus et cela sera ainsi pendant des heures. Nous ne nous perdons pas de vue, je mémorise sa tenue pour la reconnaître de dos, dans la nuit qui va vite tomber. Elégante, blouson bleu clair, sac à dos noir, sa queue de cheval blonde retenue par un bandeau, collant noir avec une zone derrière le genoux qu’elle gardera blanche jusqu’au bout malgré la boue, guêtres assorties au blouson.
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Elle part vite. Je peine à me mettre en route à ce rythme. Je laisse faire, je crains trop la barrière horaire des Contamines, il ne faut pas traîner sachant qu’on va être ralenti par le terrain glissant. C’est le moment de papoter, de se raconter. Les Houches, déjà. On passe sans s’arrêter. Il pleut. On rattrape Stéphane un copain de Cécile. Je les laisse partir le temps de mettre ma frontale et d’enlever mon coupe-vent enfilé sous le blouson, j’avais trop chaud. J’aurai bien de la peine à les rattraper me demandant si je ne les ai pas dépassés sans les reconnaître alors que la pluie se transforme en neige fondante. Il fait très noir. Mes lunettes se couvrent de gouttelettes qui gèlent, ou du moins j’en ai l’impression. Je les enlève alors que sans m’en apercevoir je commence la descente. Même avec elles je n’aurai pas eu le pied plus sûr. On glisse sur l’herbe, sur la terre des chemins. C’est sauve qui peut. Je me retrouve par terre. Pas de mal, mais je devine mon pantalon, mon blouson, mes gants pleins de boue. J’ai l’impression de courir sur un sol sur lequel on a renversé du café au lait. Cela va durer jusqu’à l’écoeurement. J’entends tomber dans mon dos le coureur qui me suit. Il va bloquer le passage. Nous progressons ainsi de bouchons en bouchons. Quelquefois amusés par les dérapages de nos voisins, souvent crispés par le risque.

Saint Gervais, 22h42, premier ravitaillement. Je retrouve Bénédicte, ma femme, et les copains venus m’assister, Gilles, Jacky et Véro. Présence chaleureuse et efficace qui se renouvellera jusqu’au bout à n’importe quelle heure. Pourtant, ils sont sous la pluie sans être réchauffés par la course et ne dormiront que très inconfortablement installés dans la voiture. Quelques mots, le point sur les heures de passage, un morceau de pain avec du fromage et du saucisson aux noisettes, hum... que c’est bon. Un peu de bouillon aux vermicelles. Et déjà dehors sous une pluie battante, passage décalé des gueux que nous sommes devenus dans la ville aux vitrines éclairées.

Samedi, 0h36, Les Contamines, nouveau ravitaillement. Même chose. Je refais le plein d’eau. En repartant je suis pris dans une bousculade sans comprendre ce qui m’arrive. Je viens d’être doublé par le premier de la course au moment où se séparent les tracés. Il est à mi-course et son arrivée a surpris les bénévoles. Ils me remettent sur le chemin de la boucle qu’il me reste à faire. On rit, malgré le froid. Cécile est transie après l’arrêt au ravito pourtant très court. Je l’encourage à marcher avec les bâtons, puis à courir, pour que le corps s’activant, elle se réchauffe assez pour attendre pour se changer Notre Dame de la Gorge où nous attendent nos accompagnateurs.

La chapelle est superbement éclairée en bleu. Un grand brasier réchauffe les quelques spectateurs et ceux des coureurs qui font une pause. J’enfile une polaire sur ma première couche technique aux manches longues avant de remettre mon blouson à capuche qui remplira parfaitement sa fonction d’imperméable respirant. Je n’aurai jamais froid. Cécile sort du halo de lumière pour changer tout son haut et laisser sur place ses vêtements humides.

On attaque la montée. La pente est d’abord très forte mais sur des pierres qui assurent de bons appuis. Je me sens pour la première fois vraiment en montagne. Comme je le savais depuis notre test à la 6000D, nous sommes dans le même rythme. On avance en reprenant des coureurs. Mais je vais laisser partir Cécile. La lampe qu’elle m’a prêtée parce qu’elle éclaire très bien faiblit. Son autonomie n’est pas suffisante pour ce format de course. Heureusement, dans le doute sur ses performances (je sais que mon amie ne teste pas toujours son matériel avant les courses), j’avais prévu de prendre en seconde lampe (obligatoire) ma meilleure frontale bien qu’elle soit un peu lourde. Je vais donc pouvoir continuer mieux éclairé que beaucoup de coureurs. Plus loin, après La Balme, il faudra changer aussi celle de Cécile. Cela va plus vite que de remplacer la batterie.

Samedi, 2h35, refuge de La Balme, 38° km, ravito, presque au sommet de notre parcours. On commence par voir un halo de lumière, au dessus de nous. Puis une guirlande d’ampoules nous accueille sur une cinquantaine de mètres pour nous amener jusqu’au chalet devant lequel un grand feu réchauffe les coureurs. Beaucoup en profitent pour se changer. Un verre d’eau gazeuse, un de coca, un petit sandwich entre des Tucs, une soupe, mon régime habituel, et on repart vite à l’assaut de la crête qui doit nous ramener vers Les Contamines.
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Tout de suite, nous trouvons la neige au sol. Quelques centimètres qui suffisent à le couvrir de blanc. Quand je dis à Cécile que j’adore cette ambiance, elle maugrée qu’elle déteste. La piste que nous suivons se fait plus plate, voir descendante, nous courons un peu. Pas longtemps, le chemin, en monotrace, se fait très pierreux, des blocs à contourner, escalader, descendre dans la nuit et sous cette pluie-neige qui fatigue notre vue. Depuis un moment je marche sans lunettes. En voulant enlever les gouttes gelées je les ai fait tomber dans la boue. Heureusement je n’ai pas à chercher mon chemin puisque nous sommes en file. Je me place derrière Cécile à la fois pour l’éclairer, sa lampe est moins forte que la mienne, et pour n’avoir pas à regarder trop loin où poser mes pieds. Elle suit le coureur qui la précède mais finit par peiner à maintenir le contact. C’est le moment de lui tendre une barre d’amande qu’à mon soulagement elle accepte. Je ne sais pas comment elle fait, je ne la vois jamais manger alors qu’il me faut une pate de fruit ou une barre d’amande toutes les heures. Il n’y a pas que pour la chaleur qu’elle est mieux adaptée aux déserts. C’est sûr, elle tient du chameau.

Cette longue portion technique en fin de nuit est usante. Quand cela va-t-il finir ? Pourquoi on ne descend pas alors qu’il faut rejoindre Les Contamines dans la vallée ? Quelle heure peut-il bien être ? J’ai des soucis avec la montre GPS que je dois porter pour l’étude médicale. Je ne sais pas la faire marcher et elle change de fonction au gré de ses humeurs et, sans doute, des pressions inopinées sur ses boutons. Encore une affaire de matériel non testé. Et je ne vous parle pas du dictaphone que je devais utiliser pour noter chaque fois que je mange quelque chose ou que je passe un col : fatigue générale, musculaire...un vrai chek-up au point que j’avais emporté la liste des questions pour ne rien oublier. Après deux pates de fruit, il n’a plus voulu fonctionner. Je ne sais pas comment il a fait pour être aussi humide alors que je ne l’ai pas sorti du sac congélation qui devait le protéger. Mais c’est vrai qu’avec les gros gants gorgés d’eau, je suis bien maladroit. J’en suis malade pour nos jeunes chercheurs si enthousiastes quand ils m’ont présenté leur étude. La nuit est longue à ruminer ces insatisfactions.

L’obscurité se fait moins profonde au moment où nous passons devant la station supérieure d’une télécabine. Descente sur une piste de ski, puis sur un chemin carrossable. Je donne du rythme, il ne s’agit pas de perdre l’avance que nous avons pris sur les barrières horaires. J’essaie de positiver. C’est incroyable d’être là, encore capables de courir. Je pense aux encouragements donnés à Cécile ces dernières semaines lorsqu’elle était en plein doute ne pouvant s’entraîner à cause de ses tendinites. Tu y arriveras sur ton acquis, à condition d’accepter de te ménager d’ici là. Moi, je suis rassuré après mes inquiétudes lorsqu’à mi-août j’ai traité une vilaine infection aux antibiotiques et que j’en suis sorti crevé. Oui, nous avons de la chance de tenir le coup. Nous rattrapons Stéphane avec qui nous finirons la course. La descente est longue, monotone, usante. On finit par déboucher dans un hameau de vieux chalets. Route goudronnée. On voit Les Contamines de l’autre côté de la vallée. Il va encore falloir descendre le long du torrent, obscurité à nouveau, avant de déboucher par un chemin très raide au ravito. Il est 5h45, plus de 10 heures et demi de course et nous n’en sommes qu’à la moitié de la distance et du dénivelé.

La pause va être un peu plus longue que d’habitude. Echanges d’impressions avec les accompagnateurs, petit interview de Cécile. S’alimenter. Jacky se charge de remplir ma poche à eau, la section suivante est longue et il faut prévoir. Je range ma frontale. Nous repartons sous une pluie battante par un chemin très raide qui entre dans la forêt. Je ne sais pas encore que ce sera pour moi la partie la plus dure. Piste forestière interminable, solitude, lumière grise sous la pluie. Je prends un peu d’avance sur mes deux compagnons pour rentrer dans ma bulle, faire le vide et trouver la force d’avancer. Je ne sais pas si j’ai prononcé plus de quelques mots dans cette partie. Après avoir monté fort on redescend dans une vallée habitée. C’est beau mais cela ne fait pas mes affaires, j’attendais une ascension pour passer à Bellevue, la crête qui nous sépare des Houches. Je reconnais le village traversé il y a trois semaines avec Bénédicte pendant une randonnée à la journée. Tiens, je ne savais pas que ce serait une reconnaissance du parcours. Cela me redonne un peu de moral, je vois où nous sommes, même si je ne sais pas par où nous allons monter. Les coureurs marchent silencieusement sur cette piste grise qui s’élève dans la forêt. Point positif, la pluie a cessé.

Tout à coup Cécile me dépasse, le visage illuminé par un large sourire, elle à l’air d’une gamine et esquisse même un pas de danse. Elle vient d’utiliser son joker, musique dans les oreilles. Et cela marche si bien qu’elle va me distancer. Je ne la retrouverai qu’à Bellevue après une longue montée par un sentier très raide et étroit pendant laquelle j’ai maudit ce groupe de coureurs espagnols qui me ralentit et que je ne peux dépasser. Elle m’attend avec Stéphane sur la croupe herbeuse. Pour la première fois, le ciel se dégage un peu, le paysage se dévoile, somptueux avec les massifs enneigés jusqu’à la limite des forêts. C’est le coeur plus léger que nous repartons, sachant que nous allons basculer dans la vallée de Chamonix que nous ne quitterons plus et que, compte tenu de l’heure, nous pouvons espérer finir vers 19 heures, donc boucler le parcours en 24 heures, à temps pour qu’il soit facile aux enfants de Cécile de l’attendre à l’arrivée, ce qui la motive.

Samedi 9h10, après un verre de coca, on se lance dans la descente. Tout de suite les glissades commencent. La TDS est passée par là, avec ceux qui nous précédent cela fait beaucoup de monde. La boue est profonde, épaisse ou, pire, fluide. Par endroit le chemin s’est transformé en deux sillons parallèles séparés par un monticule de boue d’une vingtaine de centimètres. On ne sait jamais si le pied va s’enfoncer et encore moins jusqu’où. Dans ces conditions, des coureurs sont très gênés et n’avancent pas. Pourtant, et c’est le parti que je prends sans m’occuper de mes compagnons que je sais retrouver en bas, le plus facile est de se lancer sans trop se retenir. On évite de rester longtemps sur ses appuis, donc on limite le risque de glisser et, en plus, on a le sentiment d’aller vite. Nous sommes en course, non ?

A ce train là je ne tarde pas à déboucher dans les prés au dessus des Houches. Un troupeau de vaches remonte la route qui descend en lacets. Je me retourne pour chercher des yeux le blouson toujours aussi bleu de Cécile. Je ne le vois pas. Pourtant elle arrivera très peu de temps après moi au ravito.
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Nous allons nous arrêter un bon quart d’heure. Je change de chaussettes et de chaussures, même si mes pieds n’étaient pas vraiment mouillés, mais je souhaite les mettre un peu plus au large dans cette paire d’une pointure plus grande. A la réflexion, je ne suis pas sûr que cela était nécessaire. C’est l’occasion de m’asseoir pour la première fois depuis le départ, il y a plus de quinze heures. L’ambiance est euphorique. On est assuré d’y arriver. Le temps s’est bien amélioré. On se réchauffe. Il est 10h27. On repart légers le long de la route encombrée de voitures en ayant donné rendez vous à nos accompagnateurs en fin d’après-midi à Argentières, tout au bout de la vallée que nous allons maintenant remonter. Nous ne savons pas encore qu’il va falloir faire au moins cinq kilomètres sur une large route goudronnée montant en lacets. Interminable, usante, cette route qui mène à un parc animalier. D’autant plus usante qu’on croise régulièrement des sentiers partant dans la forêt dont on sait, les panneaux l’indiquent, qu’ils auraient pu être empruntés. On me dira par la suite que cela résulte d’une erreur du baliseur chargé de ce secteur au dernier moment. Est-ce vrai ? Pour l’instant on subit ce tronçon tout en essayant de maintenir le rythme. On va être beaucoup dépassé par des marcheurs plus rapides que nous, d’autant que Stéphane souffre de ses plantes de pied. La magie de la musique n’agit plus aussi bien sur Cécile qui, visiblement, souffre de plus en plus.

Enfin, on arrive au bout de la route et on prend un sentier dans la forêt qui va descendre fort. Je suis surpris, je n’avais pas mémorisé cette descente, pas plus d’ailleurs que l’importance du dénivelé positif que nous venons de prendre. Je mesure l’inconvénient de n’avoir pu bien mémoriser le parcours. La forêt est belle, le chemin facile, mais le temps nous paraît bien long. On entend en dessous de nous la musique de l’aire d’arrivée. Par moment nous comprenons même ce qui se dit au micro. Les coureurs sont accueillis. Eux en ont fini. Pour nous, la progression est pénible, entre douleurs et lassitude.

Pour me réveiller je prends un café au petit ravito de la gare de téléphérique de Planpraz. Il est 13h12. On se pose dans l’herbe, au soleil, quelques minutes. Cécile a très mal, j’imagine facilement ses tendons en feu. Il faut repartir, la route est longue encore. Les coureurs discutent d’ailleurs kilométrage. Les données des GPS ne sont pas conformes à celui annoncé par l’organisation. On va faire plus que les 100 ou 104 annoncés. (Sur le forum, après la course, la distance totale qui revient le plus souvent est d’environ 110). Nous progressons en balcon le long de la vallée au dessus de Chamonix que nous apercevons en contrebas. On finit par longer le torrent aux Tines sans avoir eu l’impression de descendre. Nous savons qu’il faut maintenant monter jusqu’à Argentières, mais nous n’avons pas réalisé qu’en réalité nous devons passer bien plus haut.

Cette montée va être épuisante, nerveusement et physiquement. Nous avançons sans aucun repère, dans une forêt dense qui ne nous laisse rien voir du paysage, si ce n’est au dessus de nous d’autres coureurs sur le chemin qui fait des lacets serrés pour gravir cette pente très raide. En lui-même le chemin n’est pas mauvais, mais il exige beaucoup d’énergie, d’autant qu’un vent glacé s’est mis à souffler. Le découragement gagne certains et on dépasse quelques concurrents. Pour Cécile c’est un grand coup de colère. Elle explose, dit que c’est n’importe quoi, que ce parcours n’a aucun sens, qu’il est fait pour nous martyriser et bien d’autres choses. Je me moque un peu d’elle, prévenant ceux qui veulent nous dépasser de ne pas s’y frotter, qu’elle pourrait mordre ou cogner. La fatigue et la tension sont extrêmes. Je prends un peu d’avance. Enfin, j’arrive à un carrefour de sentiers, nous partons sur la droite à flan de montagne, je devine que nous avons atteint le point culminant ou presque. Je me retourne, elle est là, à portée de voix. La colère, la douleur ont été des moteurs puissants. La sérénité va revenir, sur ce chemin plus horizontal. Il n’y a pas que pour nous que ce passage aura été terrible. Ce sera le seul endroit où nous verrons des coureurs secourus. Tout à l’heure quand nous redescendrons après Argentières nous assisterons de loin à l’hélitreuillage de l’un d’eux. Pour l’instant il nous faut encore de la patience pour arriver à ce village, dernier point de contrôle, dernier ravitaillement, dernière marque du parcours. Après ce n’est plus que de la descente et du plat, une dizaine de kilomètres jusqu’à l’arrivée.

De fait à Argentières l’ambiance du ravitaillement est différente, plus détendue. Tous ceux qui sont là, à cette heure là, un peu moins de 17 heures alors que la barrière horaire est à 19 heures, ce qui donne une bonne marge, savent qu’ils sont virtuellement finishers. il suffit de serrer les dents pour oublier la fatigue et la douleur et se traîner jusqu’à la ligne d’arrivée qui doit fermer vers 21 heures.

Nous repartons en nous disant que le pari de finir en moins de 24 heures va être tenu. Cécile donne rendez vous à ses enfants. Le coeur est léger et sur ces larges chemins nous bavardons gaiement tous les trois. Le paysage est agréable, on passe de beaux chalets, on marche dans une forêt lumineuse. Reste une longue plaine avant d’aborder Chamonix.

Brusquement nous nous retrouvons au milieu de la ville, les piétons nous encouragent. Dernier kilomètre. Nous reprenons la course, applaudis. Les enfants sont là, on passe tous ensemble entre les barrières métalliques. Un dernier virage, l’arche d’arrivée, devant l’église. Je reste un peu en retrait pour savourer le moment. La ligne. Il est 19h01, nous avons mis 23 heures 55 minutes.

On tombe dans les bras les uns des autres, les copains sont là, eux aussi. Je suis ému, un peu perdu dans cette cohue. Brusquement sans but, sans savoir quoi faire, alors que depuis hier un seul objectif : avancer. On nous explique qu’il n’y a plus de gilet-souvenir pour nous récompenser parce qu’on attendait pas autant d’arrivants. On l’avait deviné et ri d’avance en constatant notre classement qui tournait dans les 1 800 alors que d’habitude il y a moins de 1 500 arrivants. On nous promet une livraison à la maison. Cela me privera seulement de pouvoir, comme beaucoup, parader le soir et le lendemain dans cette tenue qui colore les rues de la ville. Je me console en gardant au poignet le bracelet de ruban rouge marqué UTMB qui a été scellé à la remise du dossard.
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Quelques photos et je suis emmené pour une nouvelle batterie de tests qui va me prendre plus de deux heures. A ma grande surprise j’arrive à courir sur le tapis roulant à 14 km/h aussi vite que jeudi, mais moins longtemps. Une pizza plus tard, avalée dans une brasserie bruyante, et me voilà enfin sous la douche. Ouf !

Bien sûr je n’ai pas fait le tour du Mont Blanc, je n’ai pas franchi les cols dont parlent tous les traileurs, je n’ai pas sauté les frontières, mais j’ai réussi à faire cette boucle qui nous était proposée, j’ai réussi à passer dans les temps donnés, j’ai réussi à en venir à bout avec Cécile comme je lui avais promis. Forcément on est déçu, cela n’a pas la même saveur. Mais prés de 6 000 mètres de dénivelé, plus de 100 km en moins de 24 heures, sous la pluie et la neige, sur des chemins parfois difficiles, sans beaucoup de repères sur le parcours, suffisent à mon bonheur du moment. Je suis bien, sans blessures. J’ai partagé un moment très fort avec mes accompagnateurs et mes compagnons de course. Le temps est passé très vite, presque sans que je m’en aperçoive. Demain dimanche, il y aura un beau soleil qui nous permettra d’admirer ces montagnes qui se sont refusées à nous. Elles ne se laissent pas si facilement dominer par ces coureurs qui pensent qu’elles leurs sont offertes, comme un vulgaire terrain de jeu. Et c’est très bien ainsi.

Mardi 4 septembre, 10h56, de retour à la maison, SMS de Cécile : Et la question qui tue : tu y retournes l’année prochaine ?.
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UTMB 2012 : retour vers l'enfer

Écrit par Cécile on .

UTBM 2012 : retour vers l’enfer…

Un ami me demandait cet après midi : « alors l’UTMB, on te revoit l’année prochaine ? ». Et moi de lui répondre : « ben non, j’aime pas la montagne, j’aime pas la neige, j’aime pas le froid, j’aime pas la boue et en plus j’aime pas le fromage ! ». Franchement qu’est-ce que j’irais foutre dans cette galère ? Bonne question ma grande… Il serait temps que tu y répondes puisque ça fait juste 3 fois que tu prends le départ !

Le 3 tout le monde le sait c’est mon chiffre, autant dire que cette année, aucun doute, j’allais tout exploser ! Lizzy accroche toi à ton string, Barbie débarque. Bon, ok, j’ai débarqué tellement vite que je me suis blessée… Non seulement ça m’a freinée, pour ne pas dire stoppée totalement dans ma préparation mais ça m’a aussi atteint au moral cette histoire de double tendinite. Tous les matins je posais le pied par terre en espérant le miracle et tous les matins j’allais faire pipi en boitillant, incapable de déplier ma jambe totalement. 166 bornes en boitillant, je le sentais moyen quand même. Je sais que j’aurais pu aller voir 15000 kinés pour les supplier de sauver le soldat Cécile, mais voilà, que voulez vous que je vous dise, je me suis accrochée à l’idée que forcément ça allait guérir tout seul… Etant comme sœur Anne et ne voyant toujours rien venir, je décide de tenter un sauvetage de dernière minute en partant sur Chamonix avec 2 patchs de Flector, l’un sur le tendon d’Achille, l’autre sur le genou. Mercredi soir, je trouve ça un peu moins douloureux, alors je persiste et je signe pour le jeudi. Je vais donc de mon léger pas boitillant avec mes résilles porte patch passer ma batterie d’examens pré-UTMB dans le labo improvisé de Guillaume Millet à l’ENSA. Je vous ferai un article complet pour cet épisode parce qu’il faut à lui seul un article ! C’est là que je fais connaissance de l’équipe TV du magazine de la santé qui va suivre plusieurs coureurs sur le we dont je fais partie. J’ai demandé à mes enfants si ça ne les dérangeait pas, mon fils Thomas (13 ans) m’a répondu « attends le magazine de la Santé, c’est trop stylé, c’est une de mes émissions préférées » (oui je sais, mes enfants sont aussi étranges que moi ! Il connaît aussi par cœur toutes les émissions de Julie Andrieu !), ce qui en langage jeune veut dire qu’il est d’accord. La journée s’écoule trop vite avec la course des enfants sous des trombes d’eau, le coucou à tous les amis, et la grande question, encore et encore « bon tu crois qu’on va prendre le départ ? T’as vu le temps ? » Oh ça oui le temps je l’ai vu, j’ai même dû acheter un coupe-vent imperméable à mon grand qui grelotait. Des rumeurs circulaient de plus en plus… L’ami d’un ami d’un ami d’un bénévole de l’orga a entendu que peut-être ils allaient soit annuler, soit modifier le parcours, soit nous faire faire 300 fois le tour du village avec ravito sur la place de la Mairie. Pasta Party le jeudi soir invitée par Petzl où je ne passe pas inaperçue puisque je suis quand même la seule journaliste à débarquer avec 4 marmots. Discussion intéressante avec les journalistes de France Info à qui j’explique le monde de l’ultra trail de A à Z. Sincèrement, je pense qu’ils n’ont pas cru une seule seconde que je faisais bien les courses dont je leur ai parlé ! En partant, j’avoue qu’on a discrètement jeté un sort au buffet des déserts… Ok Dawa Sherpa finissait la TDS, mais il ne vaut pas une tarte au citron meringuée à tomber (ok, peut-être 3… J’ai un peu perdu le fil… C’est mon fils qui a fini par me tirer par la manche pour qu’on y aille !). Je dors du sommeil du juste, pas de doute, l’UTMB cette année je ne vais en faire qu’une bouchée !

Vendredi matin, j’ai rendez-vous avec l’équipe de France 5 pour filmer le retrait des dossards. C’est en appelant la journaliste pour se retrouver que la nouvelle tombe : parcours raccourci à un peu plus de 100km, on reste en France, bref ça n’a plus rien à voir avec « ma course ». Tout s’agite dans ma tête… J’y vais ? J’y vais pas ? A quoi bon aller faire ce truc qui ne ressemble à rien et qui va me laisser frustrée, sur le bord d’un chemin caillouteux de Savoie. Je vais quand même retirer mon dossard, je vais même le retirer 2 fois parce que le caméraman arrive en retard ! Mais sincèrement là le cœur n’y est plus du tout… Seulement là il y a mes enfants qui pour la première fois sont à mes côtés pour voir maman courir et finir cette foutue course qui l’a tellement minée toute l’année et puis il y a Alex, mon grand qui bondit en disant « P… tu vas nous le finir cet UTMB de m…. », et puis il y a Xavier avec qui je devais faire la grande boucle et qui a l’air de vouloir partir. Et voilà comment on se retrouve à 15 min du départ à foncer sur la place de la Mairie en tentant dans sa tête de faire la liste de tout ce que j’ai forcément oublié. Je suis en complète autonomie officiellement puisque nous n’avons pas de sac intermédiaire. Je ne souhaitais pas non plus embarrasser Bénédicte, l’épouse de Xavier et ses amis avec tout mon barda. Ils avaient déjà la gentillesse de venir me soutenir, c’était déjà énorme.

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Alors pour ceux que le côté technique et matos intéresserait, voila la petite liste de ma tenue et le détail de mon sac :

Tenue

-          un collant long RL

-          tee shirt asics technique collector marathon NY 2011 (ah ben on est sentimental ou ne l’est pas !)

-          veste fine coupe vent NF

-          veste pluie Quechua

-          chaussettes zamst

-          chaussures NF (je vous en parlerai en test dans le prochain RPE mais franchement une bonne découverte !)

-          gants quechua fins, des classiques quoi !

Sac :

-          sac à dos asics, celui que j’ai gagné sur l’ultra de la 6000D (je vous dis que je suis sentimentale !) customisé avec 2 portes bidons Quechua et mes 2 gourdes RL (ceux de la Gobi)

-          pantalon de pluie NF qui ne sortira pas du sac au demeurant

-          chaussettes de rechange

-          tee-shirt ice breaker

-          doudoune sans manche Brooks qui en fait va avec un blouson spécial grand froid avec lequel j’ai couru le marathon de l’Antarctique

-          gants imperméables NF +  bonnet

-          buff 4 déserts en polaire, celui de l’antarctique.

-          quelques gels GU au cas où et des bonbons powergel (je les ai baladés pour rien pour info !)

-          Kleenex, MP3

Avec ça vous voilà bien avancés !

I’m running in the rain!

Pour en revenir au départ, j’arrive sur zone avec mes enfants suivie de mon caméraman préféré… ça, si tu veux restée discrète, tu évites de dire « ok pour la presse » à un mail qu’on t’envoie au mois d’août. Je pensais naïvement qu’il s’agissait de répondre à 2 ou 3 questions mais me voilà sous les feux des projecteurs (et ceux qui me connaissent vraiment savent que ce n’est pas du tout ma tasse de thé et qu’il faut me faire violence…) avec, je suis prévenue, un suivi pendant toute la course. Ça va être sympa de se retrouver à l’écran la tête défaite après 24h de course tiens… Pourquoi il n’y a jamais personne pour me filmer quand je suis pomponnée et sur mes talons aiguilles, je vous le demande !

Je tente de retrouver Xavier dans cette foule compacte, j’ai perdu l’attention de ma fille qui vient d’apercevoir André Manoukian et qui twitte l’info à la terre entière (commentaire de sa part « punaise c’est trop grave l’UTMB, y a même André Manoukian »… Chaigneau remballe ton short, ma fille s’en fout !), j’ai retrouvé Raphaël, mon Alsacien préféré avec sa femme Sophie qui porte fièrement sa polaire 2011 et qui est venu en touriste… Bref je vois tout le monde sauf Xavier ! Les minutes passent et je commence à m’inquiéter. Je voulais voir Arthur aussi, mon camarade de la LyonSainteLyon mais peine perdue, j’apprendrai plus tard qu’il était collé aux baskets des élites devant. Ah enfin le voilà ! Notre public s’éloigne pour pouvoir nous admirer marchant dans les rues de Chamonix, le première de la CCC fait une arrivée surprise, nous on s’en fout, on veut y aller !!! J’explique à Xavier que j’ai normalement une tradition, à savoir le bisou porte bonheur à Isa mon infirmière en chef préférée mais elle se « range à gauche » juste après l’arche et nous sommes à droite bien au fond. Qu’à cela ne tienne, il décide d’y aller quand même adoptant la technique du crabe. Je m’accroche sans trop y croire et oh miracle ma Isa est là ! Un bisou et zou c’est parti ! Y a pas à dire, ce départ c’est quand même quelque chose… Surtout que j’arrive même à voir les copains : Pierre Etienne qui bosse à Stade 2 et qui joue les gentils speakers me salue, Christophe Le Saux, l’autre blonde de la course à pied a fini 5ème de la TDS mais est là pour nous encourager, toute l’équipe des gentils chercheurs, mes enfants… Wouah, que du bonheur ! C’est chouette hein Xavier ? Xavier ? Ben t’es où ? Mince alors je l’ai déjà perdu… Mais c’est dingue ce truc quand même. Je ne le vois pas devant, ni derrière. Je n’envisage pas l’arrêt technique, nous sommes en pleine ville. Je continue ne sachant que faire… Je vais vite pour le rattraper ? Je cours doucement pour qu’il me rattrape ? Je finis par me dire que de toute façon au premier CP, forcément il m’attendra ou je l’attendrais. Eh dès que j’ai pris cette décision il réapparait essoufflé. N’arrivant pas à faire démarrer le cardio que l’équipe scientifique lui a fourni, il a profité de leur apparition surprise sur le bord de la route pour demander de l’aide sans avoir le temps de me prévenir. Nous voilà partis tranquillement bien décidés d’appliquer la théorie de Guillaume Millet, grand prêtre de l’ultra et des décharges électriques, qui dit que « va pas te griller avant les Houches, ça ne servira à rien ». A peine sortis du bois, alors que nous nous dirigeons vers le premier petit CP, j’entends un « ben j’ai cru que je ne te retrouverai jamais ». Oh miracle apparaît alors Stéphane, alias Monsieur Beau gosse de Courmayeur (allez relire le CR de l’année dernière pour comprendre !). Je savais qu’il était là, décidé comme moi à prendre sa revanche. J’imagine qu’il est comme moi, déçu d’être là sous la pluie, encore, à faire un parcours qui a perdu toute sa saveur. Mais le fait de le voir apparaître comme ça par surprise me fait faire une promesse à moi-même : quoiqu’il arrive, même s’il faut ramper, même s’il faut pleurer, bon sang cette ligne d’arrivée on va la passer tous les deux. Xavier je sais qu’il en est capable, moi rien n’est moins sure… Et Stéphane a un échec au compteur comme moi. 3 coureurs, 3 configurations différentes mais un seul objectif : revoir Chamonix pour le diner. Ah oui j’ai demandé à mon gentil organisateur l’heure de retour à la maison, il m’a promis le diner, j’ai signé !

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Les 3 mousquetaires

Petit arrêt rapide au premier stand, on ne s’attarde pas, il y a St Gervais à rejoindre. On en profite pour faire le tour des nouvelles : « et la famille ? Ça va ? Et le boulot ? Ça va ? »… Faut dire qu’on ne s’est pas vu depuis l’année dernière et croyez-moi, avec moi, la vie tient plus du torrent de montagne que du long fleuve tranquille. Chez lui, ce n’est pas mieux… Prépa nulle, sauf si l’on considère que 2 enfants en bas âge ça peut tenir d’une prépa ultra, au moins du côté du travail de la résistance au sommeil ! Ah ben on est bien barrés tous les 3 tiens. Et il pleut… encore et toujours… Je n’aime pas la pluie… Elle est synonyme de grosse bouillasse bien glissante vers St Gervais… ça va encore jouer les Brian Joubert d’opérette tiens. Ça ne loupe pas, un coureur devant moi est déjà par terre. Mais bon sang faîtes gaffe quoi ! On vient de partir, ça sert à quoi de se faire une cheville au bout de 10km. Je reconnais la descente vers St Gervais, faut dire que ça fait juste 3 fois que je la fais ! Ça devient lassant cette histoire. Encore plus lassant quand j’arrive dans ce charmant petit village thermal et que j’apprends qu’on est à 15 min de la barrière horaire… Punaise mais il se passe quoi là ? On n’a pas ramassé de myrtilles en route ! Il faut croire que cette ville est maudite pour moi quand même… Je fais ma star devant la caméra, je récupère les troupes et nous sommes repartis. Xavier tente de me rassurer mais rien n’y fait, j’ai une boule au ventre… J’avais envisagé de m’arrêter, pas d’être arrêtée ! En route vers les Contamines, parcours plutôt roulant au demeurant et qu’il faut que nous apprécions à sa juste valeur puisque nous allons y passer 2 fois. On rattrape un peu notre retard, ou du moins on gagne un peu de temps pour la barrière horaire mais ça ne suffit pas à me rassurer. C’est l’émeute totale dans ce ravito au demeurant. Il a dû pour cette histoire de modification de parcours être séparé en 2 pour ceux qui seraient en train de revenir (ben oui y en a qui courent vite !), du coup nous nous entassons comme nous pouvons parce que les conditions météo ne donnent pas non plus envie de rester dehors à rêvasser en regardant les étoiles. Alors que mon gobelet à la main, j’attends ma soupe qui me réchauffera un peu les entrailles, j’entends mon voisin lui aussi le gobelet tendu me dire : « vous êtes courir au féminin ? ». Euh oui… Et rien d’autre, il prend sa soupe et s’éloigne tranquillement ! Mais comment fait-on pour me reconnaître alors que j’ai le cheveu mouillé et j’en passe… Sincèrement, ça m’épate toujours ! Bon c’est bien gentil mais on n’est pas d’ici. Je récupère les hommes et nous sommes repartis. Xavier tellement pressé d’en finir prend la voie du retour, on le rattrape au vol parce qu’il faut d’abord aller voir la Balme mon garçon ! Stéphane en profite pour nous raconter son aventure. Alors qu’il s’était absenté pour satisfaire un besoin naturel, il revient à la tente et emprunte la voie de retour. Ni une ni deux, le speaker lui demande s’il va bien, « ben oui encore heureux, on vient de partir ». « Mais c’est vrai que vous allez l’air bien pour un coureur qui est 30ème au classement général »… L’échange surréaliste durera quelques instants encore, le temps pour Stéphane de comprendre que la voie des escargots elle est à gauche, pas à droite !

Nous ferons une nouvelle escale avant d’attaque la Balme pour nous changer. Bénédicte et la joyeuse troupe est là (quel courage, mes enfants, quel courage !) et c’est bête à dire mais voir des visages connus ça fait toujours du bien. J’en profite pour enfiler mon tee-shirt icebreaker, ma doudoune et mes gants imperméables, sans oublier mon bonnet. Nous allons au plus haut du parcours, faudrait pas attraper froid maintenant. Alors que j’avais prévu d’être en autonomie totale j’avoue que j’ai confié sans scrupule mon tee-shirt trempé à Bénédicte. C’est sympa les copines !!! Nous repartons à l’assaut de la montée, il va faire froid, nous nous y préparons moralement et physiquement même si sincèrement je m’attendais à pire.

Au ravitaillement de la Balme j’attrape de nouveau un bol de soupe et tente d’aider un coureur vomissant toutes les tripes de son corps. Comme il le dit si bien « faut que ça sorte, ça ira mieux ensuite »… Je me colle autour du feu de bois et Stéphane vient me rejoindre mais voilà mon contact, moi si prêt, à côté de lui, il s’enflamme… Ouais ok, j’en rajoute… La vérité c’est qu’on a dû se relever en catastrophe parce qu’il était en train de prendre feu ! Il crépitait un peu trop violemment ce foutu brasier ! Plus de peur que de mal, nous repartons tous les 3, il faut retourner aux Contamines où nos fidèles soutiens devraient nous attendre après avoir tenté de dormir dans leur voiture. Je vous jure, accompagner des coureurs de l’UTMB c’est un vrai sacerdoce ! Il fait toujours nuit et je commence à en avoir marre… Contamines n’arrive pas, ou alors si, on devine le village qui semble s’éloigner inexorablement. Vous avez déjà vécu ça sur course non ? Ce sentiment étrange que quoique vous fassiez, vous n’arrivez pas à atteindre votre objectif… Ben voilà, là c’était pareil. Ah oui détail qui a son importance, même si nous surfons avec les barrières horaires, nous sommes plutôt sur le haut de la vague maintenant. L’objectif de tous les 3 à Chamonix pour 19h est toujours d’actualité.

Bellevue tu parles…

Il parait maintenant qu’il nous faut aller à Bellevue qui porte si joliment son nom. Encore faut-il qu’on la voit la vue ! C’est là j’avoue que je souffre le plus. Etre là de nuit dans des paysages superbes à ne pas voir plus loin que le bout de mes chaussures parce qu’il fait nuit noire et que forcément ma frontale décline alors que je l’ai testée au préalable avec succès, ça me file le bourdon. Xavier est devant nous, toujours aussi régulier et moi j’ai le sentiment de me trainer derrière avec Stéphane. Je lui dis que je commence à penser et que ça devient dangereux ! Il faut que je me branche en sortant ma musique sinon ça va partir en cacahuètes cette histoire… Il me répond qu’il va faire de même pour les mêmes raisons et nous repartons plongés dans notre bulle musicale. Ce qu’il faut savoir c’est que lorsque j’écoute de la musique en courant c’est rarement une symphonie de Beethoven… Plutôt pump and up la fille… Et surtout je marche en rythme et en chantant de temps en temps… Evidemment ça surprend le traileur pas frais qui marine dans son jus depuis 19h la veille au soir ! Surtout que j’ai tendance à accélérer sérieusement la cadence… Stéphane m’avouera plus tard qu’il a cru qu’il allait m’enlever ces foutus écouteurs pour reprendre son souffle et ne semblera absolument pas sensible à mon interprétation de « call me maybe » pourtant des plus convaincantes, je trouve. On rattrape Xavier au vol qui se demande quelle mouche m’a piquée et le trio est reformé pour atteindre Bellevue qui finalement portera bien son nom vu que le temps commence à se dégager et qu’on aperçoit enfin ces foutues montagnes.

Ce qu’il y a de bien avec les courses de montagne c’est que si tu es monté très haut, ben immanquablement tu finis toujours par redescendre un jour ! Direction les Houches, encore… Mais là c’est beaucoup moins drôle… J’en viens presque à regretter la montée, c’est dire ! C’est ambiance bain de boue sans les filles en string qui se roulent dedans donc quand même vachement moins drôle. Avec de bons appuis bien fuyants, j’y vais tranquille histoire que mes foutus tendons ne me lâchent pas alors qu’il nous reste une petite quarantaine de km à faire. J’ai l’impression d’être 2 ans en arrière sur la descente de Bovine à tenter d’avancer sans me casser un truc. J’aime pas la boue… surtout la boue bien collante que 1500 coureurs au bas mot ont bien malaxée avant que j’arrive. C’est bête à dire mais j’ai le sentiment en arrivant aux Houches que c’est presque fini, qu’on a fait le plus dur. Quelle gentille naïve je fais !

On fait une vraie pause histoire de changer de chaussettes pour moi (là pour le coup elles vont directement à la poubelle, irrécupérables à la machine, elles tiennent debout toutes seules !), Stéphane fait de même parce que ses pieds le font souffrir comme l’année dernière. Ça commence à m’inquiéter sérieusement cette affaire-là, parce que je sens que ça le mine et lui atteint le moral plus qu’il ne veut bien le laisser paraître. Heureusement Xavier est là, imperturbable, régulier, comme si de rien n’était. Il était prêt pour 166 alors 100… Parlez donc c’est une formalité ! En plus le soleil a l’air de vouloir pointer le bout de son nez… Quoi ? Comment ? Nous pourrions entrevoir l’espoir de sécher un peu ?

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une petite soupe pour le petit déjeuner...

Titine oh ma Titine… (c’est du Brel !)

Notre équipage repart bien décidé à aller voir Argentière en passant par Tines. Et nous attaquons la route… qui continue encore… et encore… qui monte… encore… et encore… Au début, j’avoue, ça m’a fait du bien de pouvoir enfin avancer sans regarder où je mettais les pieds. Plus de boue, plus de neige, un rayon de soleil, ça aurait pu être bien mais toutes les bonnes choses ont une fin que cette grimpette n’a pas l’air d’avoir. Arrivés à l’entrée du parc animalier du Merlet (sûrement très beau mais nous n’avons vu que le parking !), Stéphane s’assoit sur un banc : « allez-y, j’ai trop mal aux pieds, je m’arrête un peu et j’essayerai de vous rejoindre, partez sans moi » avec des trémolos dans la voix genre « laissez moi mourir ici ». Mais oui ma poule crois-y tiens ! Je m’assois à côté de lui et Xavier fait de même. « T’inquiète, tu peux souffler, on est bon, on a le temps ». Et on se retrouve comme 3 petits vieux assis sur un banc au bord de la route qui le dimanche regarde les voitures passer (là des gentils randonneurs numérotés et bagués comme des pigeons). Evidemment, cela a l’effet escompté et il se relève en pestant intérieurement d’avoir des compagnons de route aussi collants. Mais moi j’ai décidé qu’on allait finir tous les 3 et ce que femme veut, le mec là-haut aussi le veut. Seulement je ne suis pas idiote, je sais très bien qu’il souffre vraiment, sa douleur se lit sur son visage, je retrouve les traits tirés de l’homme que j’avais rencontré l’année dernière. Du coup, ça trotte dans ma tête, il faut que je trouve une solution. Il a pris un ibuprofène mais je sais que ça ne suffira pas. Je finis par me rappeler que j’ai embarqué dans l’aventure mon tube de voltarène tout neuf au cas où. Je n’ai jamais pris le temps d’en mettre sur mes tendons mais sur ses pieds ça peut se tenter. Les anti-inflammatoires ont des vertus antidouleurs, certes pas bonnes dans l’absolu mais là il faut agir et vite. Je lui propose de s’arrêter pour tenter l’expérience mais il refuse, genre « mais non allez-y, moi je reste souffrir en silence, et si je n’arrive pas, attendez le dégel pour récupérer le corps ». Oh mais c’est qu’il commence à me courir le garçon ! J’en ai maté de plus costauds et c’est pas avec ses 70kg tout mouillé qu’il va me faire peur. L’avantage aussi d’avoir 4 enfants c’est que l’autorité est une question de survie. Alors je lui redonne l’ordre de s’arrêter, d’enlever ses foutues chaussures et ses chaussettes et de se mettre de la crème, non de là. Et il m’obéit (non mais, c’est qui le chef ici ?) et surtout je découvre le fin mot de l’histoire. Il souffre de ce que j’appelle les pieds blancs, des pieds tellement humides qu’ils sont comme s’ils avaient passé des heures dans le bain. La peau plisse et si j’en crois les quelques copains qui en ont souffert, c’est juste l’enfer sur terre. Tu marches littéralement sur des charbons ardents. Il me dit que je n’ai pas à le faire, qu’il va étaler la crème tout seul et je lui rappelle gentiment que je l’aime bien, aucun doute là-dessus mais qu’il était de toute façon hors de question que je touche ou même que j’effleure des pieds qui viennent de mariner autant d’heures dans la boue ! Nous repartons, et c’est parti pour ce qui va être mon enfer à moi…

Le problème avec les parcours de dernière minute c’est qu’on n’a pas pu les repérer ni même les étudier avant. Bon ok je n’étudie jamais les parcours avant de partir sur une course… Mais là, nous pataugions dans la semoule et ça commençait à me stresser légèrement. La grimpette au dessus d’Argentière va littéralement m’achever. D’ailleurs il suffit de voir mes temps pour s’en convaincre. Même mon fils ainé qui surveillait mes temps de passage a compris que ça n’allait pas. Et quand ça ne va pas, je râle… Rien de bien original me direz-vous… Mais je râle vraiment hein ! Tout le monde en a pris pour son grade : les Poletti, la montagne, les traileurs qui se laissent faire… N’importe quoi et dans une mauvaise foi totale ! Je m’asseyais sur un caillou pas du tout décidée à repartir pour finalement viser le tronc d’arbre là haut, à 30m… D’un autre côté s’arrêter là était stupide puisqu’il n’y avait pas moyen de s’arrêter justement ! Les garçons ont pris leur mal en patience de toute façon et après deux ou trois encouragements se sont pris en pleine face « faites pas chier je suis en plein syndrome pré menstruel » qui a calmé tout le monde. Ils sont mariés tous les deux, ils ont vite compris que là, même à deux, ils n’étaient de force à lutter contre ça !

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la dream team

Argentière, Argentière, est-ce que j’ai une gueule d’Argentière ?

Enfin Argentière ! Saleté de village tiens… où je suis attendue par mon caméraman préféré qui commence par un « ça fait longtemps que je vous attends » ! Tu l’as vu mon bâton là ? Tu vas voir je vais te faire mon Pete Doherty moi ça va pas trainer ! Comment je vais te la fracasser ta caméra ? Ok j’en rajoute un peu ! Je suis ravie de le voir, ravie d’arriver parce que là maintenant c’est fini, nous le savons tous les 3, y a plus qu’à dérouler jusqu’à Chamonix et à nous la polaire. En plus, il y a comme toujours notre fan club et surtout Japhy qui logeait sur le village. J’apprends avec tristesse son arrêt sur la CCC,

mais voilà c’est le jeu, nous le savions toutes les deux, ce qu’elle a vécu, je l’ai vécu l’année dernière donc pas la peine d’en rajouter. Nous repartons en randonnée, pas le courage de courir, nous marchons vite, ça ira bien comme ça. Nous sommes dans les temps, il faut que je laisse à mes enfants le temps de se mouvoir jusqu’à la ligne d’arrivée et puis, pour être parfaitement honnête avec vous, au risque de choquer, je suis bien… A la fois envie que ça se finisse mais pas autant que ça finalement. Nous papotons joyeusement, le moral est revenu pour tout le monde, Cham est en vue, plus rien ne peut nous arriver, nous allons terminer tous les trois comme je l’espérais. Tiens au fait j’ai envie de faire pipi… Je ne me rappelle pas la dernière fois que j’y suis allée ! Je n’ai pas assez bu, la question ne se pose même pas mais là il faudrait penser à vider sa vessie. En plus nous arrivons en zone constructible, ça va compliquer la chose. Alors que j’émets l’idée que je souhaiterais me soulager, Stéphane me montre une cabane en bois à gauche. Non mais je rêve ou ce sont des toilettes là perdues au milieu de nulle part, propres, avec du papier, un lavabo, manque juste le siège chauffant et tout serait parfait ! Un peu de douceur dans ce monde de brutes… J’y resterai bien un peu plus mais là j’ai 2 mecs qui m’attendent derrière la porte ! Allez c’est reparti vers Chamonix ! On nous double pas mal mais vous savez quoi ? Je m’en fous… Mais je m’en fous à un point… Je suis en train de refermer le dossier UTMB tranquillement mais surement avec un vrai grand plaisir. Ok je sais que ce n’est pas la bonne distance et tout et tout mais là franchement ça suffit maintenant. Je finis avec Stéphane et Xavier comme je l’ai espéré dès le début, j’arrive à mettre un pied devant l’autre, mon genou crie « pitié achevez-là qu’on en finisse » mais je m’en fous, je suis bien. Et pour compléter le tableau, alors que nous passons devant un charmant petit hôtel, Raphaël est là à m’attendre pour finir avec moi, comme nous nous l’étions promis en 2011. « Je ne pouvais pas te laisser finir sans moi quand même ». Bon sang j’en pleurerais… D’ailleurs depuis des km j’ai l’émotion à fleur de peau. J’ai les yeux qui piquent dès que quelqu’un m’encourage. Ça commence à m’inquiéter pour la ligne d’arrivée cette histoire ! ça va être les grandes eaux de Versailles si ça continue ! Nous sommes 4 maintenant avec mon Alsacien préféré en VTT puisqu’une opération récente l’empêche de courir. Je connais bien la fin de parcours puisque c’est celle du marathon du Mt Blanc.

Nous y sommes enfin, forcément nous nous mettons à trottiner histoire de nous donner de la contenance. Il y a plein de monde, avantage de finir à 19h, heure du diner !  Au détour d’un virage, mes enfants sont là, Alex filme, Paul et Emma nous accompagnent, Thomas est lui resté derrière la ligne pour la photo finale. Dernière ligne droite, je laisse Xavier retrouver Bénédicte et ses compagnons, et j’attrape la main de Stéphane. On l’a fait ! La vie réserve souvent de sacrées surprises mais celle-là est de taille pour moi. Je finis avec lui et nous brisons tous les deux ensemble la malédiction 2011. C’est juste trop bon… Difficile de mettre des mots sur ce que j’ai ressenti à ce moment-là très sincèrement parce que c’est d’une force inouïe pour moi. Mes enfants sont là, il fait beau, tout est juste absolument parfait. L’UTMB, c’est terminé, je vais enfin pouvoir avancer sans me retourner. J’y retournerai peut-être un jour pour les 166km mais franchement pas avant des années. J’ai plein de courses à faire, plein de projets, une nouvelle vie à écrire et il y a un moment où il faut savoir refermer des portes. Et puis je ne peux pas être partout non plus… La Badwater c’est en juillet non ? Et les Transrockies c’est en août non ?

Cécile

Ps : un très très grand merci à Bénédicte ainsi qu’à la bande de copains. Leur présence pendant toute cette course a réellement été un plus pour moi, un visage connu qui vous attend, ça change vraiment la donne.

Un très très grand merci à Xavier et Stéphane pour m’avoir supportée pendant 24h, rien que pour ça ils méritent une 2ème polaire (enfin faudrait déjà qu’on ait la première !).

Un très très grand merci à Japhy d’être venue me voir et à tous ceux qui m'ont soutenu par leur sms ou leur voix.

Un très très gros bisou à mes enfants qui m’acceptent comme je suis et qui je pense maintenant comprennent un peu mieux la vie de leur maman, un peu bizarre !

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