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Les 100 km de Millau, une course pour blonde... Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par admin   
29-09-2008
Pourquoi ce titre provocateur ? Parce que franchement s'il y a bien une course où il faut totalement déconnecter son corps de son esprit et arrêter de réfléchir c'est un bien un 100 km !

D'abord la genèse : comment me suis retrouvée vendredi dernier à Millau ? Je cherche depuis 2 jours et je suis incapable de me rappeler quand cette idée m'est venue en tête. Je me souviens très bien quand on m'a parlé la première fois de cette course légendaire mais comme à l'époque je n'envisageais le marathon qu'à très long terme, je dois bien reconnaître que cela m'était un peu passé au dessus de la tête. Je m'étais juste dit : « faut quand même être complètement cinglé pour courir 100 bornes comme ça sans s'arrêter... ». Mais bon le ver devait être dans le fruit puisque j'ai fini par m'inscrire !

En fait je suis partie d'un principe simple : j'ai la prétention, l'ambition, appelez ça comme vous le voudrez de courir un jour le marathon des sables. Tout cela a un coût et comme il est difficile de savoir si on est capable de résister à ce type d'épreuve, j'ai décidé que je ne partirai que lorsque je serai capable de faire Millau sans accompagnateur (vélo j'entends).

Vendredi arrivée à Millau vers 16h30 grâce à Cunégonde, ma GPS, qui pour une fois ne m'a pas fait tourner en bourrique autour des ronds points. Elle doit sentir que ce n'est franchement pas le moment. J'arrive à l'hôtel et là ça commence... « Mme Bertin vous dites ? Désolée je n'ai pas de réservation à ce nom Madame... ». Qu'est-ce que je fais ? Certes elle reste souriante mais là franchement je n'ai pas envie de rire du tout !!! Elle replonge sur son écran après que je lui ai fait mes yeux très très méchants que quand je les fais même mes enfants m'obéissent, c'est dire. Et là miracle : « ah désolée, vous êtes enregistrée à Mme Vertin ! Mais vous n'avez réservé que pour 2 nuits ». C'est sur j'adore Millau mais je ne compte pas non plus m'y installer ! « Non c'est parce que vous avez beaucoup de bagages alors je voulais juste vérifier ». Avant de l'étrangler avec mes lacets de runnings, je chope ma clé et je grimpe dans ma chambre. Il faut bien l'admettre, la chambre est grande et j'ai une vue superbe sur la ville. Mais bon je ne suis pas là pour traîner, j'ai un dossard à récupérer. Direction le parc de la Victoire (tout un programme...) soi disant à quelques centaines de mètres. Inutile de vous préciser que bien sur je me perds...Je finis par tomber sur un groupe qui vu leur allure ne peut qu'aller au même endroit que moi. Au fur et à mesure que je me rapproche de la salle, je me demande ce que je fais là. Est-ce bien raisonnable ? Et si ma cheville me lâche ? Et si je m'étais montrée un peu trop ambitieuse cette fois ci ? Après tout rien ne m'oblige à y aller. Je n'aurais qu'à dire que j'ai été foudroyée par une crise de palu ni vu ni connu je t'embrouille... Bon je suis devant la petite dame qui remet les dossards et je n'ai plus le choix : « 41 ! ». Je m'accroche à une idée : j'ai donné mon numéro de licence mais je n'ai pas reçu la nouvelle. Je n'ai que la copie de mon certificat et avec un peu de chance ils ne vont pas en vouloir. Là je pourrais dire : « c'est pas ma faute ! C'est la faute à la FFA et ces fichus règlements. Ah l'administration... ». Je tente un : « c'est bon vous n'avez besoin de rien ? ». « Non non votre dossier est complet. ». Et mince... Je peux alors tenter une fuite discrète puisque personne ne m'a encore vu et là re-pas de chance j'entends un : « salut tu vas bien ? ». Surgit derrière moi Olivier que j'ai rencontré sur le semi-marathon de Boulogne Billancourt. Il était lièvre en 1h45 et portait fièrement son maillot du marathon de NY qu'il venait de courir lui aussi. Autant dire que le sujet de conversation était tout trouvé. Nous nous sommes retrouvés par hasard au marathon du Médoc et donnés rendez-vous à Millau où lui aussi venait tenter l'expérience pour la première fois. Eric est arrivé par là dessus et j'ai compris que c'était fini. Plus le choix ma grande, tu l'as voulu, il va falloir y aller...

Je me rassure en me disant que tout va bien se passer, j'ai le dossard n° 41 et comme 4 -1 font 3 (ouaih je sais mais j'ai eu 16 en maths au bac quand même...) et que 3 est mon chiffre porte bonheur, ça va le faire. C'est pathétique, on s'accroche à n'importe quoi par moment.

Retour à l'hôtel pour attendre tranquillement le reste de l'équipe courir au féminin à savoir Mireille et Brinouille les accompagnatrices de choc et Nenni bien sur.

Nous dînons tous ensemble ce qui fait avec le groupe de Mireille un repas plus proche de celui d'un mariage que d'une veille de course et bien sur les ennuis continuent. Le téléphone sonne et j'ai déjà un mauvais pressentiment. Ça ne loupe pas : « Paul vient de s'ouvrir le front, c'est bien entaillé qu'est ce que je fais ? ». Je vais suivre les pérégrinations de mon petit dernier par téléphone interposé et franchement là je suis mal. Quoi faire ? Le pronostic vital n'est pas engagé, il n'a pas eu de point, juste de la colle. Je rentre dans ma chambre d'hôtel le moral dans les chaussettes. Mais qu'est ce que je fous là bon sens ??? Je décide de me suicider au mini bar... Y a pas plus morbide que le suicide par mini bar dans une chambre d'hôtel à Millau... Sauf que je suis dans un hôtel Ibis et qu'ils ont enlevé les mini bars... Me rappeler la prochaine fois de choisir un hôtel avec ce qu'il faut. Je fais le tour de mes nombreux sacs et je n'ai à me mettre sous la langue que de la St Yorre sport... dans le genre on fait mieux. J'envisage un instant un rail d'Isostar histoire de commencer la drogue tant que j'y suis mais là encore je doute sérieusement du résultat. Du coup je m'endors, épuisée par toutes ces émotions.

Réveil à 7h tranquille et après une douche rapide direction la salle du petit déjeuner. Je vais impressionner Mireille avec mon cake de gatosport au chocolat moelleux à souhait. Un thé, mes vitamines et c'est parti. Rendez-vous est pris avec Olivier et Eric pour le départ. Nous avons à peu près les mêmes temps théoriques soit du 10km/h sur le premier marathon et officiellement du 9km/h pour moi sur la 2° partie avec les fameuses cotes à gérer. C'est marrant de revoir le film du départ, je n'imaginais pas qu'il y avait autant de coureurs devant nous. Les accompagnateurs sont partis devant et attendent les coureurs au premier village. Ce qui est vraiment étonnant c'est que personne ne se presse !!! Je n'ai jamais vécu un départ de course pareil. Nous sommes là plutôt tranquille conscient que de toute façon une minute de plus ou de moins ce n'est pas grand-chose... Je cours avec Olivier et Eric vitesse papotage. J'ai plus l'impression d'une sortie longue cool que d'un 100 km. Les vélos sont déjà là et je dois dire que c'est vraiment très impressionnant. On voit la différence entre ceux qui ont déjà tenté l'expérience, les débutants, les copains qui ne réalisent pas encore dans quoi ils s'embarquent, qui ont dit : « ok je t'accompagne ! » sans vraiment réaliser qu'ils auraient eux aussi à pédaler pendant 100 km sur des côtes mémorables. Il y a tellement de monde que j'ai presque l'impression d'être dans une course cycliste... L'accompagnateur d'Olivier surgit et alors là pas de doute ils ont préparé le coup ! Une caisse devant, une caisse derrière, les drapeaux pour égayer tout ça et pour compléter le tableau il y a même la musique !!! Je ne vois pas Brinouille avec le monde mais je sais qu'elle attend son héros du jour.

Notre trio ne va pas tenir très longtemps et je perds mes camarades beaucoup plus rapides que moi. Je dois avouer que j'ai un peu peur de ce qui va arriver derrière alors je reste sur mes gardes, j'en garde sous le pied comme disent les pros... Bon bien sur je ne vais pas rester toute seule très longtemps et mes 2 nouveaux compagnons de route s'appellent Laurent et Benoît. Pas besoin de faire les présentations pour moi, Running Attitude est passé par là... Ils sont tous les 2 à leur 3° expérience, autant dire que je vais les écouter consciencieusement. Le parcours est de toute beauté en tout cas mais le premier qui me redit qu'il faut en profiter parce qu'il est plat je le noie dans un seau de gatorade !!! Il y a déjà de jolies petites côtes mais il faut avouer que comme tout le monde est plutôt tranquille, elles se montent gentiment mais sûrement. Les ravitaillements aussi sont tranquilles. De toute façon les gobelets limitent sérieusement les velléités des coureurs ! La chaleur monte doucement et les heures vont être longues : pas question donc de négliger l'hydratation sous peine de le payer durement plus tard. Ce qui est complètement dingue c'est que ce premier marathon va passer comme une lettre à la poste alors que je vais mettre 4h45 à le courir !!! Il faut dire qu'on papote, on se raconte nos faits d'arme comme de vieux combattants de la course à pied que nous sommes. Nous n'en sommes à pas comparer les traces de nos vieilles ampoules genre « celle là c'était NY 2007 et ça c'est Paris 2007, tu te souviens la canicule... » mais c'est tout juste ! En tout cas une chose est sure, ils sont unanimes tous les 2 : après Millau les côtes il faut les marcher si je veux aller au bout.

Mais nous ne parlons pas que souvenirs de course à pied, vous voulez une histoire de blonde ???

Allez une petite pour la route :

C'est une blonde qui rentre dans une librairie et qui s'adresse à une autre blonde vendeuse dans ce magasin.

  • - bonjour je cherche un livre s'il vous plait?
  • - bien sur quel auteur?
  • - oh 20 centimètres environ...
  • - Vincent comment vous dites?

Vous voyez qu'est ce qu'on se marre sur un 100 bornes !!!

Nous arrivons à Millau où les marathoniens nous quittent et où nous les forçats de la route repartons. Je croise Eric qui repart alors que j'arrive à peine. Il me propose de m'attendre mais je lui conseille de partir. Je n'ai aucune idée du temps que je vais perdre et je ne veux pas le pénaliser (le pauvre il ne sait pas ce qui l'attend !!!).

Je perds mes copains d'un jour, je bois un peu, je me rince le visage et c'est reparti pour un peu plus de 58 km et la fameuse première cote sous le encore plus fameux viaduc. Comme je suis seule je dégaine le lecteur MP3 qui n'a pas encore servi. Je veux me donner un rythme pendant cette marche forcée et la musique m'aide généralement. J'ai beau être dans de superbes paysages, je suis dans ma musique, dans ma course. Je suis Jennifer Lopez dans le stade de Los Angeles le jour de l'ouverture des JO et je danse une salsa endiablée devant des millions de téléspectateurs. Je suis Gywneth Paltrow et mon mari Martin m'a composé une chanson rien que pour me donner envie de me lever le matin en me disant que la vie est belle. Je suis Vanessa Paradis et dès que je te vois je sais que c'est toi... les kms défilent et la descente est là, je lâche les chevaux, je revis un peu en me disant au fond de moi-même que je serai là dans plusieurs heures à marcher si tout va bien. J'arrive au 50° km et son ravitaillement. C'est une salle où on commence à sentir que la souffrance va vraiment être une partenaire quasi incontournable de mes compagnons de route. J'en profite pour aller aux toilettes et je découvre l'ampleur des dégâts. Ce qui était fini depuis 24 h est reparti de plus belle et je maudis ma condition de femme non ménopausée tout en louant Skins d'avoir pensé à faire des collants noirs opaques et pas blancs... De toute façon je n'ai rien pris, il va falloir faire avec... En sortant j'aperçois Eric sur une chaise. Honnêtement il n'a pas l'air au top. Il souffre des pieds qui le brûlent et le moral s'en ressent. Je lui propose de repartir avec lui et il abandonne la podologue pourtant charmante pour me suivre. Nous voilà repartis sur la route contents de nous être trouvés, enfin là je parle pour moi ! Ravitaillement suivant non seulement je bois mais je plonge mes bras dans des bassines d'eau glacée qui me font le plus grand bien. Les manchons sont trempés et je vais les remonter pour un petit répit de fraîcheur. Il fait un peu chaud et j'ai déjà des coups de soleil super esthétiques... Pour la première fois j'ai des brûlures sous les bras, chose qui ne m'était jamais arrivé à ce jour. Le mélange du sel de la transpiration sur les coups de soleil commence à devenir vraiment gênant. Mais là Super Eric intervient !!! Il sort de sa ceinture de ravitaillement un tube (pas un petit, plutôt le genre familial...) de crème anti-frottement. Je bénis le ciel et lui par la même occasion. Je me tartine sous les bras tout en courant et c'est reparti. Y a pas à dire c'est sexy la course à pied... Les kms avancent doucement mais sûrement et au 60° je me dis : « chouette il ne me reste qu'un marathon !!! ». Je suis complètement cinglée ou quoi ???

Bon bien sur les ennuis continuent quand même. Alors que je n'avais pas eu spécialement de douleurs jusqu'à présent je me retrouve foudroyée par une crise cardiaque et une crise d'appendicite en même temps. Question appendicite, ok je ne l'ai plus donc il faut chercher autre chose. Pour le cœur, là c'est plus gênant. Je suis tout simplement incapable de courir et je suis obligée de m'arrêter net. Eric se sacrifie et reste à mes côtés. Je ne sais pas ce qui se passe mais à chaque tentative de reprise la douleur revient. J'ai l'impression de ne plus pouvoir respirer. Ok c'est bon je dégrafe le soutien gorge. De toute façon ce n'est pas 40 km à l'air libre qui vont les faire tomber. Pour tomber il faudrait encore en avoir de toute façon... Dès que je fais ça cela va un peu mieux. Pour le ventre je masse, je pense à autre chose, bref, je cours quand même, pas vite certes mais je cours tant bien que mal.

Le plus dur moralement c'est que c'est le moment que choisissent les élites pour faire leur apparition ! Alors que moi je tente de rejoindre Saint Affrique tant bien que mal, eux sont là déjà en train de repartir vers Millau. Ils ont l'air bien en plus ! Bon je me rassure en me disant qu'il n'y a toujours pas de femmes à l'horizon, que de toute façon, celles qui courent cette distance en un peu plus de 8 h sont petites, moches, toutes sèches, bref je fais ma langue de pute. Jusqu'à ce qu'elles arrivent... Là Eric éclate de rire : un avion à réaction !!! Le genre canon de beauté brune, une fille superbe, souriante, à peine marquée... Je la déteste !!!

Arrive le meneur d'allure des 10h, un peu seul lui aussi. Je lui propose gentiment de faire demi tour pour l'accompagner et lui tenir compagnie, le pauvre on ne peut pas le laisser tout seul comme ça. Jusqu'où va mon sens du dévouement quand même... Bon Eric est là pour me surveiller et me rattrape au vol. Apparemment ma stratégie de fuite ne fonctionne pas et mon salut passe par Saint-Affrique. Nous allons croiser Olivier qui lui aussi redescend toujours suivi par son fidèle compagnon, il a l'air bien, prêt à réaliser un exploit pour son premier 100 km, une vraie formule 1 de la course à pied ce garçon (ok il n'y a que lui qui va comprendre...). Nous alternons course et marche suivant la méthode cyrano et nous finissons par enfin apercevoir cette fameuse ville qui vaut les bonnes blagues de cent bornards (décidément de grands comiques qui s'ignorent !) et leur fameux « c'est encore loin l'Afrique ? » « oh juste 1500 km et tu y es... ».

Le ravitaillement est dans une grande salle et nous pouvons récupérer nos sacs qui ont fait le voyage jusque là. Je suis sensée récupérer ma lampe frontale et mon pull pour la partie nuit de la course. Eric a prévu un changement de tenue complet avec dégainage de la tenue skin de compet et même pique nique au gatosport. Moi je suis allongée par terre les jambes au mur et franchement je n'en mène pas large. Là arrive mon pire cauchemar : le meneur d'allure des 13h ! Mais qu'est ce qu'il fout là lui ??? Normalement il devrait être beaucoup plus loin derrière moi, ça ne va pas du tout ça. Je bondis sur mes 2 pieds (non je rigole !!! c'est une image bien sur) et je me précipite à la vitesse d'un escargot traînant non pas sa maison mais un lotissement tout entier vers Eric. Il n'est pas prêt à repartir et je ne réalise pas vraiment le temps qu'il va mettre à se préparer. Le meneur Stéphane m'a déjà dit qu'il repartait en marchant puisque nous avons une côte très vite en sortant de la ville. Là je vais faire un truc abominable que je ne me pardonne toujours pas vu la suite des évènements mais je vais partir sans Eric. Je m'en excuse publiquement aujourd'hui. Je crois sincèrement que mon sang n'irriguait plus que mes jambes parce que je ne comprends toujours pas pourquoi j'ai fait ça encore aujourd'hui. Je savais qu'il réussirait à me rattraper et c'est ce qu'il a fait mais franchement je n'étais pas à 5 min... Enfin bon je ne vais pas refaire ma course éternellement et je pars, mal à l'aise mais je pars. Je suis tellement mal au fond de moi-même que je meuble mon mal-être en parlant, beaucoup trop au goût de certains (dixit le meneur d'allure) et au bout de 5 min j'ai pris ma décision. Au prochain ravitaillement de toute façon je m'arrête et j'attends Eric. Tant pis pour mon objectif, je ne peux pas finir toute seule de toute façon, je suis trop mal. Et puis tout à coup j'entends sa voix, il nous a rattrapé ! Je n'ose même pas imaginer le train d'enfer qu'il a du mener pour être là à nos côtés, surtout après tous ces kms mais il est là et je peux courir tranquillement. Il fait semblant de ne pas m'en vouloir et nous continuons tranquillement notre route. Nous croisons pour notre plus grand bonheur Nenni et Brinouille totalement déchaînée sur son VTT qui descendent vers Saint Affrique. Mais où trouvent ils leur énergie ??? En tout cas ils ont l'air biens et je suis rassurée.

Et nous aussi nous sommes bien au fait : la preuve nous allons quitter notre groupe des 13h pour nous envoler dans la descente, la même que j'ai monté si durement tout à l'heure. La nuit commence à tomber et de toute façon maintenant je n'ai plus le choix je dois rester avec Eric, il est le seul à avoir une lampe frontale... J'ai décidé de ne pas prendre la mienne et je n'ai même pas pris de pull. Je prie pour que la température ne baisse pas trop vite.

J'ai l'impression d'avoir volé mais en fait pas tant que ça. Nous arrivons au ravitaillement suivant, alors que j'ai à peine posé mes fesses sur une chaise accueillante que Stéphane, le meneur d'allure,  décidément ange des ténèbres aujourd'hui ressurgit. Mais ce n'est pas vrai à la fin, je ne vais pas réussir à le semer ce mec là. C'est bien la première fois que je n'aime pas qu'on me coure après !!! Il prévient Eric : si nous voulons passer sous les 13h, il ne faut pas tarder, il est pile dans les temps de passage. Je ne sais pas où je trouve la force mais nous repartons de plus belle et replonger dans la nuit qui devient noire alors qu'il faisait si bon dans cette salle demande une volonté de fer. Nous alternons toujours marche et course et j'ai délégué la gestion du temps à Eric. De toute façon mon GPS est planté ! Je ne fais que râler en trouvant que ses 9 min à lui sont plus longues que les miennes...

C'est étonnant de courir la nuit comme ça. On perd la notion du temps, des lieux. Il est vrai que nos organismes souffrent depuis 10h ce matin quand même. Je n'ai mangé qu'une tranche de pain d'épices (et encore en 2 fois !), 2 barres énergétiques et 2 gels. J'ai bu des litres de coca, un peu d'orangina (c'est bien la première fois que je vois ça sur une course mais là tout d'un coup j'en ai eu envie), bu du glucose de temps en temps, de la saint Yorre, bref du grand n'importe quoi. On me présageait une envie irrésistible de salé au bout de 70 km, il n'en fut rien. Bec sucré je suis, bec sucré je resterai !!!

Dernier arrêt avant la fameuse dernière côte et de nouveau il faut quitter une salle chauffée qui ressemble quand même un peu à un hôpital de brousse. J'aperçois des pieds qui doivent bien se demander ce qu'ils ont fait pour mériter ça, des visages fermés, tout le monde souffre. Les accompagnateurs sont eux aussi épuisés par une journée à freiner pour se mettre aux rythmes des coureurs. D'ailleurs plusieurs ont quitté leur vélo pour marcher eux aussi dans la côte. Nous repartons Eric et moi, motivés comme jamais. Je ne cours plus à côté de lui mais derrière lui. J'ai besoin de le voir, de le suivre. En fait je suis totalement déconnectée de la réalité. J'ai débranché mon cerveau... Le premier qui fait une réflexion je l'étrangle avec mon carré hermès !!! J'ai appelé Ken pour le rassurer (le pauvre je l'ai laissé sans nouvelles pendant des heures) : plus que 12 km. Qu'est ce que c'est 12 km ? Une petite sortie, rien de plus. Bon il y a une côte à grimper, mais qui dit côte dit descente derrière. Le viaduc est là, éclairé, qui recule au fur et à mesure que nous avançons. Honnêtement ça n'en finit plus. On se fixe des objectifs à court terme : « au rond point on redémarre ! ». Dès qu'un de nous dit : « on marche un peu », l'autre ne demande pas son reste et freine tout de suite. 95° km, le panneau est là, pas de doute maintenant nous allons finir. Normalement si tout se passe bien nous serons dans les temps. Le dernier ravitaillement avant la dernière ligne droite est là et nous le sautons d'un commun accord. Il reste de l'eau dans les gourdes d'Eric et nous allons tenir avec tous les 2. Arrive le panneau de Millau, ça y est la ville est là. La ville certes, mais l'arrivée n'en finit plus d'arriver elle aussi. Eric trouve la force de réveiller les quelques spectateurs qui sont encore là à nous encourager et je me demande encore où il a trouvé la force. Nous marchons entre le 97° et 99° km, trottinant de temps en temps. Je suis tellement terrorisée à l'idée d'être foudroyée par une crampe si près du but que je joue la prudence. Alors que j'ai l'impression qu'Eric me traîne, c'est moi qui redémarre au 99° bien décidée à finir triomphante. Je sais que nous serons sous les 13h mais je n'en peux plus, je veux finir. Je sens qu'Eric lui terminerait bien comme ça tranquille mais il me suit. Nous arrivons enfin dans le fameux parc de la Victoire, la salle est là toute proche et son fameux tapis rouge. Eric est tellement pressé qu'il part vers le bar qui tient lieu de ravitaillement final et c'est au vol que je le rattrape pour finir ensemble. 12h48 et 47 sec !!! Nous l'avons fini !!! Ca y est je suis cent bornarde. Je n'arrive absolument pas à réaliser et très franchement aujourd'hui encore je ne réalise toujours pas ce que cela représente.

15 jours avant j'avais trouvé le marathon du Médoc interminable et là je n'ai presque pas vu passer plus de 12 h de course...

Hormis 2 petits doigts de pieds qui sont des ampoules géantes je vais bien. Je n'ai pas connu le mur au 70° ou alors je ne m'en suis pas rendu compte ! Je m'excuse auprès de tous ceux qui m'ont écrit des SMS pendant la course pour mon silence. Impossible de répondre, j'étais dans ma course, déconnectée du monde extérieur en fait. Est-ce que j'ai douté sur le fait de finir ? N'y voyez aucune prétention de ma part dans ma réponse mais à aucun moment je n'ai douté. Le seul doute que j'ai pu avoir a été sur le temps que j'allais mettre, pas sur le fait de passer la ligne. Certes j'avais conscience que lorsque la blessure arrive tu peux faire ce que tu veux, tu dois te résoudre à l'abandon, je suis folle mais pas à ce point quand même.

J'ai un regret : ne pas avoir attendu l'arrivée de Brinouille et super Nenni. Je n'avais qu'une envie, prendre une douche. La transpiration en séchant laisse du sel à la surface de ma peau si blanche, si fine et si fragile (si je ne le dis pas personne ne le dira !!!). Arrivée à l'hôtel alors que le coca agissait encore et m'empêchait de dormir je n'ai pas eu le courage de repartir. Olivier a fait cet effort lui et m'attendait frais comme une rose alors que sa bouteille de cognac l'attendait aussi pour fêter son exploit.

Est-ce que je recommencerai un jour ? La réponse est oui. Je compte bien aller courir un 100 km plat histoire de voir ce que je vaux vraiment sur cette distance mais pas tout de suite. J'ai le temps et j'ai déjà pleins d'accompagnateurs tout trouvés en vélo ou en baskets !!!

Barbie

 
"A new semi marathonienne is born" par Gaelou Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par admin   
24-09-2008
 

Oh la la, rien que de le dire, j'ai encore du mal à y croire ! Et je suis trop trop fière et contente de moi (un brin d'autosatisafaction n'a jamais fait de mal à personne !). Vraiment l'impression d'avoir franchi un sacré cap et d'avoir gagné ses galons de coureuse, même si, Ok, c'est pas un marathon, encore moins un 100 bornes ou un ultra trail... Mais bon, c'est un bon début et le début d'une belle aventure !

Les gazelles vont peut être se marrer en me lisant, blasées (pffuttt, un semi, c'est peanuts) ou se remémorer avec émotion leur tout premier. J'espère surtout que les futures semi-marathoniennes (Nathou, Lavie, Japhy... et toutes les autres) oublieront un peu leurs doutes que j'ai, ô combien, partagé et s'aprêteront à vivre un moment magique de leur "carrière" de coureuse, avec peut être un peu moins d'appréhension. Et j'espère aussi que toutes les filles qui viennent de débuter et peinent encore à faire leurs 30' d'affilée auront en tête que tout est possible et que moi aussi, il y a un an, j'en ch..... avec mes tours de bassin en essayant de ne pas m'arrêter.

Parce que ce n'était pas gagné, l'histoire ! Plus le semi approchait et plus les doutes venaient me titiller ("Mais qu'est-ce qui m'a pris de m'emballer comme ça ?") parce que je suis plutôt du genre tortue, que je n'avais, avant le semi, que 3 courses à mon actif (un aquathlon avec 4,8 km de CAP, un 10 km et un 5,7 km), que la plus longue distance parcourue jusqu'alors était à peine supérieure à 14 km et que ma sortie longue la plus longue n'était que de 1 h 48. Sans oublier que mes premières courses ont plus ressemblé à un chemin de croix qu'à une partie de plaisir et que pour les 2 premières, j'avais vraiment trouvé le temps horriblement long ! Bref, pas gagné ! Et plus j'y pensai, plus je me disais que j'étais vraiment tarée et que ça n'allait pas le faire, mais alors pas le faire du tout ! Pensez donc, c'est comme si, après ma sortie longue la plus longue, je repartais sur un 2ème entraînement. J'évitai de trop m'appesantir là-dessus ! En fait, ma plus grosse trouille, c'était pas tant d'abandonner que de vivre une course atroce, un cauchemar interminable, qui allait me dégoûter à jamais de ce sport;

J'étais donc en parfaite condition à la veille de ce premier semi. Je ne vous raconte pas la dernière nuit de la condamnée, rongée par la trouille, à flipper entre 2 rêves délirants ! Surtout que je m'étais rendue compte avant de me coucher que je ne savais plus du tout où j'avais fourré mes épingles à nourrice... Bizarrement, un peu moins stressée le lendemain. Il faut se préparer, prendre le sacro-saint petit déj 3 h avant, mettre la tenue qui va bien (Tee shirt tout noir ou noir et blanc ?), vérifier que l'on a bien le mp3, la ceinture porte-bidon et tout le toutim, du coup, on oublie un peu son stress.

Je rejoins mon binôme aux Brotteaux. Nous partons à pied au Parc de la Tête d'Or en papotant. Le temps d'une petite pause-pipi, d'un dépôt de polaire à la consigne et le départ est déjà imminent. Nous sommes assez loin de la ligne de départ mais cela me va bien. Je sais maintenant qu'il va me falloir partir tout doux pour ne pas me griller et trouver mon rythme. Derniers encouragements ("Que la force soit avec toit !") et on branche la musique. Ca y est, c'est parti. On trottine, on stoppe, on repart mais finalement, on se met assez vite à courir. J file, il a pour objectif 1 h 45, moi, juste de finir en vie. Je pars tout doux en essayant de trouver la bonne vitesse, celle que j'ai ressenti la semaine dernière lors de ma sortie longue, en étant à l'écoute de mes sensations. Je ne me base pas trop sur mes puls qui seront à peu près stables pendant toute la course, entre 180 et 185 mais davantage sur la vitesse (merci mr Polar !) : j'ai évalué que du 9 à 10 km/h me convenait plutôt pas mal et c'est plus cette variable là que je surveille du coin de l'oeil !

Premier tour de Parc, juste pour s'échauffer. C'est après que les choses sérieuses commencent. Je repère devant un grand type tout sec, avec de bien belles bacchantes, des bretelles, une chaussette jaune et une rouge. Damned, ne serait-ce pas the famous pconvert ? Parce qu'un spécimen comme, ça, peut pas y en avoir deux ? Comme il est à quelques dizaines de mètres devant et que je suis concentrée sur mon début de course, je décide de ne pas faire l'andouille et de ne pas tenter d'aller le voir pour lui demander. Mais mine de rien (sache-le, pconvert, si c'est bien toi), la pensée de le savoir là, juste devant, me réconforte. L'esprit de courir-au-féminin est avec moi ! Il restera un bon moment en ligne de mire. L'esprit se manifeste aussi juste à la sortie du parc, quand on se dit que là, ça y est, c'est parti, quand je crois apercevoir Stella au bord de la route. Le temps que l'info arrive juste au cerveau, trop tard, je suis passée, mais là aussi, cela me donne la pêche (je ne te remercierai jamais assez, Stella, d'être venue nous encourager et d'avoir eu à supporter la vision horrible de 5 000 coureurs passant devant toi !).

En attendant, je suis top bien. Pas trop rapide, juste comme il faut, avec l'impression de pouvoir courir longtemps comme cela. En plus, j'ai trouvé des lièvres qui sont juste devant moi et qui le resteront jusqu'au 10/11ème km et me seront d'une grande aide pour réguler mon allure et me fixer sur quelque chose. Les premiers km passent assez vite. Le moral est bon. Contrairement à d'autres courses, je vois le verre à moitié plein et pas l'inverse en me disant "allez, un km de plus" et en essayant de ne pas penser à ce qu'il reste à faire. er ravitaillement. Ouille, mauvaise organisation, y'a plus d'eau (je sais que je ne suis pas très en avance, mais Breizh, qui finira 15' avant moi, rencontre le même pb). Heureusement, j'ai mes petites gourdes. Nous passons le premier pont après une montée (on nous aurait trompé sur la marchandise : j'avais cru comprendre que c'était plat de chez plat !). Là, petit coup au coeur mais superbe rencontre malgré tout : nous croisons l'élite qui sort de la Presqu'île pour entamer le retour sur les berges du Rhône (ils ont déjà environ 6 km d'avance !). Mon dieu je suis pas sûre que poursuivie par un grizzli, je cours aussi vite (de là à tenir 21,1 km, ce sont de véritables extra-terrestres !), je repère le dossard n° 1 de celle qui finira 1ère féminine : elle est superbe ! La joie et l'admiration en les voyant passer dépassent largement le découragement. Tout le monde se marre autour de moi de voir la différence de niveau... mais on est tous super impressionnés ! N'empêche que ça fout un tout petit peu les boules malgré tout !

On traverse la Presqu'île. 9a va toujours bien? Je maintiens mon allure, suit mes lièvres, écoute ma musique et ne me pose pas trop de questions. Déjà pratiquement la moitié du chemin parcourue. En 1 h de course, j'ai fait 9 km. Rien de transcendant mais bonne régularité, je suis en phase avec moi-même. J'augmente un tout petit peu la vitesse. 2ème ravitaillo : j'hérite d'une bouteille avec embout (chouette, moi qui m'en fout de partout et m'étouffe avec une bouteille "normale"). Le seul pb et que je n'arrive pas à l'ouvrir et m'acharne sur cette pauvre bouteille qui ne m'a rien fait. Du coup, la vitesse tombe, je m'énerve, perd mes lièvres... Zut ! Je me reprends, nous retournons sur la Presqu'île pour enquiller la célèbre rue de la Ré, passer devant l'OPéra et enfin regagner les berges du Rhône que nous ne quitterons plus jusqu'au retour sur le parc. Mes cuisses commencent à me faire souffrir à peu près au 12/13ème km. Je ne comprends pas pourquoi mais elles sont tétanisées (acide lactique, certainement, mais je ne comprends pas que ces douleurs musculaires se réveillent aussi tôt : merde, il me reste encore au moins 8 km à faire, déconnez pas ! PS : Si quelqu'un a la solution pour que cela ne se reproduise plus, ou beaucoup plus tard à l'avenir, je suis preneuse !). Ces douleurs ne me lâcheront plus jusqu'à la fin, elles m'accompagneront jusqu'à l'arrivée, rejointes par tout un tas de copines : ampoule sur le côté du pied, douleurs dans le bas du dos, un peu de  sacrum, un peu de sciatique, un peu de lombaire... y'a même un genou qui fait des siennes pendant 1', fausse alerte heureusement !

La vitesse baisse forcément et je suis nettement moins easy que tout à l'heure. J'essaie de ne pas me laisser envahir par les idées noires même si je me demande comment je vais bien pouvoir finir cette course ! Comme je l'escomptai, le fait de partir dans le sens inverse de l'arrivée sur les berges du Rhône n'est pas facile-facile pour le moral, d'autant que l'on croise les coureurs plus rapides dans l'autre sens et que l'on se demande quand on va bien finir par se remettre dans le "bon" sens, celui de l'arrivée. La tentation est grande de couper et prendre des raccourcis. Enfin j'y suis, allez Gaelou, c'est la dernière ligne droite. Plus que 6 km ! Je marche un peu au ravitaillos du 15ème km. Pas très charitable mais il y a quelques blessés au bord des berges en train de se faire soigner, des coureurs qui ont l'air complètement vaincus par des crampes ou des douleurs et je me dit que finalement, je tiens bon et que c'est déjà pas si mal ! C'est long ! Encore 5 km ! Allez, on passe en mode cerveau débranché et on se la joue Forrest Gump. On ne pense plus à rien. YYYESSS ! Encore 1 km de plus ! Et un autre ! J"ai mal partout ! On arrive au Parc, l'arrivée n'a jamais été aussi proche. Encore plus de 3 km. On se rapproche de l'arrivée, on y est presque et hop, on repart en sens inverse. Ambiance de course bizarre. Faut pas se leurrer, je suis dans le dernier tiers, voire les dernières centaines de coureurs et nous courons en ordre très dispersé, souvent touts seuls, au milieu des promeneurs, des gamins qui courent et font de la trottinette. C'est surréaliste d'agoniser dans ces conditions. Je crois qu'ils ne nous captent même pas, ils s'en foutent complètement. On est une bande d'éclopés qui essaient de finir tant bien que mal dans l'indifférence générale. Heureusement, nous croisons d'autres coureurs qui repartent après avoir fini leur course. D'un côté, c'est énervant et on les envie fortement d'en avoir fini, de l'autre, ils nous encouragent vraiment et cela fait un bien fou. On se dit que même si c'est dur, on y est ! Je me paie le luxe de me faire un petit programme de débutante : 1' de marche, 1' de course, 1' de marche.... mes jambes ne veulent plus rien savoir et je n'arrive plus à courir sans m'arrêter. On arrive ! Ligne d'arrivée en ligne de mire, je me remets à courir, hors de question que je la passe en marchant, cette ligne ! 2 h 21 à mon chrono, c'est enfin fini, je suis trop fière ! C'est que du bonheur !

Mon binôme a attendu que j'arrive. On échange 2 mots, il rentre chez lui et je pars à la recherche des filles du forum. D'abord Stella, puis tout de suite Anoucka et Breizh peu de temps après. Là encore, une chouette rencontre avec l'impression de déjà bien se connaître et d'être sur la même longueur d'ondes.

Globalement, le bilan est super positif. Mine de rien, j'en suis venue à bout et c'est déjà bien, ce n'était pas gagné ! Ensuite, j'étais à peu près raccord avec mon objectif avec une belle marge de progression vu tout ce que j'ai marché. Et même si à me lire cela ne paraît peut être pas évident, j'ai pris enfin du plaisir sur une course (si, si, je vous jure et je vous jure aussi que je n'ai aucune tendance masochiste !). Je n'ai qu'une envie : recommencer au plus tôt. Et ça tombe bien parce que j'enchaîne sur un aquathlon dimanche ! A côté du semi, les 2 km de course à pied vont me sembler trop trop faciles (bon, j'arrête de crâner parce qu'il va falloir être à donf' et que je pense en baver un peu quand même... mais pas longtemps, c'est l'avantage de l'exercice !).

Aujourd'hui, je comprends mieux la préférence de beaucoup de coureuses du forum pour ce format de course ! En revanche, le marathon me semble loin, mais loin !!!!

Allez, je finis par un gros encouragement à toutes les futures semi-marathoniennes : take it easy et ça va le faire ! Vous allez adorer, les filles !!!!!

 
Le marathon du Médoc vu par Ken Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par admin   
22-09-2008
Comme je ne suis pas a priori un « passionné » de course à pied, je disais toujours à Barbie : le seul marathon que je serais capable de faire un jour, c'est le Médoc.
A quoi elle me répondait : « c'est quand même incroyable ce qu'un Auvergnat est capable de faire pour picoler à l'œil ».

Bon, même si il y a un fond de vérité dans tout cela, je ne suis pas certain que ce calcul purement économique soit viable. Si on considère le trajet, l'hébergement ... vous pouvez déjà vous offrir quelques belles bouteilles à déguster tranquillement dans votre salon autour d'un bon saucisson d'Auvergne. Je vous conseille un petit St-Félicien tout à fait excellent avec un Haut-Médoc. (St-Felix est une petite bourgade de l'Allier proche de St-Pourçain, vignoble très apprécié au moyen-âge mais hélas un peu oublié depuis. A redécouvrir ...)

Flash-back sur le Medoc 2007 (ceux qui sont pressés peuvent sauter ce paragraphe absolument inutile à la comprehension de l'histoire)

L'an dernier, j'ai accompagné Barbie pour le Médoc car elle m'avait inscrit sans m'en parler. Je n'étais absolument pas préparé et je n'avais couru qu'une fois 30 minutes aux Baux de Provence pendant lesquels Barbie faisait des ronds autour de moi pour s'assurer que j'étais encore vivant et surtout pour rester à une vitesse minimale. Il parait qu'elle perd l'équilibre en dessous de 10 km/h. J'ai la chance d'être beaucoup plus stable qu'elle sur mes pieds et je n'ai pas besoin de courir aussi vite.
J'avais abandonné l'idée de participer au marathon. Au dernier moment, j'ai pourtant décidé de prendre le départ pour 10 kms, histoire de profiter de l'ambiance. J'ai foncé la veille chez D4 pour acheter une tenue de running. Le vendeur m'a regardé d'un air un peu inquiet quand je lui ai expliqué qu'il me fallait une tenue complète pour mon premier marathon qui était 24h plus tard. J'ai essayé en rentrant le cuissard et je me suis dit que cette tenue était vraiment ridicule. C'est un peu comme proposer à un ado de passer l'été en slip de bain au lieu de son short trop cool qui fait fantasmer les filles ...
Pas très sexy ... mais j'avais un déguisement de coureur idéal pour une première participation. Je pense que les autres participants n'ont pas apprécié à sa juste valeur mon costume.
Au 10e kilomètre, j'étais vivant et j'ai décidé de poursuivre jusqu'au semi. Il faisait chaud mais l'ambiance était géniale, avec un public très présent et aussi agité que les cinglés de marathoniens.
Il faut bien reconnaitre qu'au premier regard, ils sont totalement fous ! Avant de partir, ils ajustent leur cardio sous le déguisement, vérifient 10 fois leurs pulsations au moment du départ, comptent leurs petits tubes de dentifrices et les classent par ordre : au début il faut prendre un gel power start, ensuite on change de couleur. Quand on commence à avoir mal, il faut prendre des « coups de fouet ». Ceci confirme ce que je savais déjà : ils sont tous masos.
J'ai ensuite rejoint tranquillement la ligne d'arrivée en coupant à travers les vignes pour attendre les autres. J'ai passé plus d'une heure à regarder ainsi les arrivées.
C'était assez sympa même si le spectacle des coureurs pris de crampes ou qui tombaient à l'arrivée dans les bras des jeunes filles de l'équipe médicale m'inquiétait un peu. N'étant pas moi-même médecin, je me suis contenté des belles coureuses en indiennes qui arrivaient souvent bien plus en forme que les hommes qui n'avaient de toute évidence pas aussi bien géré la chaleur et la distance.
J'étais un peu frustré car je n'avais pas ma médaille comme eux et pas mes cadeaux ... C'est vraiment dommage, il me manquait vraiment pour vidanger ma voiture ce beau t-shirt bordeaux avec un cow-boy dessus. Je ne parle même pas de la bouteille de vin. En plus, avec leur hygiène de vie, les marathoniens ne devraient pas boire. Ils sont toujours en train de se remettre d'une course ou d'en préparer une autre. Ils auraient pu comprendre mon désarroi et me laisser leur bouteille, inutile pour eux mais tellement indispensable pour moi.
Tous ces efforts m'avaient donné soif. Heureusement j'avais acheté la veille quelques caisses de l'excellent breuvage préparé au château Fontesteau que je vous conseille vivement.
Je vous vois déjà interpréter mes paroles : Ken est alcoolique, on comprend mieux pourquoi Barbie court autant. Même pas ! J'ai réussi à le dissimuler au dépistage demandé par mon beau-père médecin qui avait probablement envie de vérifier sournoisement ma sobriété par une batterie de piqures, sous prétexte de vérifier mon état général. La seule chose qui ne va pas chez moi, c'est la tête et une prise de sang ne suffit pas.

Medoc 2008, le 24ème de la série

Depuis un an, pas mal de changement. Non je ne suis pas devenu sportif brutalement une nuit d'hiver trop arrosée. Mais Barbie a lancé Courir Au Féminin.
Depuis, même sans courir, je suis devenu un spécialiste de tout sujet majeur lié à la course à pied :
- Comment perdre les 2 kilos bloqués là, mais si là je te dis ... quoi tu ne les vois pas alors qu'on ne voit que ça ... évidemment tu ne me regardes plus !
- Est-ce normal que mon cœur batte aussi vite quand je croise un groupe de pompiers en short dans le bois de Boulogne, que ma foulée s'allonge, que mon buste se redresse et que j'ai brutalement un sourire béat pendant ces quinze secondes de bonheur (et d'apnée) ?
- La documentation de mon Polar fait 300 pages et en plus c'est écrit tout petit, Fred tu pourrais pas m'expliquer tout ceci en 10 lignes, tu serais un amour ?
- Et les filles si on se donnait rendez-vous pour courir et après on pourrait discuter pendant 3 heures autour d'un thé vert ?
- Et vous la jupette de chez D4, vous aimez ou pas ?
- Vous écoutez quel style de musique en courant ?
- Et si on faisait un concours de la meilleure recette de gâteau de running ?

Je plaisante mais j'ai appris beaucoup de choses en vous lisant alors que je suis incapable de passer plus de 2 minutes sur un site qui s'adresse aux pros de la course à pied. C'est un peu comme lire Voici ou Gala, on ne va pas l'acheter mais on est bien content de le trouver à la maison quand on prend l'apéro.
De la même façon, il n'y a pas beaucoup d'hommes inscrits sur Courir Au Féminin mais beaucoup de lecteurs. Pour ceux qui seraient arrivés ici par « hasard » et seraient en train de lire ce compte-rendu, l'heure est venue de faire votre coming-out !

Alors je me suis dit que pour avoir l'occasion de raconter une course sur votre site de filles, je devais courir en fille. Je suis donc devenu le temps d'un Médoc Barbie princesse aux cheveux roses et aux lunettes en forme de cœur. Par manque de préparation, j'avais oublié de m'épiler mes fines gambettes mais promis la prochaine fois je le ferai.

Ce qui est étrange dans une telle situation c'est que tout ce qui peut sembler un peu décalé ailleurs est banal pour le Médoc. Pour celles ou ceux qui en ont envie, tout est possible lors de cette course. Toutes les excentricités sont permises et on peut voir de tout. La plus vulgaire des panoplies est ici d'un chic incroyable. Tenir en laisse un soumis pendant 42 kms ne choque personne alors que celui-ci hurle sous les coups de fouet à chaque fois que l'on croise un peu de public (non il va très bien ce coquin de simulateur, je vous rassure). J'ai doublé le christ qui portait sa croix et j'ai même vu une bonne sœur qui a essayé de violer Jésus en criant merci mon dieu j'ai une vision. Quand je vous dis que ce monde est vraiment décadent vous pouvez me croire ...
En une journée, j'ai du échapper à une horde d'hommes de Cro-Magnon déchainés, j'ai suivi Obelix au milieu des vignes à la recherche de quelques centurions romains que l'on a trouvés, en ayant au passage croisé une série de dieux et déesses grecques probablement égarés. J'ai ensuite touché le pompon de quelques marins, je me suis envoyé en l'air avec de belles inconnues en uniforme juste descendues d'un rafale de l'armée de l'air, sous le regard désabusé de quelques prêtres bien éméchés. J'ai regardé sous les jupes fendues de quelques nones dévergondées, dansé au son des Beatles ou d'Elvis. Vous ne rêvez pas, le King est vivant je l'ai vu !

Je n'ose même pas imaginer ce que sera la 25e édition.

Pour l'anecdote, ce marathon fait aussi un peu plus de 42 kilomètres comme beaucoup d'autres et le parcours n'est pas aussi simple que son caractère festif peut le laisser penser. On s'amuse, on rigole, on déguste de merveilleux vins pendant toute cette balade mais les kilomètres sont bien là et marquent les visages de cette joyeuse équipe qui deviennent parfois un peu sombres sur la fin. Si vous voulez profiter pleinement des dégustations de jambon, d'huitres, d'entrecôte grillée au feu de bois, courrez un peu plus vite que moi pour échapper à la foule affamée.

Barbie me téléphone alors que j'étais au 38e environ. Surprise que je sois toujours en piste, elle me dit qu'elle est au parking et que je ne dois surtout pas passer la ligne avant qu'elle n'arrive. Mais moi je sais qu'il me faut au moins 45 minutes pour rejoindre l'arrivée alors qu'elle est à 5 minutes de la ligne d'arrivée ! Elle ne semble pas comprendre que je n'avance plus et me retéléphone sans cesse « Tu m'attends dis tu m'attends je veux être là ». Pour lui faire plaisir, j'ai donc fini doucement ... très doucement.

A la fin de la dernière ligne droite, tous ces pantins, dieux grecs, tahitiens, qui marchaient depuis plusieurs kilomètres en une file continue se mettent comme par miracle en mouvement et nous arrivons fièrement dans la ville à bonne allure. Nous sommes reposés, il y a une heure on était déjà au 36e kilomètre ...

J'aperçois Barbie qui a sauté au dessus des barrières pour franchir la ligne à mes côtés, main dans la main. Cela valait bien un petit effort de 6 heures ... Peu importe le temps, nous sommes au Médoc, pas au marathon de Paris. On a la médaille jusqu'à 6h30. Certains s'amusent même à viser au plus prêt de cette limite, alors qu'ils peuvent courir beaucoup, beaucoup plus vite ... juste pour faire durer le plaisir et profiter des dégustations et de la beauté des lieux.

J'ai un message personnel pour les organisateurs : Pourriez-vous mettre une arrivée tous les kilomètres à partir du 35e pour que je le coure entièrement pour la 25e édition ? Et merci pour le plaisir que vous donnez aux coureurs, aux expérimentés comme aux débutants comme moi.

Promis Barbie, je me préparerai à partir du 15 juillet l'an prochain et je n'attendrai pas le 1er août pour mettre mes runnings.
Vous avez envie de le courir mais vous n'osez pas, inscrivez vous l'an prochain et on vous accompagne avec Barbie ... Les plus rapides avec Barbie et moi avec les tortues de Courir Au Feminin.
Si moi je l'ai fait, tout le monde peut le faire. Just do it.
Ken
 
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