Coucou les filles (et les garçons, compte tenu de la belle participation de Marathonnerre à ce post!)
Je vais essayer de résumer pour vous éviter une trop longue lecture, mais çà va être dur!!! Je me disais hier qu'après la naissance de mes deux enfants, ce que j'ai vécu dimanche est sans doute une des choses les plus belles et les plus fortes que j'ai pu connaître.
Il est vrai qu'au delà de l'aspect sportif, j'avais fait de ma course un engagement humain, en récoltant des fonds pour le service des cancers pédiatriques de l'hôpital Memorial Sloan Kettering de New York; Fred's Team, du nom de Fred Lebow, le refondateur du Marathon de NY en 1970, a encadré mon séjour et ma course et les deux sont indissociables.
Dimanche matin, donc, petit déj avec l'équipe avant de faire la photo de groupe sur Time Square et de prendre le bus.
J'ai mon Gatosport dans mon sac, je me dispense donc assez facilement de l'énorme buffet offert (mais comment vont-ils pouvoir courir après avoir avalé tout çà??), et j'écoute le discours d'Aubrey Barr, tout petit bout de femme blonde, soignée à MSKCC à l'âge de quatre ans pour une leucémie presque incurable à l'époque, mais guérie, marathonienne et maman de deux enfants, c'est elle qui a relancé Fred's Team après la mort de Fred Lebow, grâce à elle que les fonds récoltés vont au service pédiatrique de l'hôpital. Le ton est donné...la salle est au bord des larmes.
Je retrouve Alberta, avec qui j'ai sympathisé sur le groupe internet de Fred's Team: 59 ans, une pêche d'enfer, premier marathon...very girl power, comme dirait Barbie!
Et dans le bus, nous rencontrons notre troisième copine, Shannon. Premier marathon aussi, mais elle, elle le court car sa petite fille de 4 ans a été soignée à MSKCC l'an dernier, elle est actuellement en rémission... sur le tee-shirt de sa maman coureuse, Marrett a dessiné le contour de sa petite main et écrit "Go Mummy"... Shannon est au bord des larmes, elle a peur de ne pas y arriver. Comment vous dire, mes peurs à moi, mes doutes, mes questions existentielles du genre "j'ai pris assez de gels" ou "le faux plat à la fin...", tout çà me semble tout à coup dérisoire.
Je sais que je vais en baver mais je n'ai plus peur de rien, et cet état de grâce ne va plus me quitter.
Je vais rester avec Shannon et Alberta pendant trois heures, par un froid polaire (3 degrés, du vent...), assises sur des sacs, à boire du café (pas génial avant de courir mais par ce froid on a même fait 25 minutes de queue pour en avoir une tasse), à partager mon Gatosport et les PowerBar d'Alberta.
Très franchement, j'étais heureuse qu'elles soient là. C'est long, il fait froid, on ne sait pas ce qui va se passer...On s'est serrées les unes dans les bras des autres avant de rejoindre nos zones de départ respectives , et là c'est toute seule comme une grande que j'attends 10 heures. Le temps de me débarrasser de mes vieux pantalon et veste en polaire que j'étais ravie d'avoir emmené, et c'est parti...
On est un peu serrés le temps d'arriver sur le pont, la sono hurle New York, New York, le pont est là, majestueux sur fond de ciel bleu, c'est irréel.
J'ai au poignet un bracelet que j'ai été cherché chez Nike la veille, qui donne les temps de passage au mile en fonction du temps souhaité. J'ai demandé quatre heures.
Ce bracelet (là encore, je pense à Barbie et au sien...), je vais commencer à le regarder et à m'en servir comme d'une balise permanent au 2ème mile; là, j'ai 2 minutes de retard sur le temps indiqué, et jusqu'au bout elles seront là: ces deux minutes en trop pour finir en 4 heures, c'est là, sur le pont Verrazzano que je les perds.
Et pour cause: je suis scotchée. Je trottine à peine, les yeux rivés sur les tours de Manhattan là-bas dans le lointain, c'est si beau, si magique... jets d'eau, hélicos au-dessus de nous...
Bref, j'atterris en arrivant de l'autre côté du pont, à Brooklyn, là je me rappelle enfin pour quoi je suis venue et je me mets à courir. A mon rythme, bien, totalement portée par les spectateurs, la musique, les "go, Virginie! Go, Fred's Team!"
J'ai décidé de ne penser qu'en miles, d'abord parce qu'il n'y en a que 26, psychologiquement çà passe mieux que 42, et puis j'ai peur de m'emmêler les pinceaux avec mes temps de passage si je convertis à chaque fois en kilomètres.
Les miles défilent, je bois un peu à chaque ravitaillement, en alternant eau et Gatorade (conseil de Barbie!); toujours beaucoup de monde, c'est familial, les enfants sont assis au bord de la route, ils tendent des bonbons...
Une pensée pour Barbie (une de plus, j'en ai eu vraiment beaucoup...) en voyant tous les spectateurs dans leur doudoune marron, la même pour tous, dans le quartier juif orthodoxe!
Je passe le semi en 2h02, tout va bien, j'appréhende un peu le pont de Queensboro qui va nous faire rentrer dans Manhattan; çà monte un peu, mais je suis plus gênée par le fait de courir sous le pont, je suis un peu claustro.
Je prends un gel tous les 5 miles, je me force un peu car je n'en ressens pas vraiment le besoin mais je pense que çà paiera, je n'aurai jamais le moindre coup de barre, ni physique, ni moral.
Arrivée dans Manhattan, sur la 1ère avenue: on entend la clameur des spectateurs avant de les voir...Foule immense, à côté Brooklyn, c'était la petit course de quartier!
Chair de poule et énorme bouffée d'énergie. Je guette le 17ème mile, car la course passe alors devant l'hôpital; en y arrivant, je ralentis pour taper dans toutes ces mains qui se tendent, médecins, infirmières, parents. Les enfants présents sont trop fatigués, souvent sur des brancards, mais tant de choses passent dans leurs regards si vite croisés.
Je repars, et mes larmes coulent. Il reste neuf miles, ce ne sont pas les plus faciles mais mes jambes avancent seules, je n'aurai même physiquement mal que vers le 37ème kilomètre, pas avant... c'est dingue ce que la tête peut faire.
Je ne faiblis pas, j'y crois, je crie "allez" quand c'est un peu plus dur, çà n'a l'air de gêner personne!
Le Bronx, écran géant, "we will rock you" de Queen, je chante, les bras levés avec les autres coureurs, puis Harlem, là je commence à avoir vraiment hâte de voir les arbres de Central Park. De plus en plus de coureurs s'arrêtent, les visages sont tendus, je me demande à quel moment l'état d'euphorie qui m'habite va céder la place à autre chose. Mais çà n'arrive pas. Enfin la 5ème Avenue, nous longeons le parc; un panneau au bord de la route "pain is temporary, pride is forever", la douleur est temporaire, la fierté c'est pour toujours.
Je vois le flot de coureurs monter devant moi, voilà donc le fameux faux plat..;et bien une fois dessus, je ne le sens même pas, je suis en pilote automatique, chaque foulée me coûte mais, oui, je suis portée, je comprends maintenant ce que voulaient dire toutes les filles qui l'ont fait.
Nous rentrons dans Central Park, je me dis "presque, presque, presque...", je vois qu'il reste deux miles, mon mari et mon fils sont à la sortie du parc, juste avant l'arrivée. Je les cherche, je ne les vois pas, ah si, çà y est, j'embrasse mon fils, je sais que j'y suis presque... retour dans le parc, encore quelques dizaines de mètres, et hop, çà y est, 4h02 et 36 sec.
La formidable tension nerveuse et émotionnelle qui m'a portée pendant 26.2 miles cède brutalement et je fonds en larmes, sanglots nerveux, pendant que ma voisine d'arrivée me vomit sur les pieds, comme dirait Churchill, du sang de la sueur et des larmes!
C'est fini, je marche, poussée par les bénévoles "walk, walk, don't stop..." je récupère couverture, médaille et sac de victuailles (et oui, on est aux U.S.!)...et je cherche la sortie. çà me prendra bien 20 minutes, et puis il faudra même que je rentre à l'hôtel à pied car les rues autour du parc sont fermées, piétonnes, pas de taxi...
Je suis presque heureuse d'être seule à cet instant, il faut que la pression retombe, c'est dur...
Alberta s'est blessée au 20ème mile, elle a fini en marchant. respect.
Shannon a fini en 4h28, elle a trouvé la fin très dure, mais Marrett est très très fière de sa maman.
Merci de m'avoir lue, c'était très long...Et merci pour vos conseils si précieux et votre soutien.
Je voudrais revenir en 2009, je suis préinscrite, j'espère que nous serons nombreuses; c'est par le forum que j'ai appris le super chrono de Jogasi, quant à Véro, injoignable, son portable semble ne pas passer quel dommage...alors j'espère à l'an prochain, cette magie-là, il faut l'avoir vécue dans une vie de coureuse!
PS j'ai su ici en vous lisant que Noah était devant moi...aaarghhh
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