|
Pourquoi ce titre provocateur ? Parce que franchement s'il y a bien une course où il faut totalement déconnecter son corps de son esprit et arrêter de réfléchir c'est un bien un 100 km !
D'abord la genèse : comment me suis retrouvée vendredi dernier à Millau ? Je cherche depuis 2 jours et je suis incapable de me rappeler quand cette idée m'est venue en tête. Je me souviens très bien quand on m'a parlé la première fois de cette course légendaire mais comme à l'époque je n'envisageais le marathon qu'à très long terme, je dois bien reconnaître que cela m'était un peu passé au dessus de la tête. Je m'étais juste dit : « faut quand même être complètement cinglé pour courir 100 bornes comme ça sans s'arrêter... ». Mais bon le ver devait être dans le fruit puisque j'ai fini par m'inscrire !
En fait je suis partie d'un principe simple : j'ai la prétention, l'ambition, appelez ça comme vous le voudrez de courir un jour le marathon des sables. Tout cela a un coût et comme il est difficile de savoir si on est capable de résister à ce type d'épreuve, j'ai décidé que je ne partirai que lorsque je serai capable de faire Millau sans accompagnateur (vélo j'entends).
Vendredi arrivée à Millau vers 16h30 grâce à Cunégonde, ma GPS, qui pour une fois ne m'a pas fait tourner en bourrique autour des ronds points. Elle doit sentir que ce n'est franchement pas le moment. J'arrive à l'hôtel et là ça commence... « Mme Bertin vous dites ? Désolée je n'ai pas de réservation à ce nom Madame... ». Qu'est-ce que je fais ? Certes elle reste souriante mais là franchement je n'ai pas envie de rire du tout !!! Elle replonge sur son écran après que je lui ai fait mes yeux très très méchants que quand je les fais même mes enfants m'obéissent, c'est dire. Et là miracle : « ah désolée, vous êtes enregistrée à Mme Vertin ! Mais vous n'avez réservé que pour 2 nuits ». C'est sur j'adore Millau mais je ne compte pas non plus m'y installer ! « Non c'est parce que vous avez beaucoup de bagages alors je voulais juste vérifier ». Avant de l'étrangler avec mes lacets de runnings, je chope ma clé et je grimpe dans ma chambre. Il faut bien l'admettre, la chambre est grande et j'ai une vue superbe sur la ville. Mais bon je ne suis pas là pour traîner, j'ai un dossard à récupérer. Direction le parc de la Victoire (tout un programme...) soi disant à quelques centaines de mètres. Inutile de vous préciser que bien sur je me perds...Je finis par tomber sur un groupe qui vu leur allure ne peut qu'aller au même endroit que moi. Au fur et à mesure que je me rapproche de la salle, je me demande ce que je fais là. Est-ce bien raisonnable ? Et si ma cheville me lâche ? Et si je m'étais montrée un peu trop ambitieuse cette fois ci ? Après tout rien ne m'oblige à y aller. Je n'aurais qu'à dire que j'ai été foudroyée par une crise de palu ni vu ni connu je t'embrouille... Bon je suis devant la petite dame qui remet les dossards et je n'ai plus le choix : « 41 ! ». Je m'accroche à une idée : j'ai donné mon numéro de licence mais je n'ai pas reçu la nouvelle. Je n'ai que la copie de mon certificat et avec un peu de chance ils ne vont pas en vouloir. Là je pourrais dire : « c'est pas ma faute ! C'est la faute à la FFA et ces fichus règlements. Ah l'administration... ». Je tente un : « c'est bon vous n'avez besoin de rien ? ». « Non non votre dossier est complet. ». Et mince... Je peux alors tenter une fuite discrète puisque personne ne m'a encore vu et là re-pas de chance j'entends un : « salut tu vas bien ? ». Surgit derrière moi Olivier que j'ai rencontré sur le semi-marathon de Boulogne Billancourt. Il était lièvre en 1h45 et portait fièrement son maillot du marathon de NY qu'il venait de courir lui aussi. Autant dire que le sujet de conversation était tout trouvé. Nous nous sommes retrouvés par hasard au marathon du Médoc et donnés rendez-vous à Millau où lui aussi venait tenter l'expérience pour la première fois. Eric est arrivé par là dessus et j'ai compris que c'était fini. Plus le choix ma grande, tu l'as voulu, il va falloir y aller...
Je me rassure en me disant que tout va bien se passer, j'ai le dossard n° 41 et comme 4 -1 font 3 (ouaih je sais mais j'ai eu 16 en maths au bac quand même...) et que 3 est mon chiffre porte bonheur, ça va le faire. C'est pathétique, on s'accroche à n'importe quoi par moment.
Retour à l'hôtel pour attendre tranquillement le reste de l'équipe courir au féminin à savoir Mireille et Brinouille les accompagnatrices de choc et Nenni bien sur.
Nous dînons tous ensemble ce qui fait avec le groupe de Mireille un repas plus proche de celui d'un mariage que d'une veille de course et bien sur les ennuis continuent. Le téléphone sonne et j'ai déjà un mauvais pressentiment. Ça ne loupe pas : « Paul vient de s'ouvrir le front, c'est bien entaillé qu'est ce que je fais ? ». Je vais suivre les pérégrinations de mon petit dernier par téléphone interposé et franchement là je suis mal. Quoi faire ? Le pronostic vital n'est pas engagé, il n'a pas eu de point, juste de la colle. Je rentre dans ma chambre d'hôtel le moral dans les chaussettes. Mais qu'est ce que je fous là bon sens ??? Je décide de me suicider au mini bar... Y a pas plus morbide que le suicide par mini bar dans une chambre d'hôtel à Millau... Sauf que je suis dans un hôtel Ibis et qu'ils ont enlevé les mini bars... Me rappeler la prochaine fois de choisir un hôtel avec ce qu'il faut. Je fais le tour de mes nombreux sacs et je n'ai à me mettre sous la langue que de la St Yorre sport... dans le genre on fait mieux. J'envisage un instant un rail d'Isostar histoire de commencer la drogue tant que j'y suis mais là encore je doute sérieusement du résultat. Du coup je m'endors, épuisée par toutes ces émotions.
Réveil à 7h tranquille et après une douche rapide direction la salle du petit déjeuner. Je vais impressionner Mireille avec mon cake de gatosport au chocolat moelleux à souhait. Un thé, mes vitamines et c'est parti. Rendez-vous est pris avec Olivier et Eric pour le départ. Nous avons à peu près les mêmes temps théoriques soit du 10km/h sur le premier marathon et officiellement du 9km/h pour moi sur la 2° partie avec les fameuses cotes à gérer. C'est marrant de revoir le film du départ, je n'imaginais pas qu'il y avait autant de coureurs devant nous. Les accompagnateurs sont partis devant et attendent les coureurs au premier village. Ce qui est vraiment étonnant c'est que personne ne se presse !!! Je n'ai jamais vécu un départ de course pareil. Nous sommes là plutôt tranquille conscient que de toute façon une minute de plus ou de moins ce n'est pas grand-chose... Je cours avec Olivier et Eric vitesse papotage. J'ai plus l'impression d'une sortie longue cool que d'un 100 km. Les vélos sont déjà là et je dois dire que c'est vraiment très impressionnant. On voit la différence entre ceux qui ont déjà tenté l'expérience, les débutants, les copains qui ne réalisent pas encore dans quoi ils s'embarquent, qui ont dit : « ok je t'accompagne ! » sans vraiment réaliser qu'ils auraient eux aussi à pédaler pendant 100 km sur des côtes mémorables. Il y a tellement de monde que j'ai presque l'impression d'être dans une course cycliste... L'accompagnateur d'Olivier surgit et alors là pas de doute ils ont préparé le coup ! Une caisse devant, une caisse derrière, les drapeaux pour égayer tout ça et pour compléter le tableau il y a même la musique !!! Je ne vois pas Brinouille avec le monde mais je sais qu'elle attend son héros du jour.
Notre trio ne va pas tenir très longtemps et je perds mes camarades beaucoup plus rapides que moi. Je dois avouer que j'ai un peu peur de ce qui va arriver derrière alors je reste sur mes gardes, j'en garde sous le pied comme disent les pros... Bon bien sur je ne vais pas rester toute seule très longtemps et mes 2 nouveaux compagnons de route s'appellent Laurent et Benoît. Pas besoin de faire les présentations pour moi, Running Attitude est passé par là... Ils sont tous les 2 à leur 3° expérience, autant dire que je vais les écouter consciencieusement. Le parcours est de toute beauté en tout cas mais le premier qui me redit qu'il faut en profiter parce qu'il est plat je le noie dans un seau de gatorade !!! Il y a déjà de jolies petites côtes mais il faut avouer que comme tout le monde est plutôt tranquille, elles se montent gentiment mais sûrement. Les ravitaillements aussi sont tranquilles. De toute façon les gobelets limitent sérieusement les velléités des coureurs ! La chaleur monte doucement et les heures vont être longues : pas question donc de négliger l'hydratation sous peine de le payer durement plus tard. Ce qui est complètement dingue c'est que ce premier marathon va passer comme une lettre à la poste alors que je vais mettre 4h45 à le courir !!! Il faut dire qu'on papote, on se raconte nos faits d'arme comme de vieux combattants de la course à pied que nous sommes. Nous n'en sommes à pas comparer les traces de nos vieilles ampoules genre « celle là c'était NY 2007 et ça c'est Paris 2007, tu te souviens la canicule... » mais c'est tout juste ! En tout cas une chose est sure, ils sont unanimes tous les 2 : après Millau les côtes il faut les marcher si je veux aller au bout.
Mais nous ne parlons pas que souvenirs de course à pied, vous voulez une histoire de blonde ???
Allez une petite pour la route :
C'est une blonde qui rentre dans une librairie et qui s'adresse à une autre blonde vendeuse dans ce magasin.
- - bonjour je cherche un livre s'il vous plait?
- - bien sur quel auteur?
- - oh 20 centimètres environ...
- - Vincent comment vous dites?
Vous voyez qu'est ce qu'on se marre sur un 100 bornes !!!
Nous arrivons à Millau où les marathoniens nous quittent et où nous les forçats de la route repartons. Je croise Eric qui repart alors que j'arrive à peine. Il me propose de m'attendre mais je lui conseille de partir. Je n'ai aucune idée du temps que je vais perdre et je ne veux pas le pénaliser (le pauvre il ne sait pas ce qui l'attend !!!).
Je perds mes copains d'un jour, je bois un peu, je me rince le visage et c'est reparti pour un peu plus de 58 km et la fameuse première cote sous le encore plus fameux viaduc. Comme je suis seule je dégaine le lecteur MP3 qui n'a pas encore servi. Je veux me donner un rythme pendant cette marche forcée et la musique m'aide généralement. J'ai beau être dans de superbes paysages, je suis dans ma musique, dans ma course. Je suis Jennifer Lopez dans le stade de Los Angeles le jour de l'ouverture des JO et je danse une salsa endiablée devant des millions de téléspectateurs. Je suis Gywneth Paltrow et mon mari Martin m'a composé une chanson rien que pour me donner envie de me lever le matin en me disant que la vie est belle. Je suis Vanessa Paradis et dès que je te vois je sais que c'est toi... les kms défilent et la descente est là, je lâche les chevaux, je revis un peu en me disant au fond de moi-même que je serai là dans plusieurs heures à marcher si tout va bien. J'arrive au 50° km et son ravitaillement. C'est une salle où on commence à sentir que la souffrance va vraiment être une partenaire quasi incontournable de mes compagnons de route. J'en profite pour aller aux toilettes et je découvre l'ampleur des dégâts. Ce qui était fini depuis 24 h est reparti de plus belle et je maudis ma condition de femme non ménopausée tout en louant Skins d'avoir pensé à faire des collants noirs opaques et pas blancs... De toute façon je n'ai rien pris, il va falloir faire avec... En sortant j'aperçois Eric sur une chaise. Honnêtement il n'a pas l'air au top. Il souffre des pieds qui le brûlent et le moral s'en ressent. Je lui propose de repartir avec lui et il abandonne la podologue pourtant charmante pour me suivre. Nous voilà repartis sur la route contents de nous être trouvés, enfin là je parle pour moi ! Ravitaillement suivant non seulement je bois mais je plonge mes bras dans des bassines d'eau glacée qui me font le plus grand bien. Les manchons sont trempés et je vais les remonter pour un petit répit de fraîcheur. Il fait un peu chaud et j'ai déjà des coups de soleil super esthétiques... Pour la première fois j'ai des brûlures sous les bras, chose qui ne m'était jamais arrivé à ce jour. Le mélange du sel de la transpiration sur les coups de soleil commence à devenir vraiment gênant. Mais là Super Eric intervient !!! Il sort de sa ceinture de ravitaillement un tube (pas un petit, plutôt le genre familial...) de crème anti-frottement. Je bénis le ciel et lui par la même occasion. Je me tartine sous les bras tout en courant et c'est reparti. Y a pas à dire c'est sexy la course à pied... Les kms avancent doucement mais sûrement et au 60° je me dis : « chouette il ne me reste qu'un marathon !!! ». Je suis complètement cinglée ou quoi ???
Bon bien sur les ennuis continuent quand même. Alors que je n'avais pas eu spécialement de douleurs jusqu'à présent je me retrouve foudroyée par une crise cardiaque et une crise d'appendicite en même temps. Question appendicite, ok je ne l'ai plus donc il faut chercher autre chose. Pour le cœur, là c'est plus gênant. Je suis tout simplement incapable de courir et je suis obligée de m'arrêter net. Eric se sacrifie et reste à mes côtés. Je ne sais pas ce qui se passe mais à chaque tentative de reprise la douleur revient. J'ai l'impression de ne plus pouvoir respirer. Ok c'est bon je dégrafe le soutien gorge. De toute façon ce n'est pas 40 km à l'air libre qui vont les faire tomber. Pour tomber il faudrait encore en avoir de toute façon... Dès que je fais ça cela va un peu mieux. Pour le ventre je masse, je pense à autre chose, bref, je cours quand même, pas vite certes mais je cours tant bien que mal.
Le plus dur moralement c'est que c'est le moment que choisissent les élites pour faire leur apparition ! Alors que moi je tente de rejoindre Saint Affrique tant bien que mal, eux sont là déjà en train de repartir vers Millau. Ils ont l'air bien en plus ! Bon je me rassure en me disant qu'il n'y a toujours pas de femmes à l'horizon, que de toute façon, celles qui courent cette distance en un peu plus de 8 h sont petites, moches, toutes sèches, bref je fais ma langue de pute. Jusqu'à ce qu'elles arrivent... Là Eric éclate de rire : un avion à réaction !!! Le genre canon de beauté brune, une fille superbe, souriante, à peine marquée... Je la déteste !!!
Arrive le meneur d'allure des 10h, un peu seul lui aussi. Je lui propose gentiment de faire demi tour pour l'accompagner et lui tenir compagnie, le pauvre on ne peut pas le laisser tout seul comme ça. Jusqu'où va mon sens du dévouement quand même... Bon Eric est là pour me surveiller et me rattrape au vol. Apparemment ma stratégie de fuite ne fonctionne pas et mon salut passe par Saint-Affrique. Nous allons croiser Olivier qui lui aussi redescend toujours suivi par son fidèle compagnon, il a l'air bien, prêt à réaliser un exploit pour son premier 100 km, une vraie formule 1 de la course à pied ce garçon (ok il n'y a que lui qui va comprendre...). Nous alternons course et marche suivant la méthode cyrano et nous finissons par enfin apercevoir cette fameuse ville qui vaut les bonnes blagues de cent bornards (décidément de grands comiques qui s'ignorent !) et leur fameux « c'est encore loin l'Afrique ? » « oh juste 1500 km et tu y es... ».
Le ravitaillement est dans une grande salle et nous pouvons récupérer nos sacs qui ont fait le voyage jusque là. Je suis sensée récupérer ma lampe frontale et mon pull pour la partie nuit de la course. Eric a prévu un changement de tenue complet avec dégainage de la tenue skin de compet et même pique nique au gatosport. Moi je suis allongée par terre les jambes au mur et franchement je n'en mène pas large. Là arrive mon pire cauchemar : le meneur d'allure des 13h ! Mais qu'est ce qu'il fout là lui ??? Normalement il devrait être beaucoup plus loin derrière moi, ça ne va pas du tout ça. Je bondis sur mes 2 pieds (non je rigole !!! c'est une image bien sur) et je me précipite à la vitesse d'un escargot traînant non pas sa maison mais un lotissement tout entier vers Eric. Il n'est pas prêt à repartir et je ne réalise pas vraiment le temps qu'il va mettre à se préparer. Le meneur Stéphane m'a déjà dit qu'il repartait en marchant puisque nous avons une côte très vite en sortant de la ville. Là je vais faire un truc abominable que je ne me pardonne toujours pas vu la suite des évènements mais je vais partir sans Eric. Je m'en excuse publiquement aujourd'hui. Je crois sincèrement que mon sang n'irriguait plus que mes jambes parce que je ne comprends toujours pas pourquoi j'ai fait ça encore aujourd'hui. Je savais qu'il réussirait à me rattraper et c'est ce qu'il a fait mais franchement je n'étais pas à 5 min... Enfin bon je ne vais pas refaire ma course éternellement et je pars, mal à l'aise mais je pars. Je suis tellement mal au fond de moi-même que je meuble mon mal-être en parlant, beaucoup trop au goût de certains (dixit le meneur d'allure) et au bout de 5 min j'ai pris ma décision. Au prochain ravitaillement de toute façon je m'arrête et j'attends Eric. Tant pis pour mon objectif, je ne peux pas finir toute seule de toute façon, je suis trop mal. Et puis tout à coup j'entends sa voix, il nous a rattrapé ! Je n'ose même pas imaginer le train d'enfer qu'il a du mener pour être là à nos côtés, surtout après tous ces kms mais il est là et je peux courir tranquillement. Il fait semblant de ne pas m'en vouloir et nous continuons tranquillement notre route. Nous croisons pour notre plus grand bonheur Nenni et Brinouille totalement déchaînée sur son VTT qui descendent vers Saint Affrique. Mais où trouvent ils leur énergie ??? En tout cas ils ont l'air biens et je suis rassurée.
Et nous aussi nous sommes bien au fait : la preuve nous allons quitter notre groupe des 13h pour nous envoler dans la descente, la même que j'ai monté si durement tout à l'heure. La nuit commence à tomber et de toute façon maintenant je n'ai plus le choix je dois rester avec Eric, il est le seul à avoir une lampe frontale... J'ai décidé de ne pas prendre la mienne et je n'ai même pas pris de pull. Je prie pour que la température ne baisse pas trop vite.
J'ai l'impression d'avoir volé mais en fait pas tant que ça. Nous arrivons au ravitaillement suivant, alors que j'ai à peine posé mes fesses sur une chaise accueillante que Stéphane, le meneur d'allure, décidément ange des ténèbres aujourd'hui ressurgit. Mais ce n'est pas vrai à la fin, je ne vais pas réussir à le semer ce mec là. C'est bien la première fois que je n'aime pas qu'on me coure après !!! Il prévient Eric : si nous voulons passer sous les 13h, il ne faut pas tarder, il est pile dans les temps de passage. Je ne sais pas où je trouve la force mais nous repartons de plus belle et replonger dans la nuit qui devient noire alors qu'il faisait si bon dans cette salle demande une volonté de fer. Nous alternons toujours marche et course et j'ai délégué la gestion du temps à Eric. De toute façon mon GPS est planté ! Je ne fais que râler en trouvant que ses 9 min à lui sont plus longues que les miennes...
C'est étonnant de courir la nuit comme ça. On perd la notion du temps, des lieux. Il est vrai que nos organismes souffrent depuis 10h ce matin quand même. Je n'ai mangé qu'une tranche de pain d'épices (et encore en 2 fois !), 2 barres énergétiques et 2 gels. J'ai bu des litres de coca, un peu d'orangina (c'est bien la première fois que je vois ça sur une course mais là tout d'un coup j'en ai eu envie), bu du glucose de temps en temps, de la saint Yorre, bref du grand n'importe quoi. On me présageait une envie irrésistible de salé au bout de 70 km, il n'en fut rien. Bec sucré je suis, bec sucré je resterai !!!
Dernier arrêt avant la fameuse dernière côte et de nouveau il faut quitter une salle chauffée qui ressemble quand même un peu à un hôpital de brousse. J'aperçois des pieds qui doivent bien se demander ce qu'ils ont fait pour mériter ça, des visages fermés, tout le monde souffre. Les accompagnateurs sont eux aussi épuisés par une journée à freiner pour se mettre aux rythmes des coureurs. D'ailleurs plusieurs ont quitté leur vélo pour marcher eux aussi dans la côte. Nous repartons Eric et moi, motivés comme jamais. Je ne cours plus à côté de lui mais derrière lui. J'ai besoin de le voir, de le suivre. En fait je suis totalement déconnectée de la réalité. J'ai débranché mon cerveau... Le premier qui fait une réflexion je l'étrangle avec mon carré hermès !!! J'ai appelé Ken pour le rassurer (le pauvre je l'ai laissé sans nouvelles pendant des heures) : plus que 12 km. Qu'est ce que c'est 12 km ? Une petite sortie, rien de plus. Bon il y a une côte à grimper, mais qui dit côte dit descente derrière. Le viaduc est là, éclairé, qui recule au fur et à mesure que nous avançons. Honnêtement ça n'en finit plus. On se fixe des objectifs à court terme : « au rond point on redémarre ! ». Dès qu'un de nous dit : « on marche un peu », l'autre ne demande pas son reste et freine tout de suite. 95° km, le panneau est là, pas de doute maintenant nous allons finir. Normalement si tout se passe bien nous serons dans les temps. Le dernier ravitaillement avant la dernière ligne droite est là et nous le sautons d'un commun accord. Il reste de l'eau dans les gourdes d'Eric et nous allons tenir avec tous les 2. Arrive le panneau de Millau, ça y est la ville est là. La ville certes, mais l'arrivée n'en finit plus d'arriver elle aussi. Eric trouve la force de réveiller les quelques spectateurs qui sont encore là à nous encourager et je me demande encore où il a trouvé la force. Nous marchons entre le 97° et 99° km, trottinant de temps en temps. Je suis tellement terrorisée à l'idée d'être foudroyée par une crampe si près du but que je joue la prudence. Alors que j'ai l'impression qu'Eric me traîne, c'est moi qui redémarre au 99° bien décidée à finir triomphante. Je sais que nous serons sous les 13h mais je n'en peux plus, je veux finir. Je sens qu'Eric lui terminerait bien comme ça tranquille mais il me suit. Nous arrivons enfin dans le fameux parc de la Victoire, la salle est là toute proche et son fameux tapis rouge. Eric est tellement pressé qu'il part vers le bar qui tient lieu de ravitaillement final et c'est au vol que je le rattrape pour finir ensemble. 12h48 et 47 sec !!! Nous l'avons fini !!! Ca y est je suis cent bornarde. Je n'arrive absolument pas à réaliser et très franchement aujourd'hui encore je ne réalise toujours pas ce que cela représente.
15 jours avant j'avais trouvé le marathon du Médoc interminable et là je n'ai presque pas vu passer plus de 12 h de course...
Hormis 2 petits doigts de pieds qui sont des ampoules géantes je vais bien. Je n'ai pas connu le mur au 70° ou alors je ne m'en suis pas rendu compte ! Je m'excuse auprès de tous ceux qui m'ont écrit des SMS pendant la course pour mon silence. Impossible de répondre, j'étais dans ma course, déconnectée du monde extérieur en fait. Est-ce que j'ai douté sur le fait de finir ? N'y voyez aucune prétention de ma part dans ma réponse mais à aucun moment je n'ai douté. Le seul doute que j'ai pu avoir a été sur le temps que j'allais mettre, pas sur le fait de passer la ligne. Certes j'avais conscience que lorsque la blessure arrive tu peux faire ce que tu veux, tu dois te résoudre à l'abandon, je suis folle mais pas à ce point quand même.
J'ai un regret : ne pas avoir attendu l'arrivée de Brinouille et super Nenni. Je n'avais qu'une envie, prendre une douche. La transpiration en séchant laisse du sel à la surface de ma peau si blanche, si fine et si fragile (si je ne le dis pas personne ne le dira !!!). Arrivée à l'hôtel alors que le coca agissait encore et m'empêchait de dormir je n'ai pas eu le courage de repartir. Olivier a fait cet effort lui et m'attendait frais comme une rose alors que sa bouteille de cognac l'attendait aussi pour fêter son exploit.
Est-ce que je recommencerai un jour ? La réponse est oui. Je compte bien aller courir un 100 km plat histoire de voir ce que je vaux vraiment sur cette distance mais pas tout de suite. J'ai le temps et j'ai déjà pleins d'accompagnateurs tout trouvés en vélo ou en baskets !!!
Barbie
|