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Les Comptes rendus

24h de Paris : la revanche d'une blonde...

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Beaucoup de personnes attendaient ce CR et franchement je ne savais pas quoi faire, quoi dire… Déjà comment voulez vous que je vous raconte 24h à faire le hamster dans les jardins des Tuileries ? Même maintenant je n’arrive pas à réaliser que j’ai fait ça, que j’ai même eu l’idée de faire ça !!!

Alors allons-y… Il y a un peu plus d’un an déjà, j’étais allée soutenir moralement mon grand ami Basilio, qu’on ne présente plus lors de son premier 24h à Arcueil. Cette course a la particularité de se dérouler sur piste. A les voir là tous faire des tours et des tours en s’arrêtant 2 secondes au stand comme des voitures de Formule 1 sur un grand prix, je m’étais juste dit : pose ta plaque de psy sur la porte d’entrée, tu as déjà 30 clients potentiels ! Pire encore, j’ai répondu à une interview dans Ultrafondus où l’on me demandait quelle course je ne ferais jamais, et j’ai répondu : « un 24h ! ».

Seulement voilà, la vie a passé et surtout le bitume a défilé sous mes runnings, et petite coureuse est devenue coureuse boulimique… J’ai surtout en vue maintenant la Libyan Challenge qui s’annonce comme une sacrée partie de rigolade. Je cherche donc une épreuve pour me tester et savoir ce que donne une blonde au petit matin après une nuit complète à courir. Il faut se rendre à l’évidence, un 24h s’impose. Je ne veux pas me lancer sur trail pour éviter les blessures stupides à quelques semaines d’un départ. Un miracle arrive avec Say qui décide, grand fou qu’il est, de se lancer dans l’organisation du premier 24h de Paris. Normalement c’est aux Invalides et je sais que cela peut paraître idiot mais je connais ce quartier par cœur pour y avoir vécu et cela me rassure d’être un peu à la maison. Autre avantage non négligeable : la localisation au centre de notre capitale va faciliter le soutien moral puisque la famille sera là, ce qui est une grande première pour moi.

Restant sur l’image de mon seul 24h comme témoin, je pense tout de suite qu’il me faut quelqu’un à mes côtés. Immédiatement un seul prénom me vient à l’esprit : Olivier. Vous le connaissez puisque c’est lui qui était à mes côtés à Marrakech et à Paris, sans parler du traditionnel départ des 100 km de Millau que nous prenons ensemble maintenant. Pourquoi lui me direz-vous ? D’abord et avant tout parce que c’est un excellent accompagnateur. J’ai pu tester sa patience à mon égard au Maroc et franchement des hommes comme ça, il faudrait les cloner ! Ensuite, allez j’avoue un de ses petits secrets, il est légèrement pour ne pas dire irrémédiablement insomniaque. Ce qui en fait pour son plus grand malheur le candidat idéal pour mon nouveau délire. Et puis d’abord il n’était pas obligé de dire oui !!!

A la base il était convenu qu’il serait là la nuit, pour le soutien logistique et qu’il ferait quelques tours avec moi pour relancer la machine en cas de besoin. Il sort des Templiers, le célèbre trail et il n’a que très peu recouru depuis. Donc cela lui convient.

A quelques jours du départ tout se complique. L’organisation perd son autorisation et il faut se réorganiser en catastrophe. Ils décident de fusionner avec le 24h des Tuileries ou 24h des financiers. Cette course tient son nom bizarre du fait que les banques partenaires reversent au Téléthon une certaine somme par km parcourus par les coureurs présents pendant 24h. Normalement ce sont des relais ou des individuels mais aucun solo n’était prévu. Et il est évident que la logistique prévue pour accueillir des coureurs pour 2 h n’est pas la même… Nous sommes prévenus que cela va se compliquer quelque peu et que si nous souhaitons nous faire rembourser c’est possible. Pendant 24h j’hésite sincèrement. J’ai trouvé un autre 24h au fin fond de la Bretagne qui a encore de la place, Olivier est prêt à aller manger des galettes avec moi donc ce choix est envisageable. Mais du coup je perds le soutien moral des miens et surtout ils ratent un we à Paris dont ils se réjouissaient à l’avance. Tant pis pour mon confort, je me lance, on verra bien après.

Je prépare mon sac avec pleins de trucs dedans en fille que je suis et me voilà en route vers Paris. Je m’arrête au Mac do avec les enfants histoire de faire le plein de frites et après les avoir déposés à notre pied à terre, direction le jardin des Tuileries que je connais très peu étant rive gauche à mort, Lucophile aguerrie (adepte du jardin du Luxembourg dans le langage bobo du 6ème arrondissement de Paris) ! Je le disais souvent du temps de ma folle vie parisienne, je ne traverse la Seine que pour aller aux Galeries Farfouillettes et encore avec boussole, sac à dos et frontale…

Bref c’est déjà l’aventure pour moi ! Arrivée sur place après avoir récupéré mon dossard, je comprends vite que cela ne va pas être triste et surtout pas du tout comme je l’imaginais. Nous aurons un algéco à notre disposition où vont s’entasser tous les sacs des 40 coureurs et plus tard mais ça je ne le sais pas encore les 2 tables des ostéos eux même au nombre de 4… Je rentre là dedans pour me changer et il y a déjà 10 hommes en slip. Tiens ça me rappelle la Trans’aq tout ça… Je tente un « y a un vestiaire pour les filles de prévu ? » Et j’ai le droit à des regards du style « mais ma pauv fille tu crois dans ton club de sport pour blonde dans le 16ème ou quoi ? ». Il y en a un qui tente « ben t’as qu’à attendre qu’on ait tous fini ». Mais oui ma poule crois-y ! Donc je me change au milieu des hommes en leur signalant que s’ils n’ont encore jamais vu une fille en slip à leur âge c’est le moment ou jamais… Faut pas mourir bête quand même !

Vient le moment de l’accrochage du dossard, …, j’en ai encore oublié la moitié. Ma jolie trousse de toilette est restée en Auvergne avec mes épingles et mon cardio… Pour ce dernier pas de souci, vu le rythme auquel je vais courir, mon cœur devrait tenir le choc et pour l’heure je trouverai bien quelqu’un pour me la donner. Pour les épingles je lance un appel à la cantonade et tout de suite quelqu’un m’en trouve une au fond de son sac. Cela vaudra une analyse très rigolote d’un autre coureur présent que je vous livre ici : « ah ben ça quand c’est un mec qui a demandé une épingle il y a 10 min, personne n’a bronché mais il suffit qu’une gonzesse arrive et là tout d’un coup miracle tout le monde en a une en trop… ».

Olivier arrive et tout de suite je le préviens que cela va être beaucoup plus rock’n roll que je l’imaginais. Je lui propose une nouvelle fois de laisser tomber s’il le désire mais il décide de rester pour le meilleur et pour le pire comme le résume si bien la formule consacrée.

Dans une relative confusion et après un tour d’honneur nous voilà partis pour 24h de course, enfin en théorie bien sûr parce que franchement je ne sais pas où je mets les pieds.
Alors comme je ne vais pas vous raconter heure après heure ce qui s’est passé pour la simple raison que je serai bien incapable de le faire ayant un peu traversé tout ça dans un état second d’une personne hypnotisée par une roue qui tourne, je vais plutôt passer directement à la case remerciement en essayant de n’oublier personne !!! Mais avant toute chose parce que je sais que certains aiment les chiffres j'ai couru ou marcher (oui je sais Pierre, pas bien...) 130km100 en 24h. Je sais maintenant que je peux rester éveillée pendant toute cette durée sans grand souci. Je sais aussi que je vaux clairement plus et que donc un jour je vais retourner me frotter à ce type de d'épreuve pour refermer ce dossier une bonne fois pour toute... D'où le titre de mon CR !

Et maintenant les remerciements !!!!

-          Merci à Géraldine qui par son énergie m’a fait gagner un sacré nombre de km en tentant de la suivre, de la rattraper sans jamais y arriver. Quand je vois son aisance sur 7 heures de course environ, après un marathon à performance, je me demande si je ne vais pas me remettre au point de croix…

-          Merci à Basilio toujours aussi exubérant mais tellement attachant qui a tenu à venir courir un peu avec nous alors qu’il partait pour la Bretagne pour un trail d’anthologie à patauger dans la boue.

-          Merci à Aurélien qui, j’ai bien senti, a regretté vivement de ne pas avoir ses runnings aux pieds ! Après 2 France en courant tu peux venir me rejoindre sur un 24h tu es prêt…

-          Merci à Olivier, alias le Spielberg du marathon qui m’a fait la plus adorable des surprises. Non seulement il travaille la nuit pour me permettre de garder à vie un souvenir impérissable de mon marathon de NY mais en plus il vient en pleine nuit encore courir avec moi pendant une bonne heure histoire de me faire garder le rythme. Et pour la petite histoire il n’est pas venu les mains vides puisque je me suis retrouvée à déballer un cadeau sur la piste, une jolie boite rose dans laquelle étaient rangés bien sagement des macarons !!! Il y avait un petit supplément qui s’est révélé bien utile au moral vers 5h du matin et des m&m’s qui ont sauvé le soldat Ronald en fin de journée. Un grand moment pendant ma course je dois bien l’avouer.

-          Merci à Stef95 et Sophi qui sont passés nous faire un petit coucou avec un bis de la part de Stef95 revenu le samedi matin pour essayer de me booster un peu. Ça a du lui faire drôle aux entournures après notre 20 km commun de trainer une blonde complètement à la ramasse sur la fin…

-          Merci à Stefun et Ricardo pour la visite surprise vendredi soir en rentrant de l’escalade. Je me rappellerai longtemps de leur regard assez consterné devant notre petit groupe d’enragés prêts à en découdre avec la nuit…

-          Merci à Moulay alias Palmito qui a fait une petite visite non pas entre 2 biberons puisque sa charmante épouse allaite mais entre 2 changements de couches pour vérifier que sa vieille copine était toujours aussi allumée !

-          Merci à Eric d’être passé nous voir sur la route de la Saintelyon mais je me doutais bien que ça le démangerait un peu !!!

-          Merci à Gilles qui a réussi l’exploit de réaliser un film sans que je ne me rende compte de rien !!! Il a fallu que je rentre à la maison pour réaliser devant mon ordinateur que nous aurions un tel souvenir. Merci beaucoup !!!

-          Merci à Brinouille pour sa bonne humeur, son footing de filles à refaire le monde, ses pains au chocolat samedi matin, sa pêche contagieuse qui a reboosté les bénévoles un peu endormis par une nuit difficile.

-          Merci à l’équipe des ostéos que j’ai eu un plaisir non négligeable à retrouver pour leur hospitalité 2 fois en 24h, ayant décidé que la bretonne que je suis finalement n’aimait pas la pluie ! Et merci à celui qui m’a remis le genou suffisamment d’aplomb pour que je puisse courir 5h de plus, ce qui n’est pas rien.

-          Bravo à Ronald d’avoir tenu le choc et rendez vous en août à l’UTMB !!! J’apporte les m&m’s t’inquiète…

-          Merci à ma petite sœur qui a attendu le samedi après midi pour passer, afin d’être sûre que je ne la fasse pas courir, tellement j’étais fatiguée. Elle n’a jamais autant marché de sa vie et a découvert par la même occasion le bonheur des courbatures ! Merci aussi pour les churros dont j’ai senti l’odeur pendant des heures sans jamais oser envoyer Olivier m’en chercher…

-          Merci à tous les bénévoles qui ont gardé le sourire toute la nuit alors que le vent, la pluie se sont invités. Franchement je ne sais pas comment ils font…

-          Merci à Ken et à mes enfants qui sont passés plusieurs fois me voir pour me soutenir. Quand on me demande à quelle vitesse j’ai couru, je peux le dire : j’ai fait un tour avec mon fils de 4 ans et je n’ai eu aucun souci pour me mettre à son rythme, c’est dire… Même Alexandre, mon grand est venu faire un petit tour avec moi avant d’aller dîner avec les copains. Merci plus particulièrement à Ken qui a réussi l’exploit de traverser la place de la Concorde totalement bloquée à 18h30 samedi pour que je sois au plus vite dans mon bain avant de rejoindre notre Auvergne. Je ne sais pas encore comment il a pu réussir ça… Mon odeur surement le motivait !!!

-          Et merci à Olivier bien sur. Comment trouver les mots pour exprimer tout ce que je ressens… Pour la petite (et la grande histoire), celui qui devait venir me tendre des gels et courir de temps en temps, ne m’a quasiment pas lâché de toute la course. J’ai fait 130km, il a du en faire 125… Pour quelqu’un qui m’a dit au moins 4 fois cette année « ok c’est bon j’arrête la course à pied », c’est pas mal non ? Pour quelqu’un qui n’a rien préparé, qui sortait d’un des trails les plus durs de France, je trouve qu’il a assuré grave même !!! Notre histoire commune a commencé sur un malentendu : j’ai toujours cru que le tee shirt qu’il portait un matin froid de novembre était celui du marathon de NY. En fait il n’en est rien et notre premier contact n’en a été que plus sympathique. Les hasards de la vie nous ont remis sur le même chemin ou plutôt sur la même ligne d’arrivée et maintenant pour son plus grand malheur, je pense à lui quand j’ai besoin d’aide ou de soutien. Il n’est pas du genre bavard mais il sait trouver les mots pour me faire repartir ; Il me dit de courir, je cours ; il me dit de marcher, je marche, il me dit « bois un thé », je bois. Il n’y a qu’une chose pour laquelle je n’obéis jamais, ce sont mes délires de course. Je sens bien qu’à chaque fois que je lui annonce un nouveau délire il me regarde en se disant « mais pourquoi je lui ai répondu à cette fille… ». Surtout qu’il sait maintenant que très souvent mon annonce est tout de suite suivie d’un « tu viens avec moi ? ».

Quand je lui ai dit que nous avions une sale tronche sur une des photos prises de nous au petit matin et que nous manquions sérieusement de soleil marocain, il m’a répondu ceci : « mais non tu as bu des litres de thé et c’était le zouk… du pur Maroc ! ».

Allez Olivier, tu viens avec moi dans le désert libyen, je vais me perdre si tu n’es pas là…

mdaille_24H

 

la vidéo de Gilles75

les photos de Ken

 

 

 

J'ai recouru avec Barbie, ou Mon marathon de La Rochelle par Xavier

Vous vous souvenez que j’ai fait connaissance avec Barbie sur les 100 km de Millau. L’air de rien, elle a l’œil et a sans doute jugé que je pouvais faire un honnête lièvre sur marathon et particulièrement celui de La Rochelle, puisque j’habite dans la région. Jouant la blonde innocente, elle m’a demandé mon programme pour les semaines à venir puis m’a dit qu’elle savait qu’il restait des dossards pour La Rochelle et qu’elle avait bien aimé accompagner un ami sur ce marathon.

Comment résister ? Tout fier, je lui ai proposé de le courir avec elle, à son rythme (prudent quand même, j’ai d’abord fait une séance avec cardio et chronomètre pour vérifier que je pouvais terminer en moins de quatre heures).

Voilà comment, après un 100 km qui devait marquer la fin de ma saison, je me suis retrouvé à reprendre l’entraînement pour aller sur un marathon que je connais par cœur pour avoir couru toutes les éditions passées, sauf celle de l’an dernier, pour ne pas me fatiguer avant la Saintélyon (oui je sais, cela n’a pas dérangé Barbie qui a fait les deux). Mais cette année, nouveau défi, ne pas décevoir la star au service de laquelle je me mets.

Nous nous retrouvons donc samedi pour déjeuner. Histoire de faire monter la pression, Cécile arrive avec un copain, Antoine, qui excusez du peu, coure le 100 km en 7 heures 11 et pour qui un marathon en trois heures est très lent. Il est là pour servir de guide à un non voyant, Nicolas Bonpard, qui va gagner en 2 heures 51.

Une bonne assiette d’huîtres dans un bistro du marché, accompagnée d’un peu de sauvignon, un dessert avec une bonne dose de chantilly. Me voilà rassuré, ma coureuse n’est pas une extra-terrestre et sait sacrifier aux bonnes choses et sa diététique d’avant course sait faire la place à la gourmandise, ce que vous saviez déjà.

Nous allons chercher nos dossards à l’Encan, petit tour au village marathon, shopping très raisonnable (Guillaume, j’en atteste), et rendez-vous CAF au bar de l’Aquarium, qui nous est réservé, talent d’organisatrice de Barbie oblige.

Retour à pieds à la voiture, le vent est de plus en plus fort, cela promet. J’admire la virtuosité de Cécile au volant de sa grosse voiture qu’elle laisse pour rejoindre son hôtel pendant que je vais retrouver ma femme, Bénédicte, et nos amis rochelais.

Après une nuit à écouter la tempête, je rejoins avec un peu de retard le groupe CAF prés du départ. Il fait froid et humide avec un vent toujours fort. Photo et entrée dans les sas. Cécile vient avec moi à l’arrière, alors qu’elle aurait pu partir dans le premier sas (ne cherchez pas plus loin l’explication de sa contreperformance, la minute qui nous manquera à l’arrivée pour être en dessous de 4 heures a été perdue dans les premiers kilomètres qui ont été un peu freinés par le monde, ce qu’elle aurait pu éviter en partant devant). La foule protège du froid et du vent.

C’est là, à quelques minutes du départ, que Cécile me met dans les mains une petite boîte, rose (sans doute n’est-elle pas assortie au bleue de ses chaussures, de son haut et de son bandeau). Un mot pour m’en donner le mode d’emploi, c’est la petite caméra qui a immortalisé le marathon de New York. Je suis chargé de faire aussi bien. Je vous avoue tout de suite, je n’ai pas osé lui demander depuis si j’ai réussi à faire au moins quelques secondes d’images cadrées de ma star, je pense que j’ai beaucoup cru filmé alors que la caméra n’était pas enclenchée et beaucoup filmé alors que je croyais qu’elle ne l’était pas...

Top départ. J’ai le temps de glisser à Cécile que ce piétinement, on avance à peine, par petits pas précautionneux, c’est ce que je préfère dans une course. C’est un entre-deux, déjà parti, pas encore en action. La tension commence à retomber, l’attention est extrême, ne pas se faire de croche-pieds.

Ca y est, on court. Les quais, les tours de l’entrée du port au dessus des têtes des coureurs et de la haie de spectateurs. Magie de ce La Rochelle. Je jette mon protège vent à Bénédicte, postée comme convenu après la statue. La remontée du mail, le bord de mer très venté, pleine face, avant de retrouver les coureurs partis de l’autre départ. Cécile fait quelques rencontres, quelques mots glissés des courses passées. Chacun cherche son rythme. Je l’observe du coin de l’œil. Elle va garder jusqu’à la fin cet air concentré que nous lui connaissons, sans que la fatigue la marque.

Concentrée, mais pas muette ! Je savais que dans le deal, il me fallait la distraire, moi qui ne suis pas vraiment du genre bavard. Je vais être aidé par une de ses amies qui va prendre un grand moment le relais. Je lance donc les sujets, la préparation (bof), le poids de forme, ah, voilà un sujet à au moins 5 km, le site, 10 km, les rêves de course - là c’est plus intérieur, pas complètement avouable, mais on pourrait aller loin ! On profite des dépassements, quelques mots échangés avec les autres, pour relancer la conversation. Eric, qui étonne un peu avec son attirail de traileur (il teste pour la Saintélyon), est rattrapé et nous laisse partir, il s’économise pour la course qui l’attend le week end prochain. Je profite à fond du statut “d’accompagnant une dame” qui autorise à parler aux autres femmes sans que - mais oui, même en course - elles se sentent draguées. Là, sur la fin quand çà use et qu’il n’y a plus que nous pour parler dans un peloton frigorifié qui tape dans les réserves, un maillot de la Diagonale des fous, quelques mots avec celui qui l’a gagné à la sueur de son front, et hop, Barbie réapparaît, un enthousiasme d’adolescente allant pour la première fois en boîte (ou celui d’Emma sa fille devant un brownie maison).

Quelques passages faciles, pas de doute, sa sainte patronne l’accompagne, Cécile se fait légère au son des orchestres. Quelques passages plus difficiles. Le mur du 30̊.  Un lacet qui se défait, c’est fou ces chaussures américaines, même pas capables d’éviter cela ! La belle se déchaîne et jure comme un charretier. J’aurai jamais cru cela d’elle alors qu’elle a eu tant de difficulté à cesser de me vouvoyer (disons le simplement, je suis quand même beaucoup plus âgé qu’elle et il a fallu menacer de ne pas l’accompagner pour qu’elle consente à cette marque de familiarité).

Les averses la frigorifient. Elle avait confié son blouson chaud au 14̊ km avec Bénédicte qui nous y attendait comme convenu à un moment où le temps s’était amélioré. Je regrette de ne pas pouvoir lui proposer le coupe-vent d’une édition précédente que j’avais laissé à Bénédicte dès le départ. Moi, je me réjouis d’avoir gardé le mien (un D4 tout simple), outre une poche commode pour la caméra, je l’ouvre quand il fait chaud, le ferme au vent et sous la pluie.

Je m’amuse à faire le chevalier servant aux ravitos, vous prendrez bien ce gobelet ? Coca ou eau ? Une pâte de fruit ?

J’essaie de lui couper le vent et l’abriter de la pluie. Pas facile, dés que je prends un pas d’avance la mettre sous le vent, elle essaie de revenir à ma hauteur. Elle ne veut rien perdre et n’est pas du genre à courir à l’ombre de quelqu’un.

Et voilà qu’elle se met dans la tête qu’on va rater les 4 heures et culpabilise. Désolé je ne peux pas aller plus vite, me dit-elle dix fois. Pédagogie. D’abord avec le temps pour passer la ligne, on va être bon, ensuite qui te demande d’aller plus vite ? Là, je dois dire qu’on ne la lui fait pas. Barbie a un sens de l’allure rare. Une imperceptible accélération et la voilà qui lance un regard. Cela se poursuit, elle interroge. Je cède, elle continue à la même vitesse. On va d’ailleurs courir à partir du 15̊ km à un rythme très régulier, sans jamais faiblir, les temps de passage tous les 5 km sont quasi égaux jusqu’à la fin.

Final ébouriffant sur le vieux port entre deux haies de spectateurs prêt à se réchauffer en scandant son nom. On joue des coudes pour passer entre les coureurs, elle réajuste son dossard, n’a pas le temps de passer sa main dans ses cheveux et voilà la ligne : 4 heures 01 et trois ou quatre secondes en réel. Pas mal, mais je sens Cécile déçue.

Je lui fais choisir le couloir dans lequel Bénédicte distribue les coupe-vents. On récupère son blouson chaud. Je l’aide à l’enfiler. Elle va tout de suite mieux et ne semble pas marquée.

Cécile s’excuse de m’avoir ralenti. Quelle blague, des courses comme cela j’en redemande. Ne pas être dans l’introspection à s’écouter, à craindre l’apparition des signes de fatigues, à constater impuissant la vitesse qui décroît. Ecouter le coureur accompagné, décrypter son visage, interpréter son allure, s’adapter à son rythme tout en cherchant à lui faciliter la vie et à le pousser vers l’avant. Un vrai plaisir.

Un verre de coca et hop, la voilà qui s’éloigne. Je la sens déjà dans un autre défi, complètement. Vendredi, 18 heures, elle s’engage dans du nouveau. 24 heures. Entre temps, le trajet, sa famille. On se dit au revoir si vite que j’oublie de lui rendre sa caméra. Je lui coure après mais dans tous ces coureurs de dos, dans le même coupe-vent blanc, serrés comme des manchots en terre Adélie, pour récupérer les bourriches d’huîtres, pas facile de la retrouver. Si, la voilà. Je lui rends son bien et on se promet un nouveau départ sur une autre course, cette fois, sûr ce sera l’an prochain. (Coup de chance, les inscriptions au 24 heures du Téléthon sont closes et même avec ses armes de blonde, elle n’arriverait pas à m’y entraîner)

Voilà, merci Cécile de m’avoir donné la chance de redécouvrir ce parcours en courant autrement.

PS : En visionnant le film de notre arrivée sur le site du marathon de La Rochelle (choisir 4h02 à 4h04), il me semble bien que tu as un grand sourire et que tu fais un signe discret de la main à quelqu’un. Cela m’avait échappé et je me demande si je ne vais pas faire une crise de jalousie !

   

La fille de la Rochelle : compte rendu du marathon la Rochelle 2009

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Allez, cette fois-ci promis juré je fais court !!! D’abord parce que ce marathon de la Rochelle est un peu particulier puisque pas vraiment prévu… Bon vous me direz c’est presque toujours le cas avec moi, alors il faut que je trouve autre chose comme argument…

Petite genèse de l’aventure rochellaise : je crois que ça remonte aux 100 km de Millau en fait. Là sur la route, je fais connaissance avec Xavier, coureur poitevin qui connaît un peu mon histoire. Nous en arrivons forcément à discuter du marathon de la Rochelle qu’il court régulièrement mais où il a prévu d’être bénévole cette année. On va mettre ça sur le coup de la fatigue mais je crois me souvenir que j’ai du lui dire un truc du style : « tiens, si on le courait ensemble alors ? ». Bref quelques semaines après et un passage à Poitiers pour le déjeuner sur la route de mes vacances réthaises et c’est bouclé, je vais courir la Rochelle pour la 3ème fois de ma vie.

La première c’était ma toute première fois, la deuxième c’était la toute première fois d’Arnaud, ami de Brinouille et là ce sera ma toute première (et dernière !) sortie longue avant mon premier 24h. Je crois aussi que je vais arrêter de faire semblant et prendre mon dossard tous les ans au début des inscriptions pour arrêter de le payer plein tarif… J’y vais tous les ans de toute façon… Sans compter que l’année prochaine et je peux vous l’annoncer en scoop, je suis en train d’organiser un petit we course à pied – thalasso pour les 20 ans du marathon de La Rochelle pour vous les filles (et les garçons bien sur). Mais je vous en parlerai plus tard, là n’est pas encore le sujet même s’il va falloir que je fasse ça vite.

Bref je me suis organisée pour ne pas faire la route seule et j’ai proposé à Antoine, entraîneur à l’EAMYA, club de Moulins de venir avec moi, histoire de papoter et ne pas m’endormir au retour. Pour vous donner une idée du personnage, il est plutôt sur 100 bornes le garçon et il est arrivé 2 fois 2 ème à ceux de Chavagne.  Il a un record en 7h11… Comment dire ? Ce n’est pas tout à fait le même monde ! Il accompagne un jeune coureur déficient visuel sur la distance reine et on ne peut pas dire qu’il ramasse les pâquerettes puisque le duo a gagné Paris et La Rochelle l’année dernière en 2h50 (environ, on ne va pas chipoter… Si Antoine me lit il va me tuer !). Nous partons donc vendredi soir direction la maison de ma Maman à l’Ile de Ré. Arrêt diététique au Mac do bien sur où je fais semblant de prendre une salade, un morceau d’ananas avant de fondre comme une mouette sur un bout de pain après la traversée de l’Atlantique sur un mac furry kit kat caramel…

Arrivée tard le soir, une tisane et au lit. Malgré la couverture chauffante (j’en veux une pour Noël !!!), je vais mal dormir mais bon c’est la pleine lune et c’est récurrent chez moi en ce moment.

Lever à 7h puisque nous avons décidé de faire un chauffe gambettes perso avec Antoine et ce n’est pas le temps peu propice à la course à pied qui va nous freiner… Non c’est le vent de face à décorner les bœufs !!! Il me mène un train d’enfer bien sur, et je suis comme je peux pour ne pas donner l’impression que je ne suis pas au niveau ! Une vraie gamine… Bon ça ne suffira pas puisque moi je vais rentrer prendre une douche bien chaude sous le regard consterné de ma mère qui se demande bien ce que sa fille a comme problème existentiel grave pour faire ce genre de sortie pendant qu’il ira faire 10 min de 30/30 histoire de décrasser un peu !

Petit déjeuner déculpabilisé en raison d’une sortie à jeun et il faut repartir vers la Rochelle où m’attend Xavier pour le déjeuner. On va croire que j’ai passé mon we à manger !!! Mais ce n’est pas loin d’être le cas… Je lui ai demandé de m’organiser un plein d’embruns et d’iodes et c’est donc devant une quantité d’huitres plutôt impressionnante et tout simplement délicieuses que je vais préparer mon marathon. Bien sur il y a du vin blanc parce qu’on ne mange pas des huitres avec de l’eau, sacrilège !!! Et je ne parle pas du dessert (Brinouille et Kécily fermez les yeux s’il vous plait !)…  Ok je ne suis pas vraiment à fond dans ma course…

Heureusement, nous allons aller chercher nos dossards et pendant quelques minutes je vais redevenir une coureuse. Je vais même m’acheter un truc de coureuse !!! Quoi ? Ca ne compte pas si c’est pour la course ! J’ai maintenant une ceinture porte dossard (ok 2 mais l’offre était plus intéressante quand on en prenait 2…) avec une pochette extensible pour y mettre les gels et autres barres énergétiques.  Ça fait coureuse hein ? Ensuite direction le café de l’Aquarium pour retrouver la petite bande de CLM et Cafeuses réunies.

C’est très marrant comme rendez vous parce que le café est entièrement vide en raison d’une réservation pour soirée spéciale, il n’y a que nous, les serveurs et les requins. De les voir d’ailleurs là me rappelle qu’il y a peu je me baignais avec eux à Tahiti dans une eau chaude et bleu turquoise…

Direction maintenant l’hôtel où je dois passer la nuit, à savoir l’Ibis du vieux port. Sauf que par une confusion informatique, celui où je débarque ne me connaît pas. « Mais ma pauv dame, vous êtes à l’autre Ibis ! ». Donc pour faire court, je croyais dormir dans celui proche de l’arrivée alors qu’en fait je dors à celui prêt du départ. Bref me voilà partie avec ma valise à roulettes pour traverser le port, genre coureuse sdf cherchant abri pour dormir. J’arrive enfin chez moi (enfin mon chez moi pour une nuit) et je repars chercher ma voiture restée prêt de l’arrivée. J’en profite pour manger quelques pates pour me donner bonne conscience et une tarte tatin tiède avec crème et giclée de caramel pour me donner mauvaise conscience.

Histoire de passer le temps je vais tenter le match de rugby ce soir là mais moi s’ils ne sont pas tous nus sur un calendrier, je n’accroche pas… Je crois que je me suis endormie à la mi-temps mais bien sur j’étais réveillée pour la formidable émission « pêche, chasse et tradition » sur les coups de 3h du mat et la chasse à la bécasse n’a plus de secret pour moi…

6h30 du mat j’éteins mon réveil et je descends prendre mon petit déjeuner. Ils ont eu le droit à la vision d’horreur d’une blonde pas très réveillée, pas très coiffée non plus et pas du tout maquillée !!! Pour compléter le tableau, je n’ai fait aucun effort vestimentaire et je suis en jogging… Pitié je prie pour que je ne connaisse personne !

Me voilà donc devant le buffet, mon assiette vide dans la main droite, mon thé dans ma main gauche en train d’étudier ce que je vais bien pouvoir manger. Je m’amuse à observer ceux qui se servent autour de moi… Nous avons donc 2 écoles : la première, le coureur kenyan qui prend 4 crêpes, 3 croissants et 1 pain au chocolat (je vous jure que c’est vrai, j’ai compté !!!) ; la deuxième, le coureur amateur qui calcule dans sa tête la quantité de lipides du pain complet tout en se demandant si c’est bien raisonnable de prendre un yaourt nature, vu qu’il y a du lait et on sait ce qu’on dit du lait…

Je vais finir par avaler 4 tartines de pain, noyer tout ça dans un bol de thé et roulez jeunesse, ça ira bien pour cette fois ! Maintenant il faut passer aux choses sérieuses : comment est ce que je m’habille ? Je passe la tête par la porte d’entrée histoire de voir la température extérieure et y a pas à dire, il caille et surtout il y a du vent. J’ai 2 options comme au petit déjeuner : la robe de course achetée à NY (oui je sais Ken j’avais dit que je ne n’achèterais rien mais elle était soldée à 40% !!!) et mes manchons ou alors la jupette noire qui a déjà couru NY et le tee-shirt turquoise manches longues que j’adore acheté le lendemain du marathon de NY en souvenir et qui met si bien mes yeux en valeur… Quoi ? Oui je sais je cours tellement vite que personne n’a le temps de voir que mes yeux sont mis en valeur mais ça me fait plaisir !

Il faut se rendre à l’évidence, s’il pleut le tissu de la robe un peu épais va peser le poids d’un âne mort... Option raisonnable adoptée ! Je redescends dans le hall de l’hôtel pour rendre ma clé et j’apprends que oh miracle, ils peuvent garder les bagages et que surtout ils mettent à disposition des douches pour les coureurs à leur retour. J’explique bien au monsieur que je ne cours pas en 3h et qu’il va falloir m’attendre un peu mais apparemment il comprend très bien la chose. Je confie mes bagages ravie de la nouvelle mais je lui précise que je reviens parce que je dois aller chercher d’autres chaussures dans ma voiture. « Ah bon celles là ne conviennent pas ? ». « Ben non elles sont noires et parme, et mon tee shirt est turquoise… Il faut que j’aille chercher mes nouvelles newton (qui en plus courent trop vite !) restées dans le coffre après leur baptême du feu sur les plages réthaises ». Vous auriez vu sa tête ? « Quoi ? Vous choisissez vos chaussures en fonction de vos tenues ? » Ben oui !!! Quelle question voyons !!! Ah ces hommes !!!

Me voilà enfin prête à rejoindre les copains à l’hôtel Mercure. Je vous passe la découverte du notre cher Pierre puisque vous avez vu les photos mais oui je dois l’avouer : je suis super jalouse de son costume. Le rendez vous est assez rapide, trop même et il faut déjà rejoindre les SAS. Xavier est arrivé et nous faisons un dernier point technique : 4h vitesse tranquillou, voir 3h59 et 59 sec. Ce serait parfait mais je sens que le temps ne va pas être forcément de la partie et le vent peut être un ennemi terrible.

Dans le sas je tombe sur Mime alias Myriam avec qui je discute non pas course à pied mais glaces devant l’air assez atterré de nos voisins coureurs super sérieux qui se demandent bien ce que des femmes viennent faire ici. Bon ce n’est pas tout ça mais nous sommes là pour courir et c’est parti kiki comme dirait Paul Aimé mon petit dernier. Comment vous parler de cette course sans vous ennuyer ? Pas facile parce qu’en fait quand j’y repense tout s’est plutôt bien passé. Je n’ai pas quitté Xavier d’une semelle sauf quand il faisait son zébulon pour aller me filmer (2 sec les images vont arrivées !) ; j’ai rencontré une copine Isabelle qui était à NY d’ailleurs et nous avons papoté facilement 15 km ; Xavier a tenté de temps en temps de faire chauffer le diesel que je suis devenue ; on a croisé Eric quelques km… Bref un marathon tranquillou bilou. Avantage non négligeable et j’en profite pour la remercier ici publiquement : le soutien logistique de Bénédicte, l’épouse de Xavier. Elle était là au départ, au 13 ème km pour récupérer mon blouson et surtout à l’arrivée où elle me l’a rendu m’évitant ainsi d’attraper une pneumonie, tout en étant bénévole sur le stand des fameux coupe-vents, qui dit mieux !!!

Nous étions partis sur une base de 4h et nous avons mis 4h01 ce qui est parfait pour moi. Le but était avant tout de tester la théorie Pconvert à savoir « tu vides les glycogènes 8 jours avant une course et tu stockes ensuite », enfin quelque chose dans ce goût là. En tout cas des marathons comme ça, bichonnée, chouchoutée du début à la fin moi j’en redemande !!!

Le retour à l’hôtel sera très drôle puisque la première question qu’on va me poser c’est « alors ces nouvelles chaussures, elles courent vite ? ». Ils sont tout simplement adorables, s’occupent de mes bagages et je profite de l’attente pour la douche pour rassurer les troupes qui n’ont pas vraiment besoin d’être rassurées d’ailleurs. Après avoir repris aspect humain je vais récupérer Antoine qui bien sur a gagné avec son jeune comparse dans sa catégorie mais je m’en doutais un peu. Nous allons repartir vers notre Auvergne tout en refaisant le monde et en se demandant bien quelles courses nous allons bien pouvoir faire !

Merci à Xavier qui a réussi l’exploit de me faire courir un marathon sans que je vois le temps passer et rendez vous à l’Ecotrail en mars.

Cécile qui est morte de trouille pour vendredi

Ps :

-          bien sur que j’ai mangé une glace sur la route du retour quelle question !!!

-          ça pour stocker, je stock… je déborde même !!!

 

 

   

Millau 2009 : la dream team

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Je dédis ce texte à Guillaume que je remercie publiquement de m'avoir désobéi et d'être venu quand même alors que je voulais y aller seule. Quand il s'est engagé il y a quelques années à mes côtés pour le meilleur et pour le pire, je ne suis pas sure qu'il envisageait un jour de faire 100 km à vélo sur les petites routes de Millau...

Millau_2009_-_Barbie_-_177

Vous avez suivi ma préparation pendant des semaines, les moments de mieux, les moins biens jusqu'au grand jour ! Lorsque j'ai fini Millau l'année dernière, heureuse d'être arrivée au bout de ce qui était pour moi un grand pari contre moi-même, je savais également que je valais mieux. Tous les pros que j'avais rencontré, questionné m'avaient tous dit la même chose : pour le premier il faut savoir resté humble, avancer sans regarder son chrono, ce que j'ai fait.

J'ai tout de suite pensé au suivant et arrêté mon choix sur Millau de nouveau pour avoir une référence. Il était évident pour moi que je ferais moins sur un 100 bornes plat donc pour comparer il fallait revenir au même endroit.

Plusieurs changements pourtant : question mental, j'ai vécu la Trans'aq, ce qui m'a quelque peu conforté dans ma capacité à encaisser les km ; question logistique, Ken est du voyage et ça va sérieusement changer la donne ; question entourage, il y a pleins de copains et de copines !!! Youpi !!!

Pour la suite de mon récit, si cela ne vous dérange pas, Ken va redevenir ce qu'il est pour moi à savoir Guillaume. Cette course, cette journée c'est notre aventure commune, celle de notre couple et chez nous Barbie et Ken n'existent pas. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui a choisi ce pseudo, ce n'est que la conséquence du mien qui est lui-même la conséquence d'une réflexion d'une copine de maternelle de ma fille, c'est dire... Quand j'ai participé à mon premier Millau, j'ai voulu y aller seule. Ne sachant pas du tout ce qui pouvait se passer, je ne voulais pas lui imposer une longue retraite de Russie, la vision de sa femme trainant la patte en pestant après son irresponsabilité. Mais après avoir réussi mon premier pari, j'ai aussi compris une chose : un accompagnateur pouvait grandement changer les choses. Comme en plus je savais que Guillaume pouvait assurer question vélo, je lui ai proposé de se joindre à l'aventure. Il n'est pas complètement exclu que ce soit une petite vengeance des années après d'un premier we passé ensemble où il avait décidé de me tuer sur les petites routes auvergnates. Je lui en ai voulu sur le coup (mes cuisses aussi d'ailleurs !), voyant là une technique de test « spécial petites amies potentielles » ! Bref, la fille est rancunière et il allait voir ce qu'il allait voir sur la montée de St Affrique...

Comme d'habitude nous sommes totalement désorganisés mais ça c'est une marque de fabrique maintenant et c'est le vendredi même que j'appelle Olivier pour lui demander s'il n'aurait pas de la place dans le gite qu'il a loué pour 2 SDF. Départ plus que tardif pour rejoindre Millau mais nous pouvons retirer les dossards le matin même, ce qui est un sacré avantage dans notre cas. Au début nous avions prévu de diner en arrivant mais l'heure passe et je me dis que question digestion cela ne va vraiment pas être terrible. Et puis surtout j'ai faim !!! Arrêt à la station service de l'Aveyron sur l'autoroute pour un pique nique tout ce qu'il y a de plus n'importe quoi à la veille d'une course pareille : salade de pâtes déjà préparée au pesto pour être sure de pouvoir dormir tranquille parce que mon haleine pourrait faire fuir un marin qui a passé 6 mois en mer en célibataire, un taboulé plutôt pas mal et un petit jockey parce que j'aime ça. J'en profite pour faire du repérage pour le lendemain. Normalement nous avons prévu de repartir directement après la course pour rentrer chez nous et être là dimanche matin pour le petit déjeuner, je sais donc déjà que mon diner post course se fera au même endroit. Je suis sauvée, ils ont une réserve de magnum qui devrait tenir jusqu'au lendemain soir.

Arrivée un peu tardive sur les hauteurs de Millau avec un seul regret : ne pas voir ça de jour ! Mais bonheur de retrouver Olivier qu'on ne présente plus, son accompagnateur attitré Jean et mon Basilio. Il faudra l'intervention de Guillaume pour que je vienne me coucher... Je sens bien que Basilio est déçu que je ne dorme pas avec lui mais il est déjà loin le temps de la Trans'aq !!!

J'arrive à dormir correctement ce qui est déjà pas mal. Réveil difficile et même la douche n'y fait pas grand-chose... Mais qu'est ce que je fous encore là ? C'est toujours la question que je me pose alors que j'attaque mon gatosport. Je pourrais être chez moi tranquille en train de manger des tartines de pain frais avec beurre demi-sel et confiture d'oranges amères, le tout trempouillé dans mon thé vert, et ben non... Je suis là en train de faire une étude comparative entre overstim et D4 ! Tu me diras, il y a pire : il y a le vélo de Jean... Il est 7h du matin, son propriétaire ouvre l'œil (il faudra attendre comme dans la pub, le bol de ricoré pour que le 2° s'ouvre !) et il est toujours là démonté dans la salle à manger. Ils ont l'air zen les garçons... Je nous trouve presque professionnels du coup à côté.

Direction Millau pour le retrait du dossard et les derniers préparatifs. Comme nous sommes là de bonne heure, pas de souci pour se garer. Je fonce à la salle polyvalente laissant l'homme aux préparatifs techniques. Bien sûr je tombe sur des copains et je dois finir par courir pour retourner à la voiture parce que l'heure tourne. Je me marre parce que je croise des couples d'un jour, un coureur et un cycliste prêts à en découdre et je me dis que nous allons faire tache dans le paysage : je suis en robe et Guillaume a adopté le look « j'ai un départ de golf à 14h, je suis juste là pour quelques minutes »...

Je prépare les paniers et là il faut bien le dire, nous allons continuer dans le grand n'importe quoi, à savoir : je prends tout au cas où ! J'ai un stock de gels qui devrait me permettre de faire 2 fois les 100 km de Millau, 6 briquettes de jus de raisin pour ma boisson maison que je teste le jour même d'ailleurs, des canettes de coca zéro donc sans sucre donc sans intérêt pour la course sauf que j'aime ça au goût, des bonbons énergétiques powerbar jamais testés en course non plus maintenant que j'y pense (je les ai acheté sur le stand à Gérardmer), des gâteaux au sésame gerblé parce que j'aime ça, des palmito parce que j'adore ça et une seule compote (vous comprendrez pourquoi plus tard le sens de cette allusion !). Je prends un blouson pour l'arrivée la nuit parce qu'il va faire froid, de l'huile à l'arnica weleda, de la crème anti frottement puisque Cécile m'a piqué Eric !

Je laisserai à Guillaume le soin de décrire son propre ravitaillement qui n'était pas triste non plus. Il ne faut pas oublier non plus l'appareil photo et la mini caméra sur le guidon...

Direction le parc pour la photo traditionnelle de tous les CLM et CAF réunis pour la grande occasion et les vélos nous quittent. Ils doivent partir à 7 km de Millau pour récupérer leur compagnon de route pour les 93 km suivants. Comme d'habitude, Basilio a des soucis techniques au départ et comme d'habitude Eric tente de régler ça... Le départ est euphorique alors que nous sommes plusieurs à avoir déjà couru la distance et à avoir une vague idée de ce qui nous attend. Comme prévu je pars avec Olivier. Je sais qu'il va me faire partir trop vite et que moi je vais le ralentir mais c'est comme ça, on ne change pas une tradition. Je constate aussi un truc positif : j'ai moins de cheveux et c'est beaucoup plus agréable comme ça. Quelques jours auparavant je suis arrivée dans le bureau de Guillaume avec une paire de ciseaux et je lui ai dit : « vas y coupe, je veux être à l'aise pour Millau ». Quelques secondes après j'ai juste entendu : « tu les voulais bien courts hein ? ». De toute façon c'est fait, j'ai un carré long et ça tombe bien il parait que c'est à la mode. En plus ça me fait perdre, allez 300g sur la balance... Du coup j'ai sorti l'arrache poil et je suis partie à l'attaque de mes mollets pour gagner au moins 50 g de poils... Voilà, vous savez tout !!! Mon secret est révélé, vous savez pourquoi j'ai pété le chrono à Millau !!!

Allez, j'arrête de délirer et je reviens sur le bitume, toujours accompagné d'Olivier que je colle parce qu'il a eu l'idée intelligente de prendre son portable si nous n'arrivions pas à attraper nos comparses au vol. Nous arrivons dans le village, lieu de rendez vous et nous tournons la tête à droite puisqu'avec un dossard pair il doit être rangé là. Bien sur pas de Guillaume, bien sur il s'est mis à gauche (fils de prof va !!!) et bien sûr c'est un peu le cafouillage pour se retrouver.

Notre duo est reconstitué et Olivier me lâche lamentablement en me laissant sur place du style « bon t'es mignonne mais je vais me mettre à courir maintenant »... Je ne le reverrai qu'à St Affrique, moi arrivant, lui repartant. Je jette mon coupe vent dans le petit panier avec mon GPS puisque dorénavant l'homme va se charger de tout ça. Il a tout préparé, nos temps de passage et tout et tout, se basant sur les chiffres donnés par le meneur d'allure des 11h30. Je sais que je ne pourrai pas atteindre ce chiffre mais cela va nous donner une référence. On s'organise rapidement, je mets mes gourdes à l'arrière pour boire sans le gêner et c'est parti mon kiki pour 93 km à l'aventure.

Qu'on le veuille ou non, le premier marathon se la joue cool je trouve. D'accord surement pas du côté des élites qui doivent faire autre chose que papoter gaiement mais de notre côté ça rigole, ça discute, bref l'ambiance est détendue. Plusieurs personnes me reconnaissent, viennent discuter avec moi et Guillaume découvre l'effet Barbie. Il faut vous avouer quelque chose : certes je suis totalement inoubliable comme fille mais Guillaume a installé sur son vélo 2 pancartes avec écrit dessus : « team officiel Barbie ». Evidemment il est plus difficile d'être incognito dans ces conditions...

Ce qui est très amusant c'est que très vite nous allons créer un petit groupe de coureurs qui va se retrouver à plusieurs moments sur la course. Il y a des anciens de la Trans'aq qui n'engendrent pas la mélancolie, un coureur qui a en commun avec moi le marathon épique du Mont Saint Michel sous des trombes d'eau et bien sur Géraldine qui apparaît accompagnée d'Eric et leurs fidèles accompagnateurs en vélo j'ai nommé Cécile et Nicolas. Pour l'instant tout va bien, même si le parcours commence par moment à grimper un peu. Je saute les ravitos comme prévu me servant directement dans les miens. J'ai décidé de commencer à manger dès le 10 km en alternant barre normale (abricot chez D4, trop bonne !!!) et produits énergétiques purs. Comme on ne se refait pas, j'ai choisi la forme bonbons que je trouve beaucoup plus agréable non seulement au goût mais aussi à mastiquer. Cette belle théorie ne va pas durer longtemps je vous rassure !

Les choses se gâtent quand nous croisons Ronald. Il est mal et j'ai compris à l'instant où je l'ai vu que c'était fini pour lui. Il irait au marathon mais pas plus loin. Nous continuons la route après l'avoir soulagé du poids de son sac, digne de la Trans'aq plus que d'une course avec ravitaillement assuré. Guillaume a prévu de lui laisser à l'arrivée du marathon et nous espérons tous les 2 que les bénévoles joueront le jeu de prendre un sac sans étiquette. Je continue ma route tranquillement avec un Guillaume plutôt content, prenant photos et dégustant son sandwich en me disant « t'en veux ??? » sourire en coin. Il fait chaud, je commence à sentir que la balade va être un peu plus difficile que prévue...

Nous arrivons à Millau. Comme prévu l'histoire du sac n'est pas simple. Je fonce me faire pointer et j'abandonne Guillaume à sa mission « il faut sauver le sac de Ronald ». Nous avons convenu que de tout façon je repartais seule et qu'il me rattraperait plus tard. Je sais qu'il y a la montée du viaduc et qu'il va me falloir du temps. Officiellement j'étais sensée manger à ce moment là mais là pour la première fois de ma vie de coureuse, je n'ai envie de rien. Je me contente de me tremper au robinet à la sortie de la salle et c'est avec un buff dégoulinant dans le cou que je repars. Je suis inquiète parce que je sais qu'il faudrait que je mange mais l'idée même d'avaler un truc me donne la nausée. J'ai arrêté le jus de raisin juste avant Millau parce que lui non plus ne passait pas. Point positif quand même : je bois de l'eau sans souci. Au bout de quelques minutes, Guillaume apparaît mission accomplie, la drem team est reconstituée, nous pouvons repartir sereins. Ah oui j'oubliais un point : j'ai sauté l'arrêt toilettes en me disant qu'au ravitaillement en bas de la descente du viaduc il y aurait moins de monde. Mauvais calcul de ma part... Je grimpe vers ce foutu pont en marchant comme quasiment tout le monde il faut bien le reconnaître, accompagnateurs compris et je ne pense plus qu'à une chose : faire pipi ! Sans compter que bien sûr, mais ça vous vous en doutiez puisque vous me connaissez bien maintenant, ce ne sont pas mes bons jours. Alors voilà je vous récapitule tout : je ne mange plus, j'ai mal au ventre pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la course à pied hélas, je me vide de mon sang, j'ai envie de faire pipi et il me reste 55 bornes à faire...


On va donc s'attaquer à tous ces problèmes dans l'ordre d'importance : tant pis pour les toilettes je n'attends pas l'arrêt au stand et je fonce dans un petit chemin. L'inconvénient d'être une fille dans ces moments là : eh bien c'est simple... vous avez essayé de faire la chaise pendant 4 min après avoir déjà couru 50 km vous ? Et bien essayez tiens et on en reparle ! Pour la nourriture, je regarde mon petit sac à dos et miracle : ma compote en gourde me fait un peu envie. Je l'avale rapidement et pas de doute ça passe. Mais quelle cruche quand même !!! Je sais que j'adore ça et que ça passe toujours. Seulement là je n'en ai pris qu'une. Heureusement pour moi je suis peut être blonde mais j'ai épousé Super Guillaume, l'homme à l'intelligence supérieure et surtout à la carte de crédit magique sur ce coup là ! Je me rappelle que nous étions passé devant des magasins dans le village des 55ème km, il a donc une mission : me dégoter ces foutues compotes coute que coute. Je m'arrête au ravito pour me rafraîchir un peu et je repars. Je le récupère à la sortie du village super content de son coup puisqu'il a trouvé une boite de 16 gourdes, de quoi faire un 24H !

Nous voilà reparti et là je réalise un truc : j'aurais peut être du regarder un peu le parcours... Je ne me rappelais pas que c'était aussi long d'aller rejoindre la côte de Ste Affrique. Il fait chaud, j'en ai marre, je ne vois pas les km passer et j'en viens à attendre avec impatience le moment où je vais enfin pouvoir marcher un peu... Oui je sais ce n'est pas bien ! Mais bon je suis là et j'avance. Finalement nous ne parlons pas tant que ça avec Guillaume. Autant nous n'arrêtons pas vraiment dans la vraie vie, capable de nous appeler 15 fois par jour (merci le forfait illimité !!!), autant là c'est calme. Il me tient au courant de mes temps, me demande si j'ai soif, faim, se charge d'appeler Mireille de temps en temps et vérifie que les enfants sont toujours en vie. L'ambiance dans le peloton de coureurs est spéciale parce que quelque soit le niveau, on voit que les organismes commencent à souffrir et c'est beaucoup plus calme.

Arrive enfin la grimpette tant attendue et surtout ce que j'avais raconté à Guillaume l'année dernière, mon moment favori : la rencontre des élites ! Ils descendent à fond les ballons pour rentrer à Millau alors que nous commençons à peine notre ascension. Les hommes et très vite la femme puisque Brigitte Bec, fidèle à sa légende, va finir 4° au général. Ce qui est super c'est que nous les encourageons mais nous avons le droit à un sourire, à un bravo de leur part alors que franchement ce qu'ils réalisent me coupe le souffle.

Maintenant il faut redescendre vers St Affrique et je cherche du regard mes amis que je devrais commencer à croiser. Très vite Olivier est là mais je sens à sa voix que tout ne va pas au mieux. Pas de doute il souffre... J'apprendrais que le dernier arrêt au stand a été un peu plus long que prévu et qu'il a du tout donné pour repartir. Je suis une vraie mère poule, je m'inquiète pour mes petits... Mais où est donc Basilio ??? Je ne comprends pas, il devrait être là... Guillaume me rassure en me disant que nous avons du le croisé mais je n'ai pas lâché le coté gauche de la route et je suis sure de moi, pas de Basilio à l'horizon. Enfin il est là ! Je suis rassurée, je peux continuer. Je tente de rattraper le temps perdu dans la descente pour gagner quelques précieuses minutes de ravitaillement. Nous traversons la ville sous le regard quand même un peu surpris des badauds qui se demandent bien ce qu'on a fait dans une vie intérieure pour s'infliger ce type d'effort et voilà la fameuse salle baptisée le mouroir par pas mal de coureurs. Avantage pour moi : je me rappelle où sont les toilettes ! Je fonce, personne, super pas de temps perdu. Le problème c'est qu'il va me falloir quelques minutes pour réussir à seulement sortir des toilettes ! J'ai des frissons partout, la tête qui tourne, mouais ça ne va pas très bien... Je me rince un peu au lavabo et tombe nez à nez avec une fille qui ne ressemble plus à rien. Ah ben oui c'est moi dans le miroir ! Non mais qui a eu l'idée de laisser le miroir dans les toilettes ??? Du coup je fais escale à la table des ravitaillements pour boire un petit verre de coca et j'attrape une petite bière pour mon homme qui m'attend dehors pour un massage. Il a décidé qu'il m'en fallait un, qu'avec ça j'allais repartir comme en 40 ! Je pose mes fesses sur un muret, s'asseoir sur une chaise serait trop difficile !!! Il me masse vigoureusement les jambes à l'huile d'arnica et c'est reparti ! J'ai l'impression d'être une voiture de formule 1... Nous sommes toujours dans nos temps même si notre avance n'est qu'un lointain souvenir.

Bien sûr si nous sommes descendus vers St Affrique, cela veut dire qu'il va falloir remonter... Je pars d'un pas décidé mais il faut se rendre à l'évidence, ce n'est pas moi qui souffre le plus à ce moment présent. Guillaume a du mal à me suivre et l'écart se creuse. Je ne sais pas quoi faire ? Je reste à côté de lui au risque de l'énerver ? Je continue ma route seule partant du principe qu'il pourra me rattraper ensuite avec la grande descente ? Je choisis la 2ème option et j'avance. Je me retourne de temps en temps pour l'apercevoir et puis tout d'un coup plus de Guillaume en vue... Je panique un peu je dois bien l'avouer. J'aperçois alors une jeune femme en vélo qui est dans l'autre sens. Je lui demande alors de prévenir en passant Guillaume que tout va bien pour moi, que je l'attends au ravitaillement suivant. Elle me rassure, elle accepte la mission et part prévenir ma moitié. Je n'avais pas prévu cette situation, je ne sais plus quelle décision prendre... Je discute avec d'autres coureurs histoire de me détendre mais le cœur n'y est pas. Arrive enfin le ravitaillement où je bois un peu cherchant du regard Guillaume, telle sœur Anne ne voyant rien venir. Gilles 75 surgit et ces quelques minutes à ses côtés vont me faire du bien. On prend des photos, on discute un peu, la pression redescend. Mais le temps passe et il faut que je prenne une décision. Heureusement Guillaume apparaît et grâce à Gilles vous avez les images de ce moment. Je repars rassurée même si cela ne va pas durer.

Cette fois ci ce n'est pas Guillaume qui va craquer mais moi. Vous vous souvenez de mon problème de soutif l'année dernière et bien même lieu, mêmes effets. J'ai pourtant choisi une brassière censée être plus confortable sans attache derrière mais il faut se rendre à l'évidence, je ne supporte plus l'élastique. Est-ce que c'est parce qu'en descente, je cours plus vite (enfin tout est relatif chez moi bien sur !) et mes poumons ont besoin de plus de place ? Je ne sais pas, en tout cas une chose est sure : je n'arrive plus à respirer. Il est hors de question que j'attende aussi longtemps que l'année précédente pour prendre une décision et il faut agir vite. Oui mais voilà : j'ai une robe et une brassière qui ne se décroche pas derrière... En quelques secondes, après plusieurs essais infructueux sur la route, je décide de foncer sur le côté, de faire voler ma robe et ma brassière et de repartir enfin libérée de toute contrainte. Guillaume ne dit trop rien même si je sens qu'il aurait bien tenté un « euh Chérie là il y a tous les coureurs qui voient tes seins » mais je suis trop bien. La brassière rejoint le petit panier avant et va finir sa course là. J'ai juste le temps de crier : « pour Noël je veux des nouveaux seins » et c'est reparti.

Oh pas longtemps je vous rassure... La descente est finie pour mon plus grand désespoir et maintenant nous sommes sur une zone plate qui dure, mais qui dure... Pas moyen d'avancer, je me traine lamentablement et ce ne sont pas les encouragements de Géraldine qui y changent quelque chose hélas. Je décide de faire un peu de cyrano pour souffler partant sur du 9 - 1. Guillaume est chargé de donner le tempo même si je râle en lui disant que franchement le temps ne passe pas vite. Il ne dit rien mais je sais ce qu'il pense : « eh ben si on y va à ce rythme, on n'est pas couché !!! ». J'ai mangé une compote et je ne rêve que d'une chose : la montée au Viaduc. C'est quand même un comble de souhaiter plus que tout une grimpette histoire d'avoir une excuse pour marcher un peu. La nuit tombe, il commence à faire un peu froid et je compte les km. Je me souviens que l'année dernière ce foutu viaduc avait mis de longues minutes avant d'apparaître, il en sera de même cette année. Guillaume me suit à pieds, ce n'est pas la peine de tenter la grimpette façon tour de France. Il me rassure en me disant que nous serons sous les 12h30 si tout va bien, que je ne dois rien lâcher, que tout est bientôt fini.

Le fameux rond point : tous ceux qui ont couru Millau le connaissent. Il se situe sous le viaduc et il est synonyme de descente que ce soit à l'aller comme au retour. Enfin je retrouve mon élément. Plus la ville de Millau approche, plus je vais vite. Je ne sais pas où je trouve cette énergie mais je dévale ces km aussi vite que mes jambes peuvent le faire. Nous rattrapons le groupe des 12h et je dois même crier qu'ils me fassent de la place. Il y a plusieurs vélos et coureurs et je suis tellement épuisée que de toute façon en cas d'écart de l'un d'entre eux ce serait la collision assurée. Je crie « poussez vous les garçons, je ne maitrise pas le freinage ! » et ils s'écartent à la fois surpris et hilares de voir cette furie blonde dévaler suivi de son fidèle destrier qui se demande bien à quelle vitesse je peux bien courir. Il fait trop noir pour voir le compteur ! Géraldine est en vue, je la rattrape bien décidée à finir avec elle. Nous continuons toutes les 2 laissant nos hommes papoter derrière échangeant sur la dure réalité de l'accompagnateur en vélo. C'est plat maintenant mais nous ne lâchons rien. Même Géraldine a l'air surprise de courir encore à cette vitesse. Nous sommes flashées devant une école à 11km/h ce qui est certes une vitesse ridicule pour beaucoup mais je peux vous dire qu'après 95 km dans les pattes vous avez l'impression de voler.

Géraldine fait le choix de s'arrêter au dernier ravitaillement mais je continue ma route, je veux finir. A cet instant je suis persuadée qu'elle va me rattraper. Elle est meilleure que moi et je me dis que le peu d'avance que je vais prendre ne lui posera pas de problème. Vont suivre 5km d'enfer... Je ne lâche rien, Guillaume est là à côté qui joue le rôle de coach comme il ne l'a jamais fait. Je lui ai dit que passer sous les 11h48 histoire de mettre une heure de moins que l'année dernière ce serait parfait pour moi. Alors il va tout faire pour... Il me tient moralement, m'encourageant sans cesse. J'ai les jambes lourdes à un point que vous ne pouvez pas imaginer mais je donne tout pour les soulever, pour retrouver une foulée qui ressemble à une foulée. Même dans les petites montées que nous allons encore avoir je ne ralentis pas. Mais bon sens où je prends toute cette énergie ??? J'encourage ceux qui marchent, qui sont dans la souffrance au passage. Nous sommes au 99ème km et Guillaume m'annonce la bonne nouvelle : « tu as 7 min pour faire 1 km ! ». Je devrais y arriver quand même... La ligne droite qui m'emmène au parc est là et je continue. Je ne lâche rien, je pourrais mais je veux juste finir au plus vite cette foutue course ! Je double même si un coureur surement atteint dans son orgueil de mâle me rattrape pour ne pas perdre une place au classement à cause d'une fille déchaînée. Je me marre intérieurement... ça y est je suis dans le parc, le public est là, formidable alors qu'il est tard. Il faut avouer que le fait d'être une femme est un sacré avantage. J'entends Guillaume qui me crie : « fonce je te retrouve là bas » et c'est parti pour le sprint final ! Je grimpe jusqu'à l'arche et enfin je peux souffler.

Ce 100 km est enfin fini !!! Je me retourne pour chercher Géraldine du regard et il ne faut que 40 sec pour qu'elle apparaisse. Même si je n'ai jamais douté sur sa capacité à finir cela me fait rudement plaisir de pouvoir la serrer dans mes bras. C'est seulement là que je réalise le temps que j'ai mis : 11h41, alors que Guillaume m'avait dit que j'étais juste en dessous de 11h48. Il arrive enfin et m'avoue un truc : il me mentait depuis plusieurs km pour me donner de la marge !

Olivier est là bien sûr comme Basilio et Symphorien. Ronald n'a pas l'air au mieux moralement mais c'est normal. Il nous manque Eric et Cécil mais je sais grâce à Mireille qu'il est à 15 km de là et que donc il va finir. J'ai appris en route que cela ne se passait pas au mieux mais je les ai croisés en remontant de St Affrique et Cécile était déchaînée. Je sais qu'elle avait l'énergie pour 2 !

Je suis heureuse et je crois que les photos parlent pour moi !!! Mais ce n'est pas tout ça mais nous ne sommes pas d'ici. Il faut rentrer parce que nous avons promis aux enfants d'être là pour le petit déjeuner dimanche. En quelques minutes, je me change, je rince à la lingette et je grimpe dans la voiture. Nous avons 3 heures de route et nous savons tous les 2 que cela va être dur. Arrêt à la station service pour mon magnum et c'est parti. La route va être aussi éprouvante que le 100 km en lui-même. Nous faisons des arrêts réguliers. Je me marre parce que lorsque nous sortons de l'autoroute, je lis 100 km. Je lui dis : « tu réalises qu'on a fait Clermont Ferrand chez nous en courant ? ».

Guillaume aura ces derniers mots qui seront la conclusion de cette journée inoubliable pour nous 2 : « non mais c'est vraiment un truc de malade quand même ! ».


   

l'ultra 6000D de Barbie 2009

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