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Le marathon de La Rochelle 2008 : ton marathon est mon marathon !
Beaucoup ont du se demander pourquoi je n'avais pas parlé de mon intention de courir ce marathon. Pour être honnête avec vous, c'est tout simplement parce que 48 h avant je ne savais pas que j'allais le courir. Bon l'idée me trottait dans la tête. Savoir que Brinouille y allait et puis pas moi ça m'énervait grave, vous savez le genre : « mais pourquoi elle??? Moi aussi je le veux ce marathon !!!». Un vrai caprice de sale gamine... Et puis la sachant blessée je me suis dit que ce serait la seule occasion pour moi de pouvoir tenir tout un marathon à ses côtés ! Oui je sais ce n'est pas bien de se réjouir des blessures des copines mais j'ai déjà vu courir Brinouille et je sais que c'est vraiment la seule solution !
Par la voie officielle pas moyen de trouver un dossard alors je me décide à faire quelque chose de pas bien du tout : le racheter auprès d'une personne qui ne peut pas y aller. Je lance un appel jeudi auprès de Fred et Brinouille et en 2h tout est réglé. Nous sommes en route vers le 20° arrondissement de Paris pour récupérer le précieux sésame. Gavroche, une coureuse de http://www.courseapied.net/ ne peut pas le courir, je vais donc le faire en son nom. Là ça y est je suis grillée auprès de tous les organisateurs de course ! Maintenant moi je dis que si tout le monde faisait comme le marathon du Médoc et permettait le rachat officiel il n'y aurait pas tout ce trafic autour des dossards. Et puis il suffit de regarder les photos d'arrivée de courses pour constater que très régulièrement Josette ressemble plus à Gérard qu'autre chose même s'il ne faut pas s'arrêter à la pilosité, le marathonien étant souvent un pro dans le maniement de l'épilateur électrique...
Bref nous voilà qui quittons le 20° direction Suresnes. Je sais que je vais courir un marathon le dimanche, que je vais partager la chambre d'hôtel de Brinouille super bien situé sur le port de la Rochelle (pour la petite histoire j'y allais très souvent enfant déjeuner le dimanche !) et faire un remake de « In bed with Brinouille » (non Fred pas besoin de photos...). J'ai aussi les baskets qui me démangent et la circulation parisienne a décidé de me rendre folle. Ken sent que la pression monte. Je dégaine le plan de Paris pour savoir où nous sommes histoire de rentrer en courant. Là il menace de me faire enfermer à St Anne si je descends dans le quartier un peu chaud que nous traversons. Bon ok j'attends le bois de Boulogne et j'irais faire mon petit tour en restant bien là où c'est éclairé promis juré ! Arrivés devant le jardin d'Acclimatation, je décide de me changer dans la voiture. Ah ça mon strip tease ne passera pas inaperçu puisqu'un camionneur fera demi tour, ira garer son véhicule et reviendra sur ses pas histoire de voir ce qu'il se passe. Je ne vous raconte pas la déception de ce pauvre garçon lorsqu'il constatera que c'est une coureuse équipée hiver qui sortira de la voiture et non pas une professionnelle d'un autre sport que mon éducation judéo chrétienne ne me permet pas d'évoquer ici. Ce footing de nuit en tout cas me fera un bien fou. J'en ai sous la chaussure et tout cela me rassure sur mon état général.
Samedi départ pour La Rochelle. Ce n'est pas tout ça mais il y a de la route à faire et je ne veux pas arriver trop tard non plus. Il faut dire que j'ai rendez vous avec Vincent, vous vous souvenez le « félin » de la France en courant. Il vient là battre son record sur marathon et je suis vraiment heureuse de le revoir. Je tente d'avaler un peu de malto histoire de compenser mon manque évident de prépa mais pas moyen, ça ne passe pas... Je décide de m'arrêter dans une station d'autoroute pour déjeuner à peu prêt correctement histoire de ne pas faire comme à Nice et d'avaler vite fait un twix. Et puis il n'y a pas que moi qui dois manger, il y a titine. Je fais donc le plein de GPL en observant au loin ce type qui me regarde devant la station. Je me dis qu'il va vraiment falloir que j'aille consulter parce que je ne vois plus clair à 10 m et je me marre en devinant les runnings au pied... encore un marathonien qui a eu peur que le départ soit déplacé à côté de Poitiers ! Je me rapproche pour payer et là il faut se rendre à l'évidence : le garçon en question je le connais, c'est un de mes entraîneurs... Quand on dit que le monde de la course à pied est petit, là franchement on en a la preuve ! Il me demande ce que je fais là, je lui retourne la question : il a été contacté par le jeune coureur aveugle à qui il a servi de guide pour le marathon de Paris au dernier moment, son guide actuel venant de se blesser. Il a donc un objectif clair : lui faire battre son record sur La Rochelle sans aucune préparation. Mais là accrochez vous parce qu'on change d'univers : ils ont gagné le marathon de Paris dans leur catégorie en 2h59... En tout cas rendez vous est pris : nous allons rentrer ensemble dimanche soir, ce qui m'arrange, l'idée de refaire la route toute seule après un marathon m'emballait moyen moyen...
Arrivée à La Rochelle, le temps n'est vraiment pas top, il fait froid, il crachouille et je me dis que je serai mieux au coin du feu chez Maman à manger des huitres qu'à courir sur le port. Mais bon trop tard pour reculer ! Le retrait du dossard se fait avec un peu de stress et je repars avec mon précieux sésame. Vincent arrive et nous voilà à évoquer les bons moments passés ensemble sur les routes de France genre vieux combattants qui en ont vu d'autres. Pour le diner tout est organisé par Brinouille et les copains de son club présents en grand nombre. Je vais également rencontrer Arnaud qui doit courir son premier marathon le lendemain avec elle. Bon inutile de vous dire que le diner ne sera pas l'occasion d'évoquer le centenaire de la naissance de Claude Levi-Strauss et l'importance de ses travaux pour Indiens Nambikwara en Amazonie mais plutôt de l'intérêt ou non de prendre un gel dès le 15° km...
Bon question sommeil vous vous doutez bien que 2 nanas ensemble dans la même chambre on a vu mieux ! (non Fred repose ton appareil photo...) Nous avons bien sur papoté allègrement et c'est presque avec regret que nous avons éteint la lumière. 6 h de sommeil pas vraiment réparateur et surtout le regret de perdre mon titre de « plus petite vessie du monde » ! Là encore il faut se rendre à l'évidence : Brinouille est vraiment trop forte...
Réveil difficile et constat douloureux : mamy ne dort bien que dans son lit... j'ai un torticolis de folie qui m'empêche de tourner la tête à droite. J'ai l'habitude, à la maison ils m'ont surnommé Dark Vador ! Je me rassure en me disant que de toute façon je vais courir tout droit et que cela va passer avec le marathon.
Petit déjeuner à la biscotte (pas eu le temps de me faire un gatosport !) et au miel comme au bon vieux temps et force est de constater, si l'on en croit l'échantillon peu représentatif je le conçois de notre hôtel, que la testostérone va régner en maitre sur ce marathon ! 12% de femmes... On va encore se sentir bien seules mais bon... Ce n'est pas tout ça mais il faut se préparer. Et là on va encore avoir le droit à du grand Barbie. J'avais déjà constaté qu'il me manquait un pyjama (non Fred lâche le camescope, j'avais pris un jogging...) mais il faut se rendre à l'évidence : j'ai beau retourner ma valise dans tous les sens, j'ai aussi oublié ma culotte fétiche. Après le soutien gorge de Nice, voilà la culotte de La Rochelle. Tu me diras c'est tout à fait raccord avec le thème « in bed with Brinouille » mais ça pose quand même un sérieux problème. Il faut vous dire que j'ai une culotte fétiche, une dim en strech, celle qui va bien, qui ne frotte pas, qui est confortable même sur un 100 km, bref la culotte idéale. Alors je fais quoi ? Eh bien oui j'avoue : après le striptease à Boulogne j'ai couru un marathon sans culotte ! Après tout j'ai un collant et pour une fois je n'aurai pas de marque... Là le bruit que vous venez d'entendre c'est Fred qui vient de sauter par la fenêtre désespéré d'avoir raté ça à cause d'une tempête de neige dans la Beauce ! Avec des photos comme ça on faisait la page centrale de Jogging International pas moins !
Enfin bon on s'égare et il faut se rendre au départ. Il fait froid mais il ne pleut pas et ça c'est un sacré point positif. Nous retrouvons Arnaud qui nous accompagne dans les SAS des filles inquiet que son temps ne soit pas enregistré. On le rassure : la probabilité que la puce reconnaisse le sexe de la personne qui la porte est assez minime... Le départ est donné et en quelques secondes nous courrons. Certes il y a du monde mais nous courrons. Et là il faut se rendre à l'évidence : Brinouille en a sous la running ! Je la vois qui part, qui revient, nous attend et repart. Arnaud regarde inquiet son cardio et me dit : « je suis déjà à 180, je ne vais pas pouvoir tenir longtemps comme ça ». J'ai 2 secondes pour décider ce que je fais. Le choix est simple : soit je tente de suivre notre mobylette du jour, je tiens jusqu'au semi et je m'écroule lamentablement pour finir au mieux en 3h50, soit je reste avec Arnaud. Brinouille prépare cette course depuis plusieurs semaines, moi je ne savais pas que j'allais la courir il y a seulement 48h. Et bien sur en 2 sec. le choix est fait. Je lui crie : « vas y fonce, je reste avec Arnaud » et je la vois s'éloigner heureuse d'avoir retrouvé ses jambes. Allez j'avoue : j'ai longtemps cru que nous la ramasserions sur le bord de la route genre au 30° km... Autre point qui a son importance : mon torticolis me fait vraiment souffrir. A chaque mouvement du bras droit, ça me lance. Ça promet !
Je me retrouve donc lièvre d'un jour d'un charmant garçon que je ne connaissais pas la veille, bien décidée à lui éviter toutes les erreurs que j'ai pu commettre lors de mon premier marathon. Je rigole doucement quand il me dit : « on verra au 35°, si je suis bien on pourra accélérer... ». Mais oui mon garçon... j'aime la naïveté du primo-marathonien. Brinouille m'a prévenu et il me le confirme : sa prépa laisse un peu à désirer, pas vraiment le temps avec son boulot de tout concilier. Il va donc falloir se la jouer prudent. Jusqu'au 20° km tout va bien, nous sommes plutôt réguliers, sur une base de 3h45 ce qui pour un premier marathon me semble un peu ambitieux. Lorsque nous abordons la première difficulté à savoir un faux plat au 12° km (environ je ne suis pas la pro de ce genre de chiffre), je le vois tiquer un peu. Je lui dis que c'est au prochain tour que cela risque d'être dur et qu'il faut garder des réserves. Il me regarde perplexe : « t'appelle ça un faux plat toi ? Pour moi c'est une côte ! ». « Viens donc au Mont Blanc avec moi et je te montrerai ce que c'est qu'une côte » que je lui réponds...
Nous respectons tous les ravitaillements même si nous ne trainons pas et la première boucle se passe sans trop de difficulté je dois bien l'avouer. Je vois bien son regard inquiet vers son cardio qui ne descend pas vraiment. Je lui dis de lâcher les chiffres et de s'écouter lui avant tout. 25° km : ça y est nous rentrons dans l'inconnu pour lui. Je sais qu'il nous reste 5km avant que les choses sérieuses commencent. Nous parlons de moins en moins. 29° km j'entends un « je crois que j'ai une crampe qui arrive ». Brinouille m'a prévenu, l'animal est « crampeux » (pas sur que ce soit dans la nouvelle édition du petit Robert mais bon). Je lui lance un « le ravito est dans un km, tu marcheras un peu à ce moment là ». Silence dans les rangs, on continue. 30°, ravito, j'avale mon verre de coca et on repart. La crampe n'a plus l'air à l'ordre du jour... Passage dans le parc et là j'entends un « bravo Cécile ». Comme j'ai un autre prénom sur mon dossard, je lève le nez et je vois ma maman qui est venue sur le parcours finalement alors qu'elle devait m'attendre à l'arrivée. La bonne idée que voilà : je lui jette mes gants au vol qui commençaient à me gêner. Arnaud est un peu surpris de ma générosité soudaine mais je le rassure : non je ne compte pas distribuer mes vêtements comme ça au fur et à mesure, la dame je la connais, elle m'a mis au monde il y a 38 ans déjà. Ce n'est pas un strip marathon non plus...
Le fameux faux plat est là et nous l'attaquons tambour battant. Je le rassure : « allez on passe ça et après on déroule jusqu'à l'arrivée ». On dirait une pro... Je me souviens que c'est là qu'il y a 2 ans le cauchemar a commencé pour moi, il s'agit donc de gérer ça de façon intelligente. Ça passe mais je sens qu'il commence à souffrir. Le mur est là et il va falloir l'escalader. Ravito sur le port au 35°. Pas facile moralement puisque nous croisons ceux qui finissent, mais il faut quand même repartir. Je tente un très humoristique « alors on accélère ? » mais la façon dont il me regarde laisse supposer que nous allons laisser la découverte du negatif split pour un autre jour ! 37° km il s'arrête, il veut marcher. Je le préviens tout de suite : ok on marche mais dans ce cas on part sur du cyrano. Il a le droit à 1 min puis ce sera 9 min de course et ainsi de suite ! Je suis la nouvelle directrice de la Star Ac, la nounou d'M6 : d'accord tu as le droit à un bonbon mais va falloir ranger ta chambre d'abord. Sur le coup je me dis qu'il va me prendre pour un monstre mais je sais ce qu'il traverse puisque je l'ai vécu et je sais très bien que si nous ne redémarrons pas très vite, c'est fini. Certes il est évident que nous allons finir mais en marchant et non en courant. Je l'ai vécu toute seule il y a 2 ans, quasiment au même endroit. Ce paysage, je le connais, j'ai largement eu le temps de l'admirer... Allez dans ma grande bonté je lui laisse 30 sec de plus et je redémarre. Et là il me suit. Le ballon des 4h est là juste derrière nous et je sens que cela le motive pour avancer. Il ne parle plus, il n'y a plus que moi qui vais le faire. Un peu, pas trop, histoire de ne pas le saouler non plus. On avance en tout cas et nous n'allons plus remarcher jusqu'à l'arrivée. Certes le ballon des 4h va nous dépasser mais il va rester en vue jusqu'à la fin. Notre arrêt au stand du 40° km va être digne de celui d'une voiture de formule 1, il chope un verre, l'avale et nous repartons tout de suite. C'est parti pour le finish sur le port. Là je sais qu'il va y avoir la foule des spectateurs, que leur présence te booste quelque soit ton état et c'est ce qui se passe. Nous avançons, doublons des coureurs, la fameuse tour est en vue et elle nous tend les bras. A 500 m de l'arrivée je le laisse partir. Je veux qu'il finisse seul, c'est son premier marathon, sa course, je reste 2 m derrière lui et je regarde autour de moi. C'est là qu'il y a 2 ans maintenant j'ai couru mon premier marathon et là aujourd'hui que je cours mon 13°. C'est fou comme le temps a passé vite... Je vois Arnaud passer la ligne en 3h59 exactement : le pari est réussi. Premier marathon en moins de 4h pour lui et grande satisfaction pour moi. Son visage lorsqu'il se retourne pour me chercher, son sourire mêlé de douleurs vaut tous les remerciements du monde. « Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi dur » seront ses premiers mots. « Sans toi je ne serai jamais reparti et j'aurais fini en plus de 4h »seront les suivants... Nous allons récupérer notre médaille, notre coupe vent et nos huitres. Il marche difficilement me rappelant ma propre arrivée 2 ans auparavant. Il va nous falloir encore rentrer à l'hôtel, empruntant un chemin rempli de marches, d'escaliers vicieusement disposés par l'organisation.
A l'hôtel, nous attend notre Brinouille rayonnante, sa médaille autour du cou, heureuse d'avoir fait le même temps qu'à Chavagnes à quelques secondes près. Pour une blessée, on a vu pire... ça doit être ma casquette porte bonheur que je lui ai prêté qui lui a porté chance !
Nous allons nous quitter tous heureux de ce moment de sport, de vie qui fait tout le charme de cette distance. Je prends une douche, retrouve Antoine qui a lui aussi fait des étincelles puisqu'il a de nouveau gagné en 2h51 avec son jeune coureur, qui n'a peut être plus ses yeux mais qui a des jambes en or. Vincent est lui déçu avec une minute de plus que son objectif mais qu'est ce que 60 petites secondes...
Et voilà 13° marathon pour moi. Ce chiffre de malheur est synonyme pour moi de grand bonheur. Etonnant les hasards de la vie qui ont fait que je me suis retrouvée à passer le flambeau là où tout a commencé. J'aurais tellement aimé avoir quelqu'un pour mon premier qui m'aide dans les moments difficiles. Certes un monsieur s'est arrêté et je lui dois d'avoir fini en courant mais s'il avait été là dès le début je n'aurais peut être pas fait toutes ces erreurs qui m'ont couté cher à la fin de ma course. Ce marathon restera un des mes plus grands souvenirs en tout cas et je vous souhaite à toutes et à tous de connaître un jour le sentiment que j'ai ressenti lorsqu'il m'a souri en passant la ligne. Je ne conçois pas la course à pied comme un sport tourné vers soi même. Si nous nous inscrivons à des courses c'est avant tout pour partager des moments avec d'autres passionnés comme nous, sinon à quoi bon ?
Barbie
Ps : pour info mon torticolis n'est jamais passé !!!
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Je ne peux que t'encourager à continuer comme ça, à rester fidèle à toi même... ne changes pas.
Gros bisous Cécile