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Les Courses

La Sénégazelle 2010 : le film !

 

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Après le poids des mots et le compte rendu de Calou dans le dernier Running pour Elles, j'ai demandé à l'organisateur l'autorisation de mettre en ligne le film de la Sénégazelle pour vous faire découvrir encore un peu plus cette course qui a déjà conquise plusieurs cafeuses.

Alors bon film à toutes et à tous !

Cécile

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Petites histoires catalanes

Petites histoires catalanes…

Comme je l’avais annoncé dans mon CR sur la Costa Brava Xtrem, je tenais à vous raconter l’avant et après course parce que sincèrement je crois que c’est encore là qu’on s’est le plus amusé !

Mercredi 21 avril, je retrouve mon collègue Sylvain (je vais vous mettre en ligne un texte que j'ai écrit sur lui pour Ultrafondus) à la gare d’Austerlitz, endroit que je n’avais pas vu depuis des années. Alors que je m’attendais à une ambiance de fin de journée avec pleins de banlieusards hagards, je me retrouve entourée d’une bande d’ados multicolores. Pendant quelques minutes je crains le pire : est ce qu’ils vont tous monter dans notre train direction Barcelone et ses nuits endiablées ? D’un autre côté vu mon état de fatigue, je me dis qu’avec un peu de chance, en allant traîner au bar, je vais pouvoir trouver des petites pilules sympathiques et tellement euphorisantes qui devraient me faire péter les chronos. Bon pas de chance c’est plutôt vers Lourdes que tous descendent avec au moins 7 trains affrétés rien que pour eux. Et si je les suivais d’ailleurs ? Vu l’état de mes pieds il me faudrait un miracle !

Allez Sylvain est là, déjà look coureur, les lunettes de la mort qui tue, les trails aux pieds, les bâtons à la main et le sac raidlight sur l’épaule (il n’a pas encore osé sortir la tenue népalaise, il me réserve la surprise pour la fin du voyage !)… Comme d’hab moi j’ai mon joli sac de sport en cuir et de splendides bottes camarguaises top mode !

Nous allons prendre un train de nuit Ellipsos très mais alors très éloigné de notre bon vieux train couchettes de notre adolescence. Chacun notre petit compartiment avec une douche et des toilettes privées nous attendent. Petites bouteilles d’eau, serviettes, draps en coton qui sentent bon, ce n’est pas l’Orient Express mais presque ! Et comble du bonheur, il y a des petites trousses comme en classe affaire avec tout le nécessaire pour le voyage. Là par contre nous avons tous les 2 le même réflexe de traileurs enragés : direct dans le sac pour notre prochaine course avec sac !!! Ben quoi ? Il y a même des petits chaussons super légers ! Je ne pouvais pas les laisser…

Dîner et liqueur pour bien dormir : on n’a pas eu le choix, ils nous l’ont offerte et moi on m’a toujours appris qu’il faut toujours finir son verre… Pendant notre dîner on nous a préparé nos lits et 2 petits chocolats nous attendent sagement sur l’oreiller. Je vais me coucher bercée par le mouvement du train. Je me réveillerai vers 5h, constatant en regardant par la fenêtre que nous sommes arrêtés dans une gare. Ce que je ne sais pas encore, c’est qu’à ce moment là Sylvain est en train de négocier avec la police son entrée sur le territoire espagnol sans pièce d’identité. Son passeport est toujours bloqué à l’ambassade chinoise pour une prochaine course et il s’est fait voler sa carte d’identité. Heureusement il est tombé sur un mec plutôt intelligent qui l’a laissé remonter dans le train. Imaginez un peu si je m’étais retrouvée sur le quai de Girone toute seule, cherchant Sylvain avec mon niveau d’espagnol quelque peu primaire dirons-nous… Enfin tout est bien qui finit bien et après notre petit déjeuner nous arrivons à destination. Bonheur des voyages presse nous avons une représentante de l’office du Tourisme, Véronica, qui nous attend pour nous parler un peu de la région. Elle nous remet un exemplaire d’un guide que je ne peux que vous recommander déjà parce qu’il est très bien fait et qu’en plus il est gratuit : vous y trouverez plusieurs parcours de randonnées à faire dans la région avec toutes les indications nécessaires pour vous faciliter la vie et la balade. A ne surtout pas oublier si vous partez là bas (je vous donnerai les références bien sûr) ! Un taxi vient nous chercher pour nous emmener à Lloret del Mar première escale de notre voyage. Nous allons passer notre première nuit catalane à l’hôtel Rigat qui a bien sûr vue sur mer. Qu’est ce que cela fait du bien de retrouver mon élément favori. Rien que de sentir les embruns, c’est simple je revis ! On nous propose le petit déjeuner, ce que nous acceptons avec plaisir. Quoi ? Oui, c’est le deuxième de la journée et alors ? Il faut faire des réserves !!! Je vous préviens tout de suite, nous avons passé notre temps à manger… Direction maintenant notre première activité de la journée : le kayak de mer. La dernière fois que j’ai fait du kayak j’aurais bien tué ma coéquipière à coup de rame tellement cet exercice est difficile. Et je comprends vite que cela ne va pas être mieux cette fois ci… Autant Sylvain court vite sur terre, autant la mer et lui ça fait 2 ! Ca va être un vrai sketch cette sortie en mer, devant l’air totalement dépité de notre moniteur qui doit bien se demander ce qu’il a fait dans une vie antérieure pour mériter ça. Dans l’ordre : il va nous mettre sa combi à l’envers, me demander ce que c’est que ce truc jaune qu’on lui tend (un gilet de sauvetage, pitié mets-le la dernière fois que j’ai du aller chercher un mannequin dans la piscine, il a eu le temps de mourir 3 fois ! Je n’aime pas mettre la tête sous l’eau, après je frise !)… A un moment j’ai bien cru qu’il allait me demander ce que c’était que ce truc qui mouille et qui a un goût salé ! Le moniteur nous explique comment ramer et vogue la galère. Qu’est ce qu’on va rigoler… Ah ça on n’a pas battu des records de vitesse, visé consciencieusement tous les rochers mais on a pu profiter d’une vue extraordinaire sur la côte encore sauvage à bien des endroits. Je me suis régalée de cette balade et sincèrement au retour on assurait grave ! Tu nous donnais 2h de plus et on traversait l’Atlantique à la rame. Bon par contre on va se lever, s’extraire des kayaks serait plus approprié comme expression, en constatant l’ampleur des dégâts : nous avons tous les 2 des courbatures !

Déjeuner sur le front de mer avec la responsable de la communication de Lloret qui est à l’initiative de ma présence. C’est elle qui lors de mon premier passage m’avait parlé de cette course. Première paella d’une longue, très longue série ! Pour digérer tout ça nous allons aller marcher avec un guide parlant français dans les jardins de St Clothilde. Là de toute façon je manque totalement d’objectivité, j’adore cet endroit. Rien que pour ce jardin je serais capable de demander la nationalité catalane ! C’est inexplicable, j’ai du être jardinier dans une vie antérieure dans ce jardin mais je m’y sens vraiment bien. Notre guide en plus est tout simplement adorable et c’est un vrai moment comme je les aime, rempli de poésie. Retour à l’hôtel où je remplis mon rôle de journaliste très au sérieux en testant la piscine intérieure, le hammam et le jacuzzi. Non mais c’est du boulot journaliste faut pas croire ! Petit passage sur les gros canapés moelleux de l’entrée avec nos ordis pour profiter du wifi et dîner avec vue sur mer bien sûr.

Je vais m’endormir avec la fenêtre ouverte pour profiter du bruit de la mer.

Vendredi : on passe aux choses sérieuses puisque nous allons nous rendre à Blanas pour le premier jour de la course et là direction le CR pour la suite des aventures.

La course : voir CR !

Dimanche : nous sommes rentrés à l’hôtel de Rosas où nous attendent nos valises et notre chauffeur de la journée qui doit nous emmener passer la nuit dans un petit port typique de la région. Emmanuelle, ma correspondante française à l’office du Tourisme de Catalogne m’en avait parlé dès que le projet s’était monté : « tu auras besoin d’un massage et d’un bon bain massant après non ? ». Tu m’étonnes !!! Là franchement vu mon état général, je ne peux que la bénir !!! Direction l’hotel Porto Cristo au Port de la Selva. Nos chambres sont tous simplement délirantes ! C’est bien simple, nous restons tous les 2 quelques secondes sur le palier littéralement scotchés ! J’aime la Catalogne !!! Je vais me le faire tatouer leur drapeau sur le mollet comme le coureur que j’ai pas mal suivi pendant la course si ça continue… Oui je sais : prendre un bain ce n’est pas bon pour la planète mais vous savez quoi ? A ce moment Arthus Bertrand peut dire ce qu’il veut, faire ce qu’il veut je m’en fous… Je suis dans mon bain qui masse, qui bulle, qui fait de la mousse et je bénis l’inventeur du jacuzzi. Sans parler de celui ou plutôt de celle qui a inventé le massage qui va suivre. La masseuse est tout de même un peu surprise de voir dans quel état je suis : entre les coups de soleil sur les épaules, les marques de bronzages diverses et variées genre mille feuilles et mes plantes de pieds à vif elle ne sait pas par quel bout elle peut attaquer la chose ! Mais sincèrement ce temps passé entre ses mains va me permettre de vivre beaucoup plus facilement le lendemain qui sera épique je vous l’annonce tout de suite.

Nous allons dîner sur le port mettant 5 min à réussir à nous asseoir accrochés aux accoudoirs (dieu merci il y en a parce que sinon je crois qu’on y serai encore…) et je ne parle pas du retour à l’hôtel ! On va être pris d’un fou rire avec mon compagnon d’infortune imaginant ce que les gens peuvent bien penser de ces 2 français qui se traînent genre « petits vieux perclus d’arthrite ».

Nuit un peu agitée parce que le stress de la course n’est pas retombé et parce que j’ai soif, tout le temps soif. Je vais jeter un sort aux bouteilles d’eau du mini bar à 4h du mat regrettant de n’avoir pas pensé à acheter une ou deux bouteilles supplémentaires. C’est là que je constate que la déshydratation est profonde chez moi alors que j’ai pourtant bu comme jamais.

Petit déjeuner pantagruélique bien sûr et là commence une autre partie de rigolade. Nous avions lu sur le programme que nous avions reçu la veille du départ que nous devions nous balader pour découvrir la région mais nous avions rajouté le mot « motorisé » derrière le mot « randonnée ». 30 km en marchant le lendemain d’une course comme celle que nous avions faite… Non ce n’est pas possible… Quand je vais aller rejoindre notre guide du jour, Philippe, qui représente l’office du Tourisme de Llançà et constater qu’il est en salomon au pied, sac à dos et tenue de running, je comprends que la journée va être un peu plus difficile que prévue !!! Ce qui me rassure c’est le moment de silence que Sylvain va observer lui aussi. Ah il fait moins le malin !!! Ok j’ai compris : je vais chercher mes baskets que j’espérais pourtant ne plus reporter avant plusieurs jours voir plusieurs semaines et enfiler mon tee shirt de finisheuse de la veille parce que je n’ai plus rien de propre moi ! Nous tentons et obtenons une réduction de peine et nous ferons une balade tout simplement splendide passant par Cap de Creus pour monter sur les hauteurs et découvrir la côte vue d’en haut. Mes cuisses hurlent, mes pieds demandent la séparation de corps mais le jeu en vaut la chandelle. Nous monterons au monastère de Sant Pere de Rodes  en voiture, nos jambes ne pouvant plus donner plus qu’elles ne l’ont déjà fait. Promettez-moi si vous allez là bas d’aller voir cet endroit et de faire l’effort de monter aux ruines du château un peu plus haut. Et quand vous serez arrivé là haut, ayez une pensée pour moi et dites moi merci !!! Pour toutes celles que la course à pied sur longue distance effraye un peu nous apprenons l’existence d’une randonnée de 80 km sur 24h qui reprend une petite partie de ce que nous avons fait. Avantage : les ravitos sont nombreux et un simple petit sac à dos suffit. Il y a des vrais repas servis avec pâtes et tout et tout et vu le succès de la première édition je n’ose pas imaginer la 2ème. Ils vont limiter le nombre de places justement pour conserver un côté humain et je ne peux que les encourager dans leur choix. Bien sûr je tiens toutes les infos à votre disposition.

Direction maintenant Figueres pour une nuit dans l’hôtel Duran qui était la cantine de Dali. La salle de restaurant est totalement décalée et l’on comprend tout de suite pourquoi l’artiste aimait l’endroit. Au dîner, alors que nous attendons sagement notre entrée, plutôt light, nous observons la table voisine qui a pris un truc beaucoup moins raisonnable que nous : une espèce de potence en bois d’où pendent tout plein de saucissons des plus appétissants… « Es possible la misma cosa que nos voisins ? ». Pas de problème ! Je peux vous dire qu’on leur a jeté un sort à la charcuterie catalane, tout ça arrosé d’un petit vin rouge très mais alors très éloigné de la diététique sportive. Mais alors qu’est-ce que c’est bon !

Bon ce n’est pas tout ça, il faut dormir, ce qui là n’est pas très difficile. Pas besoin d’une berceuse pour me faire plonger dans les bras de Morphée je n’en peux plus. Mon ampoule sous cutanée a pris une sale tête en plus, se remplissant de sang lors de notre balade. J’ai fière allure tiens avec mes tongs boitillant comme je peux.

Mardi matin alors que je rejoins notre correspondante locale qui doit nous emmener visiter l’arrière pays avec mon petit short noir Zara et mes tongs aux pieds, et là encore je comprends vite que cela ne va coller avec le programme de la journée. Nous sommes sensés repartir sur une randonnée d’au moins 30 km et là malgré toute la bonne volonté du monde je m’en sens tout à fait incapable. Ce n’est pas que je ne veux pas mais je ne peux pas… Sylvain est dans le même état que moi et c’est avec regret et beaucoup de gène que nous expliquons à notre guide du jour, Mike, anglais expatrié pour son plus grand bonheur et devenu plus catalan que les catalans eux même, que le programme est trop chargé pour nous. Il nous propose de changer de destination et nous emmène pique niquer au pied d’une petite église tout simplement adorable. Et re saucisson, et re vin rouge ! Question calorique je crois que le peu que j’ai perdu est vite revenu… Mais ce moment bucolique et poétique à souhait est vraiment parfait. Retour à Figueres pour notre ultime visite au musée Dali. Nous adorons l’art tous les 2 et il était hors de question de rater ça. Nous n’allons pas être déçus par cet endroit tout simplement surréaliste comme l’était l’artiste et nous allons jouer à compter le dénivelé de ce musée aux multiples petits escaliers. Passage obligé par la boutique souvenirs pour les achats de dernière minute pour les enfants sans nous oublier pour autant puisque nous allons même trouver des buffs surréalistes ! Avouez que je ne pouvais pas rentrer sans. Une tenue du FC Barcelone pour Thomas et j’ai bien mérité une glace non ?

Pour le dîner nous avons décidé de profiter une dernière fois du restaurant de Dali pour rester dans le thème de la journée. Nous sommes sérieux, à l’eau et tout et tout et puis ça part en vrille… Nous savons qu’ils font des crêpes suzette qu’ils flambent devant nous et je me dis qu’il faut fêter dignement l’anniversaire de Sylvain avec quelques jours d’avance (ouais ok j’avoue on a du le fêter 3 fois son anniversaire !). Je ne suis pas sûre que tout l’alcool est bien brûlé moi…Et comme de toute façon on va nous amener une petite liqueur pour faire passer tout ça, c’est totalement euphorique que je vais retrouver ma couchette pour ma dernière nuit en Catalogne.

J’ai passé un séjour tout à fait exceptionnel dans une région que je vous conseille toutes et tous d’aller découvrir si ce n’est pas encore fait. Hors saison les plages sont à vous, les balades sont nombreuses et tout à fait accessibles. Si vous souhaitez courir un peu (ou passionnément tout dépend !), le Challenge est accessible même si la deuxième étape demande de la préparer un peu bien sûr. Mais si vous ne venez pas pour gagner, elle peut tout à fait s’envisager. Vous pouvez ensuite profiter de la région pour des promenades ou des jacuzzis !!! La marche nordique est en pleine expansion puisqu’il y a en Espagne une fédération indépendante créée par des traileurs qui ont compris que ce sport était un sport à part entière et accessible au plus grands nombres. De nombreux parcours sont balisés et il y a pleins de cartes en français dans tous les offices du Tourisme locaux pour vous aider.

Je vous ai mis tous les liens vers les sites que j’ai visité et si vous avez besoin de plus d’informations n’hésitez pas à me contacter je transmettrai vos demandes aux personnes concernées qui se feront un plaisir de vous aider à organiser vos vacances là bas.

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Costa Brava Xtrem 2010 : une grande d'Espagne !

Genèse : comment suis-je arrivée sur cette course, ce trail au niveau plus que relevé, moi qui déteste les cailloux, les sacs à dos et tout le toutim ? Certaines se rappellent sûrement que j’avais eu la chance d’aller assister à un Ironman sur la Costa Brava. Pour moi cette région et je crois que pour beaucoup de français il en est de même, est synonyme de buildings, de plages remplies de vacanciers rouge pivoine de l’Europe du nord buvant bière sur bière. A peine arrivée je comprends que je me suis totalement trompée et même si bien sûr il y a bien des stations balnéaires de ce type, cette région regorge également d’endroits restés totalement sauvages, des petites plages splendides, avec une mer transparente et chaude  qui plus est ! La première chose qui me vient à l’esprit c’est : « ouah j’aimerais bien venir courir ici un jour ! ». Lors d’un déjeuner avec la municipalité de Lloret, je parle de ce désir et là miracle, on m’annonce que la course existe et qu’elle s’appelle la Costa Brava Xtrem. On me propose surtout de m’inviter, ce qui est encore mieux. Il faut croire que le vin espagnol n’a pas aidé à ma lucidité pour avoir totalement négligé le mot « Xtrem » mais voilà je suis embarquée dans ce qui va devenir une sacrée aventure de course à pied.
Quelques mois plus tard, tout a changé : je ne suis plus à la Libyan mais à la Transahariana et 3 semaines avant un ultra, j’ai les pieds totalement détruits par des heures passées sur les cailloux algériens. Mes ampoules sous cutanées ont explosées et mes plantes de pieds sont totalement à vif. Mon podo menace de me faire interner d’office si je pars et pour être très honnête je sens bien que je suis profondément épuisée (ma tension est proche du niveau zéro…). Mais comme d’habitude je ne veux rien entendre, je veux ma course ! J’ai embarqué dans l’aventure Sylvain Bazin (présentation Ultrafondus) qui en plus d’être un coureur totalement hors norme est adorable. Je suis contente parce que j’appréhendais un peu de partir seule dans cette aventure. Bien sûr il n’a jamais été question pour lui de courir avec moi pauvre petit vermiceau de l’ultra mais au moins nous allons pouvoir partager nos sensations de course et surtout l’avant et l’après qui sera tout aussi épique croyez moi !!! Mais cela fera l’objet d’un autre CR complet avec photos à l’appui.

 

La course

Etape 1 : que du bonheur !

Vendredi nous arrivons en taxi à Blanes, ville portuaire au sud de Girone. Nous devons récupérer nos dossards avant d’aller à l’hôtel qui servira de base aux coureurs pour la première nuit. Nous avons appris que la dernière étape a été allégée à 55 km et ce qui est terrible c’est qu’à ce moment là je me dis que c’est super et que tout va du coup bien se passer. Je n’arrive pas encore à réaliser que le 2ème jour il y a 100 km de trail avec un cut off à 15h.

Nous allons à l’hôtel, récupérons nos chambres et nous nous contentons d’un grignotage plutôt qu’un vrai déjeuner parce que le départ à 15h n’est pas vraiment l’idéal pour notre digestion. Quelques courses de dernière minute pour Sylvain avec un objectif précis : trouver un bidon pour boire. Nous allons finir par en trouver un d’une couleur très spéciale qui devrait lui éviter de se le faire piquer et surtout qui pourra faire phare la nuit, ce qui est un sacré avantage !

Après avoir tourné très très vite sur moi-même dans la salle de bain je me transforme en coureuse et c’est parti pour la grande aventure ! Oh je vous rassure on y est allé en train touristique sur la ligne de départ… 2 petits retraités qui n’ont même pas le courage de marcher 500 m mais il faut s’économiser non ? Sylvain profite de ce temps pour tenter de comprendre comment fonctionne mon GPS qui ne m’a jamais servi autrement qu’en guidage. Je suis ravie de voir qu’il n’est pas plus doué que moi, je sais c’est bête mais moi ça me rassure ! Sur la ligne de départ nous trouvons un couple de français faisant partie de la communauté d’Ultrafondus, ce qui nous permet de papauter et d’oublier le stress toujours existant dans ces moments. Sylvain nous quitte pour aller rejoindre ses copains et jouer tout de suite à celui qui fait pipi le plus loin et c’est dans la masse des coureurs que je prends le départ. Nous sommes 300 à nous élancer, chiffre qui ne sera plus jamais atteint puisqu’il y a un petit groupe qui n’est là que pour la première étape. Le challenge prendra lui toujours des départs décalés par rapport à l’Xtrem.


C’est parti pour 3h30 de balade extraordinaire dans des jardins extraordinaires justement. Nous traversons les jardins botaniques de Mar i Murtra, de Pinya de Rosa et rejoignons la plage de Fenals. Il me faut quelques km pour comprendre que cela ne va pas être du gâteau cette course… Déjà je me paume avec d’autres coureurs et nous ferons environ 2 ou 3 km supplémentaires pour retrouver notre chemin. Les traversées de plages sont totalement épuisantes parce ce que le sable n’est pas du tout roulant,on s’enfonce, et il faut  s’arrêter pour vider le sable qui peut être terriblement abrasif. J’ai en tête que j’ai encore 155 km à faire et qu’il ne faut pas les négliger les petits détails. Il y a des dizaines de marches à grimper et descendre, il faut éviter les vagues qui viennent nous lécher les pieds. Il y en a une qui sera plus forte que moi et mes chaussures prendront un bain de mer tout ce qu’il y a de plus rafraîchissant ! Eh bien vous savez quoi ? Je me suis éclatée comme jamais !!! J’ai retrouvé le bonheur de courir avec un sentiment de liberté total que je ne peux toujours pas expliqué. Je vais avoir le sourire accroché jusqu’aux oreilles du début à la fin, une vraie gamine ! Pourtant je sens bien que mon genou gauche râle me rappelant des douleurs que le droit m’avait imposé tout le mois de janvier. Mais rien n’y fait, je suis heureuse ! Lloret del mar est là, mon erreur de parcours m’oblige à faire un retour en arrière pour pointer à la Cala Canyelles, et je fonce vers la Cala Llevado toujours aussi heureuse. Je chope en vitesse un peu de coca au ravito, avale 3 abricots secs et je ne lâche rien. Je vais débarquer sur le port de Tossa de Mar comme une furie ayant juste le temps de crier à Sylvain qui est déjà là bien sûr et qui m’attend avec son appareil photo qu’il doit immortaliser ce moment où je cours vite ! Il faut dire que nous sommes en descente ! Je passe la ligne toujours aussi euphorique, punaise quel pied de courir !


Sylvain calme un peu mes ardeurs mettant en avant le fait que le parcours avait un dénivelé plus important qu’annoncé, promettant de belles surprises et que le balisage n’était pas très fiable. Il s’est lui aussi perdu et à la vitesse à laquelle il court, il fait plus de bornes que moi en 20 min… Mais bon pour l’instant je ne veux rien entendre, je suis bien et c’est plutôt euphorique que nous allons rejoindre les bus qui nous ramènent à l’hôtel de Blanas. Nous en profitons pour faire connaissance avec une jeune américaine venue voir des amis à Barcelone et qui profite de l’occasion pour courir son premier ultra sur le Challenge. Retenez là parce qu’elle réapparaîtra prochainement. A peine arrivée je fonce au magasin où nous avions acheté la gourde de Sylvain qu’il avait testé avec succès. La mienne fuit comme une folle et il ne s’agit pas de perdre la moindre goutte de cette eau si précieuse.

Douche, dîner copieux à coup de paella (qu’est ce que j’ai pu en manger !) et histoire de bien faire une réserve de glycogène je vais me faire 2 coupes de glaces parce que j’hésitais entre 2 parfums… Et puis j’ai couru 25 bornes non ? Il ne s’agit pas de faire la tournée des bars parce que le lever est quand même prévu à 3h du matin le lendemain !

Etape 2 : oui je sais j’aurais du m’en douter…

3h30, tous les coureurs de l’ultra sont là dans la salle de restaurant pour prendre leur petit déjeuner. Pas de doute nous ne sommes plus dans la même cour de récrée. Même Sylvain nous a sorti la tenue de compression, c’est dire ! C’est toujours marrant ces moments où les coureurs s’observent. Les élites se sont déjà croisées la veille sur la première étape et tout le monde sait bien sûr que c’est aujourd’hui que tout se joue. Moi je suis encore sur mon nuage de la veille même si je sais je crois au fond de moi que c’est du grand n’importe quoi. Mais je m’accroche à ce que me dit Sylvain qui a regardé le dénivelé annoncé, je n’ai pas à m’affoler, celui de Millau est plus dur. Plusieurs personnes nous ont aussi dit que c’était beaucoup plus roulant que la veille. Ok pour 100 bornes sur route, je mets un peu moins de 12h avec un Ken qui me soutient en vélo mais avec 3h de plus, ça devrait le faire. Je ne veux pas le gagner, je veux juste le finir et si c’est à la dernière place je n’ai aucun souci avec ça.

J’ai choisi ma tenue avec soin comme une façon pour moi de me rassurer dans les moments difficiles :

-          un cuissard 2XU pour la compression et pour faire un peu « pro » quand même

-          mon tee shirt de la Transahariana manches courtes (je pense que tout le monde a compris pourquoi, pas la peine d’expliquer)

-          un tee shirt noir manches longues pour la nuit histoire d’avoir chaud et que je poserai le moment venu.

-          Ma casquette de mon premier marathon de NY pour le symbole

-          Sur mon sac à dos j’ai accroché ma médaille de la Chapelle miraculeuse parce que je crois qu’il ne me restera que ça si tout va mal !

Nous allons en bus à Sant Feliu de Guixols pour le départ et j’arrive même à trouver un endroit tranquille pour le dernier pipi.

5h du matin : c’est parti ! En route pour ce qui est encore officiellement 100 bornes de trail, le tout en 15h sachant que nous devons arriver en 12h au dernier CP à 24km de l’arrivée officielle.

De nouveau le début du parcours va être une enfilade de descentes sur la plage, de remontées à coup de marches cassantes et surtout épuisantes et je ne parle pas du sable. Nous allons nous perdre un petit coup histoire de rester dans le ton de la veille et lorsque j’arrive au CP 2 à la Calella de Palafrugell, je sais déjà que je ne passerai pas. Je ne veux pas encore l’admettre officiellement mais je ne vois pas comment à cette vitesse moyenne je pourrais tenir. Du roulant ??? Du « comme à Millau » ??? Je te foutrais tiens ! Ah Sylvain a de la chance de courir plus vite que moi parce que sinon je te lui plongerais la tête dans sa poche à eau tiens ! Après le CP3 nous quittons la mer pour plonger dans les terres en direction de Pals. Là je ne sais pas comment je me suis débrouillée mais je me perds de nouveau mais je suis seule cette fois ci et c’est beaucoup moins drôle. Je finis par tomber sur une route et je demande mon chemin à un jardinier qui est un peu surpris de voir un truc blond, transpirant, rouge et ne respirant pas la zénitude absolue, tentant de se rappeler des quelques mots d’espagnol appris au lycée… Je sais que je dois rejoindre Begur et je me dis que c’est un village, donc pas trop grand. J’espère y retrouver ces foutues balises et reprendre ma route. Ok je suis carrément dans le sens opposé… C’est reparti pour la crapahute et je vais devoir redemander mon chemin une fois tellement la route qu’ils m’ont indiqué me parait bizarre. D’ailleurs ce n’est pas une route mais un chemin caillouteux, bien cassant et bien pentu comme je les aime tant… Je finis par retrouver une route et là miracle des coureurs ! Ils étaient largement derrière moi il y a quelques temps mais pas grave, je les aurais embrassés tellement j’étais heureuse de voir des visages connus. Descente bitumée vers Begur, je lâche les chevaux histoire de récupérer quelques précieuses minutes. C’est ridicule mais je ne veux pas lâcher pour l’instant. Un coureur espagnol Joachim me rattrape à la sortie du village et c’est parti pour ce qui va être une sacrée aventure et une de ces rencontres qui font que j’aime toujours autant ce sport. Il a un avantage colossal par rapport à moi : il est du coin ! Il sait donc où il est et où il va. Nous avons 7 km pour rejoindre Pals, un village ressemblant à ces petits villages provençaux accrochés à flanc de montagne. Alors que je lui dis que nous ne passerons jamais le cut off, il me dit qu’il est un « crazy runner » et que jamais il ne faut lâcher le truc tant que personne n’a prononcé le mot fin. Et surtout que ce n’est pas lui qui prononcera ce mot. Bref on avance en courant dès que le relief nous le permet et nous marchons à un rythme très soutenu le reste du temps.

En vue de ce fameux village, je ne peux plus courir correctement, ma vessie n’est plus d’accord… Et je ne peux plus m’accroupir sous peine de ne jamais réussir à me relever ! C’est gentil la condition féminine mais par moment je bénirais le fait de pouvoir faire pipi debout… Joaquim est certes un garçon charmant mais je me vois mal lui demander de m’aider à me relever, la culotte sur les chevilles… Il me faut de vraies toilettes ! Je lui parle de mon souci de vessie et il me répond que j’ai sacrément de la chance parce qu’il y a tout ce qu’il faut à Pals et qu’il sait très bien où elles sont, je vous dit l’homme parfait !. Arrivée sur les hauteurs du village, il me les indique tout en me disant qu’il part au CP en éclaireur. Je vais découvrir le bonheur absolue de la coureuse avec jambes en vrac : des toilettes pour handicapés avec une barre sur le côté pour t’aider à te relever. Que du bonheur !!! Je rejoins le CP où Joachim a attaqué le coca et je vais même me poser sur une chaise histoire de manger mes cacahuètes tranquilles. Je suis vidée de chez vidée, il fait chaud, je sais que c’est fini et que jamais je ne serais dans les temps au CP5. Le couple qui nous suivait arrive et rend son dossard. Nous savons que si nous lâchons là, l’organisation nous permettra de prendre le départ du Challenge le lendemain pour être finisher. Je sais que c’est ce que je dois faire, je le sais mais pourtant je n’arrive pas à me résoudre. Joachim est en train de repartir, je suis là debout avec mon sac sur le dos, hésitante. M’arrêter là c’est synonyme de confort, de retour à l’hôtel en bus, de douche, de récup de qualité. Continuer c’est synonyme d’inconnu, de souffrance supplémentaire, de grand n’importe quoi… Et Joachim va régler mon agitation interne en m’attrapant la main et en m’entraînant avec lui. Le crazy runner me dit juste « ce n’est pas à toi de prononcer le mot fin » et c’est parti…

La première partie est bitumée donc nous pouvons courir, tranquillement certes et beaucoup de personnes d’un certain site communautaire doivent penser que cette vitesse n’est pas de la course mais nous avançons. Les paysages n’ont plus rien à voir, c’est la campagne avec ses fermes, ses animaux, ses tracteurs, ses paysans qui se demandent bien ce que nous foutons là à courir en plein cagnard à l’heure de la sieste. Nous passons devant une superbe bâtisse transformée en hôtel-restaurant et tout d’un coup nous apercevons tranquillement installé à l’ombre de l’entrée un coureur en train de déguster une assiette de pâtes avec une bière bien fraîche. C’est Miguel qui a un vrai physique de trailer, le genre pas très grand mais solide sur ses pattes qui ne lâche rien quoiqu’il arrive. Nous nous arrêtons et Joaquim me propose un coca bien frais, ce que j’accepte évidemment. Je sais que je vais en faire bondir certains et certaines mais même si nous sommes partis nous savons au fond de nous que ça ne passera pas alors autant faire de ces km supplémentaires de bons moments. Ce coca dégusté à l’ombre de l’entrée du restaurant pour ne pas gêner les clients du restaurant de notre odeur quelque peu sauvage, ce passage aux toilettes où je me rince bien, c’est un de mes meilleurs souvenirs. Nous repartons et très vite nous comprenons que Miguel n’est pas tout à fait dans la même logique de balade que nous. Il veut passer le cup off et il va tout donner pour ça. Nous le laissons partir mais je lui fais promettre de prévenir les organisateurs que nous sommes là sur la route et surtout je lui demande de courir, de finir pour moi. Il part et nous voilà de nouveau tous les 2 avec mon nouveau copain. Nous papotons allègrement faisant connaissance mélangeant mon espagnol balbutiant et lui son anglais scolaire. Nous arrivons dans la petite ville de Gualta et un vieux monsieur assis à l’ombre nous interpelle : Miguel est passé 15 min avant nous et je crois qu’il nous traite plus ou moins de fous furieux…

Il fait horriblement chaud et lorsque je passe devant un picard local je n’ai qu’une envie : aller me coucher dans les congélateurs ! Je sais que nous allons devoir grimper vers un petit château et j’appréhende, avec raison d’ailleurs, ce passage. J’ai le temps d’apercevoir le panneau en bas de la montagne de cailloux où ils ont eu l’idée saugrenue de construire ce foutu monument et ils indiquent 25 min. Je t’en foutrais moi 25 min ! Ils auraient du préciser en dessous : « temps estimé par Sylvain Bazin et qui ne peut se tenir chez une personne normale que si vous avez évité de courir plus de 50 km en plein cagnard en vous perdant en plus ! ». Ok ça ne rentrait plus dans les cases mais c’était plus proche de la vérité… Cette grimpette et surtout cette descente va tenir de la retraite de Russie, une lente agonie à une vitesse qui n’en est plus une d’ailleurs. Le peu de force qui me reste va rester là au pied du Castillo de Torroealla. Ok la vue vaut le coup, je le concède aisément mais on m’aurait évité ce cauchemar je m’en serais nettement mieux portée. Dans la descente, mes quadi qui d’habitude sont très sages sont tout simplement des briques douloureuses. Mes pauvres pieds souffrent le martyr sur les cailloux tranchants et je me demande ce qui m’a pris… Dire que je pourrais être à l’hôtel dans mon bain au même moment… Joachim me passe un bâton pour m’aider à finir et je me fais la promesse de ne plus reporter l’acquisition de ce type d’accessoires pour mes prochains trails. Il n’y a aucun doute là-dessus, ça aide vraiment. Enfin la forêt est là et la fontaine qui est annoncée pour un ravito sauvage nous ouvre ses bras frais. Joaquim me fait rire parce qu’il me dit : « tu peux courir ? On peut encore passer tu sais ». Il est adorable ce garçon, il a vu que je n’avais plus de gps (plus de piles) et donc plus aucune notion du temps et il doit se dire que mon côté blonde va lui permettre de me raconter n’importe quoi. « si on court on peut être dans les temps ». Mais oui mon garçon je peux courir et si tu me le demandes gentiment je peux aussi te repasser ton tee shirt technique ! Nous revoilà donc parti à courir dans des petits chemins forestiers. Je n’arrive pas à croire que je cours. Je ne sais pas si c’est l’énergie du désespoir, la volonté d’en finir au plus vite, en tout cas je cours et nous ne lâchons rien tous les 2. Un point un peu surélevé et il m’explique que l’arrivée est là au bout de la baie qui s’allonge devant nous. La fin ce sera de la plage et je me vois déjà me baignant pour offrir à mes pieds une petite pause bien méritée.

Mais toutes les belles choses ont une fin et notre joli rêve irréalisable va se trouver brisé par une voiture de location conduite par Xavier l’organisateur… Nous sommes hors délai, nous le savions déjà et il va nous arrêter là. Nous avions tous les 2 un peu espéré pleurer un coup, nous rouler par terre pour obtenir sa clémence et qu’il nous laisse repartir mais nous ne savions pas encore qu’il avait déjà arrêté d’autres coureurs et que bien sûr il ne pouvait pas faire d’exception.

Je tombe dans les bras de Joaquim en lui disant : « aucun regret, on a joué, on a perdu mais nous n’avons pas prononcé le mot fin ». Et en plus nous apprenons que nous ne sommes même pas les derniers !!! Je préviens tout de suite Xavier que je serai au départ du challenge le lendemain et il m’explique qu’ils ont décidé devant le nombre de coureurs hors délai de nous accorder une faveur : nous serons finisher du challenge mais nos km supplémentaires seront comptabilisés et ainsi officialisés. Ils relèvent d’ailleurs le chiffre sur le GPS de Joaquim et je découvre qu’il nous restait un peu moins de 3 km. Nous partons rejoindre l’autre CP tout en ramassant au passage 2 autres coureurs qui s’entassent avec nous à l’arrière de la voiture. J’essaye de mettre un peu d’ambiance histoire de dédramatiser tout ça parce que je sens bien que mes compagnons de route sont moins sereins que moi.

Arrivés au dernier CP nous profitons du ravitaillement pour finir la casserole de salade de pâtes, arrosé de mon traditionnel coca. Je découvre avec stupeur plusieurs coureurs que je connaissais de vue et qui avaient l’air nettement meilleurs que moi. Comme le ravito est situé devant un restaurant nous allons nous installer devant l’écran géant pour regarder un match de foot (oui oui moi aussi !!!). Mes copains d’infortune sont à la bière mais vont très vite me rejoindre question magnum ! J’en ai offert un à Joaquim et nous allons finalement vidé le congélo du resto. Retour à l’hôtel et sincèrement je n’arrive pas à être triste. Je crois surtout que je vis cela très bien puisque je n’étais pas au niveau, pas assez préparée, trop fatiguée pour tenir le choc. Je n’aurais sûrement été aussi sereine si j’avais préparé cette course 6 mois durant. Arrivée à l’hôtel je récupère la clé de ma chambre et j’aperçois Jaume, coureur catalan rencontré sur la Transahariana qui m’avait promis de venir me voir. Le pauvre garçon s’est retrouvé avec un truc blond puant et collant lui sautant dans les bras ! En quelques secondes je lui explique la situation qu’il comprend tout à fait, il l’avait fait l’année dernière et m’avait déjà prévenu. La Costa Xtrem ce n’est pas pour les fillettes comme moi…
Dîner et dernière bière au bar avec Jaume et je file me coucher. Ce n’est pas tout ça mais je dois encore courir le lendemain…

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3ème étape : La coureuse doit se réveiller (allusion à Dune, film indispensable à tout cinéphile qui se respecte !)

Je me suis levée le matin à 4h pour encourager Sylvain qui en a bavé la veille. Le voir comme ça me fend le cœur. Mais comment va-t-il courir 55 km ??? Franchement je me dis que nous ne sommes pas faits pareil. Ce mental de champion je ne l’ai pas encore et je pense que je ne l’aurai jamais…

Le groupe de coureurs est clairement clairsemé, la veille a été fatale à bon nombre de coureurs mais Miguel est là et j’en suis vraiment heureuse pour lui.

Je file me recoucher et les 2h de sommeil supplémentaire sont les bienvenus. Premier choix très important la tenue !!! A défaut d’être la coureuse la plus rapide, je décide d’être pour ce dernier jour la coureuse la plus sexy… Attention les yeux je vais dégainer la jupette noire que je n’ai pas acheté à NY ! Je rajoute le petit haut aux couleurs de CAF que je n’ai toujours pas acheté à NY, je rajoute les manchons pour me transformer en Rita Hayworth de la course à pied et roule ma poule, direction la salle du petit déjeuner (pour info il me faudra 4 min pour descendre l’escalier accroché à la rampe en crabe...). Vu le silence qui va accompagner mon passage le long des tables de certains coureurs, je peux vous dire que le traileur espagnol n’avait jamais vu de jupette !!! Je vais remonter dans ma chambre rapido (ah je rigole !!!) pour mettre les nouveaux compeed qui protègent la plante des pieds. Mon statut privilégié m’a permis d’en recevoir une boite en exclusivité que j’avais prise au cas où. Rien qu’en reposant les pieds par terre je comprends que j’ai vraiment bien fait. Pas de doute ça fonctionne !


Direction le bus pour rejoindre le parcours du Xtrem afin de finir les 30 derniers kms avec eux. Nous allons aller à Cadaquès, port rendu célèbre par Dali, la star locale. En descendant nous apercevons Sylvain qui vient de repartir du ravitaillement qui sera notre point de départ. C’est sous les applaudissements des coureurs et les encouragements qu’il va partir à l’attaque de la montagne. 20 min après c’est à mon tour et j’ai décidé une chose : cette étape je vais te la dévorer ! Je vais courir le plus possible, ne rien lâcher, redevenir une vraie coureuse. J’implore le dieu David Ghetta de me venir en aide et c’est parti mon kiki.

Je sais déjà qu’il va faire chaud, le temps est tout simplement splendide. De nouveau nous enchainons plages, cailloux, escaliers et tutti quanti. Je ne recharge pas assez en eau après le premier CP et je me retrouve à remplir ma gourde aux douches qu’il y a sur les plages en priant le bon dieu que l’eau soit potable ! Un petit groupe de coureurs s’est formé et l’effet jupette fonctionne à plein régime. Les coureurs m’encouragent et tout le monde semble découvrir que je m’appelle Cécile. Nous sommes plusieurs éliminés de la Xtrem et nous savons ce que nous avons vécu hier. Pas de doute ça crée un lien. Dans les montées je marche le plus vite que je peux reprenant le rythme soutenu que j’avais tenté de tenir sur la Transahariana. Dans les descentes je suis moins efficace car mes cuisses sont toujours aussi douloureuses et j’ai peur de tomber, n’ayant aucune réponse de leur part. Mais j’avance toujours, sans rien lâcher. Je n’ai aucune référence de temps de toute façon, je suis donc uniquement dans ma propre course.
Quand je grimpe il m’arrive assez rarement mais cela arrive d’être doublée. Bien sûr je m’écarte le plus vite possible pour ne pas gêner le coureur. Mais il va se passer quelque chose d’extraordinaire. A un moment je sens un petit groupe derrière moi. Dès que je peux je m’écarte et là j’entends en anglais avec un fort accent espagnol : « non reste là, tu es à ta place ». C’est bien simple je l’aurais embrassé le garçon ! Je crois que c’est un des plus beaux compliments qu’un homme ne m’ait jamais fait…

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J’arrive au dernier CP et je recharge en eau plus sérieusement que je n’avais fait auparavant. Je me pose 2 sec et j’en profite pour regarder le road book. Je comprends enfin pourquoi je n’avais pas assez d’eau : j’étais partie sur un 30 km avec ravito tous les 10 km or le 2nd était à 15 km. Je ne suis donc plus qu’à 4.5km exactement. Un coureur me crie « viens Cécile on y va ». J’attrape mon sac et je vole derrière lui trop heureuse d’en avoir presque fini.

Bien sûr la fin de la course va passer très vite même s’ils nous ont réservé un bon petit passage bien pentu et qui dit montée dit descente et je ne parle pas du passage dans des plantes bien agressives qui vont se régaler de mes cuisses nues. Là encore ça se complique parce que j’ai des runnings aux pieds et non des trails. Je glisse plus que je ne cours et cela n’arrange pas mon stress. Pas question de me faire mal si proche de l’arrivée ! Le village est enfin là et j’entends déjà la voix du speaker. Un coureur déchainé me bouscule presque en arrivant en bas de la descente, oubliant toute notion de politesse qui veut que les « femmes et les enfants  d’abord » soit la moindre des choses. Pas rancunière je lui crie qu’il faut prendre l’escalier à droite alors qu’il fonce tout droit. Ah ben oui tiens il nous fallait un dernier escalier sinon ce n’était pas drôle… J’entends alors une voix féminine derrière moi et je reconnais la charmante américaine du premier jour. Je lui dis juste : « on finit ensemble ? ». Elle me répond « mais bien sûr quelle question ! ». Et nous voilà parties toutes les 2 totalement déchaînées !!! On va moucher le coureur désagréable qui ne se remettra surement jamais du choc d’avoir été doublé sur la ligne par 2 filles déchaînées !

Sylvain est tellement surpris de notre arrivée boulet de canon qu’il n’a pas eu le temps de prendre une photo. Ça y est j’ai fini !!!

Je récupère très vite ma médaille comme une gamine qui veut sa surprise dans son œuf kinder et qui garde le chocolat pour après.

Je suis bien, je suis heureuse. Ok je n’ai pas fini le Xtrem mais je me suis amusée, j’ai profité de paysages d’une beauté à couper le souffle. Je me suis juste sentie vivante ! Une paella sur le port offerte par Jaume (encore merci !!!) plus tard, je remonte dans le bus pour rentrer à l'hôtel récupérer mon sac et filer vers d'autres aventures... eh oui la Costa ce n'est pas fini pour nous, la suite bientôt !

Merci à tous les organisateurs de la course et aux bénévoles pour leur sourire et leur aide précieuse.

Merci à Emmanuelle de l’Office du Tourisme de Catalogne pour avoir rendu ça possible

Merci à tous ceux et celles qui ont fait de ce séjour un moment hors du temps, juste parfait (je vais vous en parler dans un autre texte parce qu’ils méritent les honneurs de leur propre article).

Et merci Sylvain d’avoir été toi pendant ces quelques jours.

   

Marathon des Sables 2009

marathon_des_sables

 

Cette course est devenue légendaire pour la plupart des coureurs. Tout le monde en a entendu parlé au moins une fois et l'édition 2009 restera vraiment comme une édition à part avec une invitée surprise de dernière minute : la pluie !

Je vous laisse vous plonger dans l'univers de l'ultra.

Cécile

ps : pour info Priscilla folle du désert, c'est Fabrice mon compagnon d'infortune sur l'ultra de la 6000D l'année dernière...

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La Transahariana 2010 : Barbie au pays des dromadaires

Comment mettre des mots sur ce que j’ai vécu ? Comment moi la bavarde impénitente puis-je vous transmettre ce que j’ai ressenti lors de cette course au-delà des mots sans passer pour une folle furieuse ?

Commençons déjà par le commencement, la genèse de ce petit délire… En finissant la Trans’aq sur mes 2 pieds et finalement plutôt en forme puisque 8 jours après je serai au départ du marathon des Isles, je m’étais tout de suite convaincue que le désert était fait pour moi et que le non stop correspondrait à mon désir d’indépendance. C’était le format idéal, je pouvais courir comme je le voulais, quand je le voulais. La Lybian Challenge était mon premier choix, avant tout parce que je savais que je retrouverai des trans’aqains, qui me seraient d’un grand soutien moral au cas où. Et puis voilà, l’histoire politique en a décidé autrement et je me retrouve là dépitée à Megève en vacances, furieuse comme une sale gamine à qui on a refusé son jouet… Dire que je me roule par terre de déconvenue serait en dessous de la vérité puisque mon cher et tendre craque au bout seulement de quelques heures et me dit : « bon, trouve toi une autre course et fous nous la paix ». Je connais déjà la Transahariana mais je ne l’avais regardée que de loin, convaincue qu’elle n’était pas pour moi. Trop difficile, trop caillouteuse, trop tout en fait, mais là je veux tellement partir que je fonce tête baissée sans mesurer ce que je suis en train de faire. Je veux ma course et puis c’est tout ! L’inscription est faite et je peux retourner à mes occupations favorites ces derniers temps à savoir : soigner mon genou qui prend un malin plaisir à me faire mal histoire de me rappeler que je ne suis pas superwoman mais un être humain fait de chair et de sang et qu’il serait temps que je m’occupe un peu de moi…

Un passage entre les mains expertes de Thomas Lorblanchet, coureur émérite et kiné tout aussi émérite, me rassure un peu. Il me conseille une orthèse pour le genou que je commande dans la foulée et qui va devenir ma meilleure amie dès que je la porte (la JK Band de Zamst, je la cite parce qu’elle le vaut bien !). Miracle : je peux enfin courir 1h sans avoir mal !!! Quoi il va falloir tenir un peu plus longtemps que ça dans le désert algérien ? M’en fous ! Je veux ma course et je l’aurai !!!

Samedi 13 mars : rendez vous à Orly pour le grand départ. J’ai 2 de tension parce que le petit dernier a décidé de me mener la vie dure toute la semaine en me réveillant consciencieusement toutes les nuits, j’ai passé la journée à boucler le Running pour Elles 2 dans un stress dingue, ayant juste l’impression d’être un capitaine lâche qui quitte le navire en train de couler. De toute façon les jeux sont faits, la roue tourne à grande vitesse et je ne peux plus sauter en route… Je débranche mon blackberry, plus de mails, plus rien, Algérie me voilà ! A l’aéroport, je découvre mes futurs camarades de jeux et comme d’hab je me dis qu’il faudrait que j’arrête de me lancer dans des délires où je n’ai pas ma place… La plupart portent leur tee shirt de finisher comme les scalps de leurs prises de guerre accrochés à leur selle de cheval. Plusieurs se connaissent et moi je me sens vraiment étrangère à tout ça. De toute façon je dors sur mon chariot attendant l’enregistrement !!! Après le stress du pesage du sac (j’avais le droit à 15kg et j’ai fait 14kg500 !!! super fière de moi sur ce coup là) je fonce à la zone duty free, non pour faire du shopping mais pour manger un morceau avant le décollage. Je n’ai qu’un seul point commun avec les mannequins vedette, je fuis la nourriture des avions comme la peste ! Je fais un peu plus ample connaissance avec des membres du groupe et zou c’est parti pour l’embarquement. Le hasard, mais peut on réellement parler de hasard dans ces moments là, va me placer entre une fidèle de l’organisation que nous appellerons « post it » parce qu’elle a une mémoire totalement phénoménale (et je pèse mes mots en disant ça) et Thomas, coureur belge, qui ne sait pas encore que ce vol n’est que le début d’une longue histoire entre nous. Les présentations seront d’ailleurs d’une courte durée puisque dès que les consignes lumineuses me le permettent, je me détache et fonce squatter une rangée dans le fond de l’avion. En quelques minutes, chose totalement exceptionnelle, je m’endors pour ne me réveiller qu’à l’atterrissage.

Tamanrasset plage nous voilà ! L’enfilade des 4x4 nous attend, impressionnante avec leur chauffeur attitré. Nous fonçons dans le désert, moi accrochée à la poignée, morte de rire intérieurement en repensant au fait que j’avais envisagé que nous allions utiliser des bus pour nous rendre au premier bivouac ! On aurait eu l’air malin tiens… Je retrouve les fameuses quecha rangées en ligne mais je cherche désespérément les douches et les toilettes… Quoi ? J’ai le droit d’être naïve non ?

le_campement_de_dpart

Je vais partager ma première nuit avec Alicia une américaine d’origine polonaise. Comme à mon habitude, je vais complètement me planter sur mon analyse (l’instinct féminin par moment je me demande si ce n’est pas une légende urbaine !). La voyant relativement stressée à retourner son sac dans tous les sens, je m’imagine qu’elle débute dans le métier de la course non stop… ben tu penses, elle a juste gagné la 333 la bichette et j’en passe ! Heureusement que mon pauvre niveau d’anglais ne m’a pas permis de lui sortir un truc du style « t’inquiète, tout va bien se passer » parce qu’il n’y aurait jamais eu assez de sable dans le désert pour que je m’enfouisse dedans !


Réveil dans le désert et je découvre ce qui va être mon terrain de jeu pour les jours à venir. Ok il va faire chaud… Tiens c’est bien une réflexion de blonde ça ! La journée va se passer tranquillement entre le contrôle des sacs et autres paperasseries médicales. Et là il faut se rendre à l’évidence, le soleil tape fort… Pourquoi dis-je cela ? Parce que dans mon délire pré-insolation, je vais confirmer mon inscription sur le 260… Je sais que je peux basculer sur le 200 (le 190 a disparu dans la nuit !) mais franchement à cet instant j’y crois… Mais comment un seul instant ai-je pu envisager de monter sur une telle distance, pas prête et sans réelle expérience… Franchement je me fais peur par moment… Mais voilà, portée par mon enthousiasme, je saute le pas officiellement. Le reste de la journée coule doucement, loin du monde, perdue dans le désert, et finalement pas aussi stressée que je n’aurais pensé l’être. Le silence m’apaise déjà. Autour de moi tout le monde s’affaire, les hommes se strappent les épaules et le dos, se transformant en guerrier prêt à en découdre avec les éléments, moi je lis le dernier roman de la fille qui a écrit « le diable s’habille en prada »… Tout est dit ! Rien à faire, je ne suis pas de ce monde…

Le réveil se fera naturellement même si tout compte fait la nuit a été courte. J’ai entendu partir les bénévoles rallier les premiers CP, et j’ai profité au maximum des derniers instants qui me restaient. Quand allais-je redormir ? Grande question ma foi ! J’avale mes tartines, bois mon thé, range mes petites affaires et je me précipite sur la ligne de départ où la plupart des coureurs tels des pur sangs arabes prêts à s’élancer piétinent déjà depuis de longues minutes. Enfin le compte à rebours est lancé et en quelques secondes, les coureurs sont lâchés… Euh, y a un problème là… Ils ont eu quoi au petit déjeuner que je n’ai pas eu ??? Ils foncent tous comme des dératés et je n’ai pas fait 500 m que je suis déjà seule… Ah ben ça promet cette course… 5 km de sable m’attendent et franchement j’ai beau faire ce que je peux, je ne peux pas aller plus vite. Quand je sors enfin de l’oued pour virer à gauche toute, je suis déjà fatiguée… Mais qu’est ce qui m’a pris franchement de m’engager là dedans… En plus il y a le stress des cut off qui pourtant me paraissaient très larges. Mais là de me retrouver tellement à la traine, j’en viens à me poser des questions. J’aurais l’air bien cruche de me retrouver arrêtée au 3ème CP parce que je suis trop short question temps. Une chose me rassure en tout cas, la route est bien balisée et même si j’ai mon GPS en secours, je ne devrais pas en avoir officiellement besoin. CP1 en vue, la course est lancée !

ne me cherchez pas, je suis encore en retard !!!

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Je suis partie depuis 20 min et je regarde déjà l'heure !!!


CP1 à CP2 : pour l’instant tout va bien…

Je fais le plein d’eau au CP1 et je papote 2 secondes avec Cyril qui me fait part de son inquiétude. Il a le sentiment que beaucoup de coureurs sont partis trop vite et qu’il va y avoir de la casse. Je le rassure, ça ne risque pas de m’arriver !!!! Je bois un peu, mange ma première barre mulebar, la première d’une grande lignée (une petite, pas encore très faim) et c’est reparti. Les paysages ont encore un côté humain dirons nous. Je vais même croiser des êtres vivants autres que ceux à une bosse ! Et là c’est un peu la déception même si je comprends la situation… J’arrive ravie en vue d’une jeune bergère qui garde un troupeau de chèvres perdue au milieu de nulle part. Loin de me regarder perplexe, ce que j’aurais pu comprendre, elle ne va pas me lâcher pour que je lui donne mes lunettes, mon élastique à cheveux, quelque chose… Mais je n’ai rien en trop hélas et le malaise s’installe en moi. Je vais fuir le plus rapidement que mes jambes me le permettent parce qu’elle s’accroche à moi, à mon sac. Je ne sais pas comment gérer la situation, je suis juste mal… C’est terrible d’en arriver à vouloir à tout prix fuir comme ça mais je ne voulais pas passer ce moment sous silence. J’avance toujours tant bien que mal et les kms défilent encore à un rythme correct. Il fait déjà très chaud mais je suis encore fraiche. Force est de constater en tout cas que je vais faire une partie de cette course seule et franchement je ne m’attendais pas à autant de solitude.

 

moi

 

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CP2 à CP3 : non mais qu’est ce que je fous là…

J’arrive en vue du CP2 et je suis enfin soulagée de retrouver des visages amis. Je m’écroule par terre après avoir bu un peu de coca, trouvant très malin de dire « rien ne vaut une partie de jambes en l’air ». Ben quoi ? J’ai les jambes en l’air le long de l’arbre et je peux vous dire que c’est rudement bon !!! Je suis un peu rassurée puisque je suis encore dans les clous question cut off et je me sens encore bien même si je n’arrive toujours à imaginer que je n’ai couru qu’un marathon… Et surtout qu’il reste un sacré bout de chemin à parcourir. Dans ma tête le 260 s’éloigne déjà sur la pointe des pieds. Je crois que je sens déjà que je n’irai pas jusque là mais je me donne encore le CP3 pour prendre une décision. Allez c’est reparti ! Ce n’est pas tout ça mais je ne suis pas d’ici et le prochain CP est encore loin. Je sais en plus par le road book que les ennuis commencent et que la grimpette va être au rendez vous. Les paysages sont clairement caillouteux et comment dire… plutôt hostiles à mon goût… Tu sens bien qu’il ne faut pas se perdre là dedans. Je vais aussi avoir ma première ampoule que je n’aurai pas le temps de soigner. Alors que je m’arrête pour constater l’ampleur des dégâts à l’abri d’un arbre, je ne peux que constater que ma chaussette est trempée, elle a explosée et il va falloir faire avec. Ne jamais attendre pour se soigner sera la leçon du jour !

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CP3 à CP4 : l’enfer commence !

J’arrive dans les temps au CP3 et je suis bien décidée à marquer un temps d’arrêt pour recharger les batteries. Ce CP est très impressionnant parce que franchement ça sent légèrement Waterloo par endroit… Les visages commencent à se marquer, les mines sont fatiguées et nous ne sommes clairement plus à la rigolade. Certains pieds présentent déjà des ampoules qui pourraient éclairer le désert à elles toutes seules et je retrouve Thomas allongé par terre, pas vraiment au mieux de sa forme. Ils viennent juste de le perfuser et le staff médical a l’air de clairement se demander s’ils vont le laisser repartir. Isabelle, seule candidate sur le 130, qui devait partir avec lui ne sait plus quoi faire… Mais où est ce que je suis ? Moi-même je n’en mène pas large. D’un côté je resterais bien tranquillement à faire une vraie pause, et d’un autre je me dis que si je reste là trop longtemps jamais je ne pourrai repartir. Je suis encore un peu optimiste et je me dis que plus vite je serai partie, plus vite je serai au CP4 où je pourrai souffler un peu et peut être même dormir. J’ai pris des coups de soleil dantesques qui vont vite rentrer dans la légende de la Transahariana mais franchement même s’ils me font mal, ils sont encore le cadet de mes soucis. Je repars pour avoir le maximum de temps sans lampe frontale et c’est parti pour ce qui va être la plus longue nuit de ma vie…

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Un détail qui va avoir son importance : il n’y a pas de lune. Ca peut paraître être un détail mais sincèrement cela change complètement la donne puisque je vais vraiment avoir l’impression d’être perdue au milieu de nulle part. Très vite un petit groupe de coureurs va me doubler, je suis incapable de les accrocher. Arrive Isabelle qui a enfin pris le départ et qui est bien sûr fraiche comme une rose alors qu’elle a elle aussi passé la journée sur tous les CP à nous servir à boire et à nous réconforter. Là encore je la laisse partir, tout simplement incapable de l’accrocher. Je sais au fond de moi ce qui est en train de se passer : ma nature de femme va encore me jouer des tours. Je ne vous l’avais pas précisé mais était il vraiment indispensable de le faire ? Bien sur je ne suis pas dans mes bons jours, ça aurait été trop simple et je sens que je suis en train de me vider de mon sang. Je ne peux rien faire contre ça, juste subir et attendre que cela passe. J’en ai les jambes coupées et je dois m’asseoir sur le bas côté. Ma tête tourne, je vais vraiment mal, il fait nuit, je suis seule, perdue au milieu du désert… Combien de temps suis-je restée ainsi allongée sur mon sac, franchement je l’ignore. Je vais avoir le courage d’avaler une pate de fruits histoire de me requinquer un peu et je ne sais toujours pas comment, je vais me relever et repartir. Le CP4 me parait à des années lumières, j’aimerais me maudire de m’être mise dans une situation pareille mais il faut pour cela une force que je n’ai même plus. Je branche mon lecteur MP3 et je vais débrancher mes 2 neurones pour tenter d’avancer. Pour me donner du courage, je chante et croyez moi le pauvre David Ghetta aurait tous les droits de m’attaquer en justice pour « massacre d’une création artistique » !!! Ce foutu CP, mais bon sens où est ce foutu CP !!! Et cette montagne qui devrait être à droite, moi je l’ai à gauche… Pourtant les flèches sont là et je dois être sur la bonne route. C’est l’avantage de se traîner, tu risques moins de rater les balises !!!

J’aperçois des lampes frontales au loin, dieu merci je ne suis plus seule. C’est bête à dire mais je rassure en disant que si je crie, il y aura quelqu’un. Je tente d’accélérer pour les rattraper mais le relief m’en empêche. Nous montons en altitude et je n’en vois pas le bout…

Enfin en haut d’une montée j’aperçois des frontales qui elles ne bougent pas, je comprends que ce foutu CP est enfin là. Je peux enfin laisser couler mes larmes…


CP 4 à CP 5 : une blonde, un belge, que d’histoires…

Je n’ai qu’une envie en arrivant là : me coucher !!! Même manger un truc est au dessus de mes forces. Cyril qui est là me confie à Jean Pierre un bénévole qui me conduit à une tente et je déroule tant bien que mal mon duvet. Christophe arrivé juste avant moi vient me retrouver et je tente de trouver le sommeil… Mais là tout se complique : il faut se rendre à l’évidence, le soleil n’est pas mon ami… Je suis à la fois brulante et glacée et je claque des dents, pas au sens figuré, non non au sens propre ! Christophe qui s’est relevé pour aller à l’infirmerie signale mon cas et Jean Pierre revient me chercher. C’est accrochée à lui que je vais me rendre sous la tente où Christelle officie à la lampe frontale. Elle aussi ne dort pas, passant de pieds à d’autres pieds, écoutant nos doléances de coureurs totalement cinglés. Ce n’est pas d’une infirmière classique dont nous avons tous besoin, c’est d’une infirmière en psychiatrie !!! Le constat est vite fait : je suis littéralement brulée sur les jambes. Tous les cm2 de ma peau qui sont restés au soleil ont cramé. Je ne me suis pas assez protégée et j’aurais surtout du adopter un autre matériel, plus adapté à ce type de douce rigolade. Nous passons donc aux grands moyens : crème pour brûlures et calmants pour la douleur. L’idée est avant tout de me permettre de dormir un peu. Je crois franchement que si elle m’avait proposé une piqure de morphine ou n’importe quoi d’autre dans ce style j’aurais accepté… Je repars tant bien que mal vers ma tente, accrochée à Jean Pierre et je me recouche. Dans un semi sommeil j’entends Cyril qui dit : « tiens voilà Thomas ». Je me dis qu’il est totalement frappé d’être reparti du CP3. Tout de suite après j’entends Cyril de nouveau qui dit : « ah ben mince il est par terre »… Nous sommes fous, enfermez nous !!!

J’ai du dormir 2h tant bien que mal, toute seule dans ma tente, Christophe ayant préféré me laisser seule, de peur de me cogner dans un mouvement et de me réveiller brutalement. Je me traine jusqu’à l’infirmerie pour me faire soigner les pieds. Je dois le faire avant d’avaler un truc, ordre de Cristelle ! Thomas est là, allongé sous un duvet et j’apprends qu’il est arrivé avec une température corporelle de 35°. Moi je croyais qu’à cette température, on était mort mais non il a l’air de bouger un peu… Je pose mes pieds sur le petit tabouret, pieds que j’ai refusé de regarder pour l’instant. Vu le silence que va marquer ma nouvelle meilleure amie, je me dis que j’ai bien fait de rester dans le doute !!! Il parait que je présente un parfait exemple de ce qu’on appelle une ampoule montagne. Ne rêvez pas, il n’y a pas eu de photo prise mais sachez tout de suite que cela m’a valu le premier prix de l’ampoule de la course…

Je tremble toujours tellement que Thomas me couvre d’une couverture de survie et là franchement je me pose des questions. Je sais que je ne serai pas capable de passer une nuit supplémentaire comme ça seule, je sais que mes nerfs ne le supporteraient pas. L’idée de l’abandon commence à flotter au dessus de ma tête comme un oiseau de mauvaise augure et de toute façon le 260 n’est déjà qu’un lointain souvenir. Je vais manger mon diner que j’ai été incapable d’avaler la veille, remettre mes chaussures sur mes pieds momifiés et repartir vers le CP5. Pourquoi suis-je repartie ? Tout simplement parce que je n’ai plus la force de prendre une décision… Je suis tellement épuisée que je n’envisage que de mettre un pied devant l’autre. Je me dis que je prendrai ma décision au CP5 et vogue la galère.

J’avance du pas le plus décidé que je peux, ayant 20km à parcourir. Je veux le faire le plus vite possible (enfin tout est relatif quand je parle de vitesse !) pour éviter au maximum la chaleur. Au bout de quelques temps que j’aurais du mal à estimer étant dans un état plutôt second, j’entends la voix de Thomas derrière moi. Mais ce n’est pas vrai, il bouge encore celui là !!! Moi qui aurais parié sur son abandon au CP4, imaginant aisément le staff médical le sanglant à la quecha pour l’empêcher de repartir, il est là et le pire c’est qu’il a l’air d’aller mieux que moi. En quelques phrases dont je ne me souviens plus très bien, il m’explique que nous allons aller au CP5, nous reposer un peu, et repartir vers 17h à la fraiche (je t’en foutrais de la fraiche moi !). L’idée ensuite est simple : ne pas dormir pour finir au petit matin. Et vous savez quoi ? Je l’ai cru !!! Va se mettre en place un duo totalement improbable qui en surprendra plus d’un croyez moi d’un coureur aguerri et d’une blonde qui va tenter désespérément de le rattraper pendant presque 100 bornes. Combien de fois il va me dire : « ben tu ne cours pas à côté de moi, pourquoi tu restes derrière ? ». Ben c’est parce que tu vas trop vite pour moi gros malin tiens !!!

Même si dans ma tête l’idée de continuer n’est pas encore vraiment acquise, je m’accroche comme je peux, bien décidée cette fois-ci à ne pas finir seule cette étape. Nous allons croiser des coureurs au bord de l’abandon, des coureurs résignés, et franchement cela me touche au plus profond de moi. Je sais que renoncer n’est pas facile et je crois même pouvoir dire que cette décision est beaucoup plus difficile à prendre que celle de continuer.

Arrive le CP 5, je vais pouvoir souffler un peu…

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CP 5 à CP 10 : Barbie et GI Joe…

Avant que Thomas réussisse à me persuader qu’on peut tenter le 260, je fonce faire poinçonner mon road book pour entériner officiellement mon changement de course. Il a déjà réussi à presque me convaincre que je pouvais faire une nuit blanche pour finir au petit matin, je me méfie du garçon, il pourrait me faire croire que je suis brune si je le laisse faire… Je lui redemande une dernière fois s’il a bien conscience de l’engagement qu’il vient de prendre, je ne veux pas me retrouver seule perdue au milieu des montagnes une nuit supplémentaire. D’un autre côté je me dis que je suis complètement cinglée… Je suis en train de confier le reste de ma course à un type que j’ai vu soit avec une perf dans le bras, soit allongé par terre à l’infirmerie… Et je fais quoi moi s’il se remet à jouer les filles de l’air ? J’ai bien des seringues mais pas sur qu’une injection de bétadine soit vraiment une solution ! D’accord je connais tous les épisodes d’Urgence et de Docteur House par cœur mais de là à être une pro de la médecine d’urgence il y a un pas que je ne veux pas franchir. Enfin la vie est faite de choix qu’il faut savoir prendre, assumer et ce choix je l’ai fait : je vais le suivre et lui faire confiance.

Nous repartons donc en prenant la piste de gauche et je sens que mon compagnon de route regarde avec regret la route de droite, chemin qu’il aurait du emprunter pour la boucle du 260. Il abandonne sa course pour s’occuper de ma course. Nous sommes repartis vers le CP10 qui sera un CP volant avec l’idée de rallier le CP11 le plus vite possible. L’ermitage de Foucault prévu en off restera en off, franchement là le tourisme est vraiment loin d’être ma priorité… Comme le dit si bien le road book la piste est dure : pour résumer elle est composée de cailloux bien pointus et tranchants qui s’enfoncent dans la plante des pieds à chaque fois. Je ne risque pas de m’endormir !!! La vallée de l’Assekrem est là, majestueuse et imposante. Tu te sens bien peu de choses au milieu de ces cailloux. Nous allons croiser des dromadaires qui nous regardent passer en se disant « mais ils sont fous ces gaulois ». Nous allons croiser des randonneurs installés tranquillement là pour un trek se demandant bien quelle mouche nous a piqués. J’aurais bien discuté un peu plus avec eux mais le patron en a décidé autrement et je dois le rattraper pour ne pas le perdre. Nous montons en altitude et j’ai du mal à grimper. Ce n’est pas ma spécialité déjà quand je suis en forme alors imaginez un peu mon niveau au bout de 30h de course… Je sens un énervement du côté de la Belgique. C’est bien ma veine tiens, un roi de la grimpette venant du plat pays, mais qu’est ce que j’ai fait au bon dieu pour mériter ça ! Il tente un : « attrape la sangle de mon sac », ce que je refuse. Non mais ça ne va pas la tête, il ne va pas me trainer quand même au sens propre comme au sens figuré… Au bout de quelques montées qui me laissent exsangue et à bout de souffle, je sens une main qui attrape la mienne et qui me propulse littéralement en haut de la montée. GI Joe vient de faire son apparition devant mes yeux !!! Mais bon sens où trouve t il cette force ? Je ne bronche plus, je me laisse faire… J’ai tellement la trouille qu’il me laisse là toute seule, comme une pauvre fille que je suis que je n’ose protester de toute façon. Mon orgueil en prend un sacré coup et le pauvre n’est qu’au début d’un match de boxe qui va le mettre complètement KO…
Nous apercevons une frontale au loin et nous savons déjà qu’il s’agit de Christophe. Il prend le train en route et c’est à 3 que nous tombons sur le CP 10, à savoir le 4x4 de Jean Pierre qui est là pour nous ravitailler. Il va falloir se contenter de ça pour reprendre un peu de force. J’ai signalé à Thomas que j’avais surement une nouvelle ampoule et il décide de regarder ça tout de suite. Ce qu’il y a de bien avec le garçon c’est que vous n’avez pas du tout envie de contester les ordres… Je regrette juste une chose : qu’il n’y ait pas eu de caméra pour immortaliser la scène… Je suis là, à moitié allongée sur le fauteuil avant de la voiture, la jambe tendue dans le vide, avec un Thomas, la seringue entre les dents qui tente de m’injecter de l’éosine dans mon ampoule. Un grand moment de médecine d’urgence… Jeau Pierre, le responsable du CP aura ces mots : « je vous laisse, on est en train de faire une césarienne sur mon fauteuil ! ».Et comme il adore ça, il va faire de même sur les pieds de Christophe qui n’en demandait pas temps. Mon sac se prendra une giclée d’éosine et nous repartons. Il est totalement déchainé et bien décidé à me mener un train d’enfer. Je me demande s’il ne veut tout simplement pas avoir la paix en me faisant courir dans les descentes, ayant constaté qu’à une certaine vitesse, je ne parle plus…

Je suis tétanisée dans les descentes persuadée que je vais me casser une cheville à tout moment, mais je tente de suivre tant bien que mal le rythme. Nous perdons Christophe dans la bataille et c’est reparti pour le duo infernal. Une seule question va me tenir éveillée : « mais il est où ce foutu CP11… ».

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Georges et Franck qui étaient juste derrière nous


CP11 à CP12 : un petit morceau de paradis

Après avoir maudit le road book, ce foutu GPS, la terre entière enfin le CP11 est là et Florian fidèle gardien du temple nous accueille.

Florian

Franchement si je n’avais pas autant senti mauvais, je crois que je l’aurais embrassé le garçon ! Son campement est rangé à perfection, les tentes parfaitement alignées, on a l’impression qu’il a balayé le désert avant notre arrivée… Il nous propose de l’eau chaude, je vais boire un thé pour me réchauffer et foncer sous la tente pour dormir un peu. Il doit nous réveiller à 1h de mat pour que nous puissions repartir au plus vite. Je plonge dans le duvet prenant juste le temps d’enlever mes chaussures. Je suis totalement immonde, couverte de poussière, mon collant noir est devenu marron mais je m’en fous, je veux juste me poser un peu et dormir. Ah ça elle est loin la blonde accro à sa french manucure c’est moi qui vous le dis ! Thomas plonge très vite à mes côtés et ça tombe bien il ne va pas entendre mes dents qui claquent… C’est reparti pour un tour, je transpire, j’ai froid alors que je suis brulante, ce n’est pas encore maintenant que je vais pouvoir dormir. J’essaye tant bien que mal de ne pas le déranger et dieu merci je constate avec bonheur qu’il ne ronfle pas ! Alors que j’ai le sentiment que je viens de fermer l’œil depuis une seconde j’entends Florian qui toque à la porte de la tente. « il est 1h ». Pitié, mais je viens de m’endormir !!! Dieu merci le duvet voisin grogne un « tu peux nous réveiller à 3h » et replonge. Le grand tout puissant a entendu ma prière, je vais avoir le droit à un répit supplémentaire. Je ne sais pas si j’ai vraiment dormi mais en tout cas je me suis assoupie. Florian revient nous réveiller et là il faut bien se décider à bouger. Je suis confinée dans un coin de la tente en position fœtale pour tenter d’oublier mes douleurs et Thomas a profité de la situation pour annexer les ¾ de l’espace vital. Une heure de plus de sommeil et je crois bien qu’il me virait de la tente ! Nous allons émerger doucement, prendre un semblant de petit déjeuner, l’air totalement hagard et repartir. Je serais bien curieuse de savoir ce que Florian a pensé de cet équipage improbable repartant titubant dans le désert par une nuit noire même pas assez froide pour nous réveiller…
Le soleil se lève et j’en viens à espérer que sa lumière va me tenir un peu plus éveillée. Au lieu d’admirer les paysages qui s’offrent à nous j’ai le droit à un, tenez  vous bien c’est véridique : « t’es vraiment pas belle ce matin ! ». Allez tiens prends ça… Y a pas à dire, le garçon sait parler aux femmes. Je tente de protester un peu et là la transahariana devient un raid multisport où la Belgique va tenter une remontée en kayak des plus pathétiques, ramant tant bien que mal avec des « non mais ce n’est pas ce que je voulais dire », « c’est juste que tu as vraiment une sale tête ce matin ». Allez vas y, enfonce toi, coule un peu plus profond, la traversée du désert se transforme en « Grand bleu »…

Direction le CP12 avec la traversée d’un village assez surréaliste je dois bien l’avouer. A l’entrée un terrain de foot clos, parfaitement entretenu avec panier de baskets à terre nous rappelle qu’il y a une vie ici et qu’elle n’est finalement pas aussi éloignée de la notre. Nous avançons toujours, puisant au fond de nous même le peu de force qui nous reste pour en finir. Je me refuse à envisager l’abandon maintenant et même à réfléchir à la situation. Si je le fais, je sais que c’est la fin des haricots. Thomas aussi a des coups de moins bien et heureusement parce que cela me rassure un peu sur sa nature humaine ! Nous courrons dans les descentes, dès que le relief nous le permet. Nous marquons des pauses de temps en temps à l’ombre d’un acacia. Quand j’y réfléchis bien, nous avons finalement assez peu parlé, nous n’avions pas besoin de ça pour comprendre quand l’autre allait moins bien. Il était là devant moi, solide comme un roc et je me contentais de le suivre, sans me poser plus de questions. Le CP12 est là et je vais pouvoir souffler un peu…

CP12 – l’arrivée : qu’est ce qui fait pleurer les blondes ?

Ce qui est vraiment étonnant dans ce type de course c’est le renversement de situation en une fraction de seconde. Vous quittez un CP plutôt mieux que prévu, vous avez refusé de regarder vos pieds, restons dans le doute ça vaut mieux, et l’arrivée vous parait à portée de runnings et pourtant… Comme GI Joe a lu sur le road book que la piste était roulante, il a donc décidé que nous allions courir, enfin pas tout le temps mais dès que cela serait possible pour arriver le plus vite possible au campement et ainsi éviter les heures chaudes de la journée. En théorie je vous le concède, l’idée parait plutôt bonne, en pratique ça va être une autre histoire. Allez savoir pourquoi, alors que l’arrivée se fait de plus en plus proche et que cela sent l’écurie, je vais de plus en plus mal. Le coup de grâce sera donné par une simple phrase « il reste 12 km ». Il me ment à ce moment là d’ailleurs mais là n’est pas la question. Ces simples mots vont être le début de sanglots longs des violons de l'automne qui blessent mon cœur d'une langueur monotone. Une vraie crise de larmes comme je n’en avais pas connu depuis longtemps et d’autant plus perturbante que je n’aime pas m’offrir en spectacle devant quelqu’un que je connais depuis tellement peu de temps… Franchement à sa place, je me serais poussée dans le fossé !!! Mais il n’en fait rien et GI Joe se transforme en Monsieur Freud. Il va me parler, me rassurer, trouver les mots même si cela ne suffira pas à calmer mes larmes. Elles reviendront m’étouffer à plusieurs reprises sans réelle raison. Les nerfs lâchent, les barrages cèdent, les masques tombent… On dit souvent qu’on revient changé d’une course dans le désert, sincèrement je ne le sais pas encore. Ce que je sais c’est que ce type d’aventure, vous poussant à bout physiquement, réveille des fantômes endormis, ouvrent des portes de placard que pourtant vous tenez fermées de toutes vos forces. Il n’y a plus rien pour vous cacher, vous êtes juste mise à nue au sens psychologique du terme et il faut être prête à vivre ça. A partir de ce moment, cela ne va même plus être notre course, cela devient sa course, son objectif : m’amener à bon port. Je cède sous la pression, tout simplement incapable de faire autrement et j’attrape la sangle de son sac. Il va me trainer sur des km n’entendant de moi que des sanglots qui se calment par moment. Il me fait boire, m’arrose régulièrement, j’ai totalement débranché… Au bout de quelques km, surement fatigué de m’entendre pleurer, il me met son lecteur MP3 sur les oreilles et je vais vivre une expérience des plus étonnantes, une course avec une bande son qui n’est pas la mienne. Il y a des images de cette épopée totalement surréaliste puisque le véhicule de l’organisation avec à son bord le photographe va nous doubler et nous ravitailler en eau. Je les ai revues et vous les verrez un jour ayant donné mon accord pour la diffusion après avoir refusé dans un premier temps. Elles ne sont pas faciles à regarder pour moi mais elles sont ma réalité, il faut les accepter telles qu’elles sont. L’oued de l’arrivée va me paraître interminable comme de bien entendu. Nous récupérons au passage Isabelle qui était sur le 130 et qui nous a attendu pour finir avec nous. La pauvre a passé 1h30 à nous attendre… Quand enfin j’ai vu la ligne d’arrivée, je ne pouvais même plus pleurer, même pas de joie, j’avais tout donné au désert qui va refleurir bien avant la saison des pluies…

Enfin nous sommes là, au campement et je n’arrive pas à réaliser que c’est enfin fini. Thomas trouvera très malin de vider ses gourdes sur moi mais je me vengerai un peu plus tard en m’occupant personnellement de l’arrachage des élastos qu’il avait mis sur ses épaules et dans son dos…

Ce qui est dingue c’est qu’à aucun moment pourtant je me suis dit : « plus jamais ça ». J’ai pris conscience d’erreurs de débutante que j’avais pu faire mais jamais je n’ai envisagé que ce soit ma dernière expérience. Je crois que je suis définitivement atteinte !!!

Comme vous avez pu le constater, je n’ai pas parlé ou très peu des autres coureurs. Ce type de course est très personnel et j’aurais eu l’impression de m’approprier leur propre histoire, ce que je ne souhaitais pas. Parler de l’abandon d’un tel, du malaise d’un autre ne regarde que lui-même et je ne souhaitais pas forcément en faire état, comme je ne souhaitais pas que quelqu’un d’autre que moi raconte ma version de ma course. Ce n’est donc pas un oubli, juste une marque de respect pour cette communauté d’hommes et de femmes hors du commun que j’ai eu la chance de côtoyer pendant quelques jours et qu’il me tarde déjà de retrouver.

Merci à tous, coureurs, bénévoles, à Cyril bien sur de m’avoir accueilli parmi vous. Une chose est sure : l’équipe de bénévoles qui nous a accompagné tout au long de cette aventure est absolument extraordinaire. J’ai toujours vu un sourire, un mot gentil, une attention quelque soit l’heure du jour et de la nuit, et croyez moi ça compte plus que vous ne pouvez l’imaginer.

Merci plus particulièrement à Cristelle, mon ange gardien du CP4 et à Florian.

Merci à toi Thomas, tu m’as laissé sans mot et ça c’est plutôt rare chez moi !

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Mes 2 anges gardiens !!!

Quelques portraits de mes nouveaux amis avec lesquels les aventures ne font que commencer et dont vous entendrez surement reparlé un jour !!!

Antonio

Antonio qui est venu du Mexique

 

Jaume

Jaume, venant de Catalogne, que je retrouve dès fin avril et qui est second sur le 260 km

 

Cyrus

Cyrus, venant de Suisse, qui m'a refait pleurer à son arrivée... Lui aussi sur le 260

 

   

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