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Alors voilà il faut bien que je me décide à l'écrire ce compte rendu... Depuis dimanche soir et même pendant la course pour être franche, je pensais à ce que je pourrai vous raconter, comment vous parler de ce que j'ai vécu ce jour là sans vous affoler, sans passer pour une cinglée d'être aller vivre ça et d'avoir payer en plus !
Tout avait pourtant bien commencé : arrivée samedi à Chamonix, Cunégonde la GPS avait pour une fois été sympa avec moi et m'avait emmené directement à mon hôtel. Déjeuner avec Basilio (l'homme à qui je dois mon arrivée triomphale au Mont Saint Michel) et son ami Peter qui vient de finir le 10 km. Nous filons pour encourager la fille de Catson, membre de courir le monde, venu en famille de Majorque pour l'occasion. La petite est prometteuse et finit 4° féminine. Nous immortalisons ce moment avec une photo où rayonnante elle porte sa médaille et mon diadème prêtée pour l'occasion.
Je vais retirer mon dossard et je retrouve une partie de la fine équipe qui va courir avec moi le lendemain. Tout le monde est « chaud bouillant » prêt à en découdre même si certains jouent au concours du plus blessé... On dirait des garçons dans une cour d'école : « eh regarde mon bandage il est plus grand que le tien », « non c'est pas vrai c'est moi qui ai le plus grand »...
Avec la Tortue
Je m'éclipse discrètement sous le prétexte de retourner à mon hôtel alors qu'en fait j'ai repéré un glacier et c'est avec une triple que je pars le cœur léger (parfum Mont blanc à savoir meringue crème de marron, café et ananas pour éliminer les graisses).
Le soir la pasta party va être un grand moment : l'équipe a décidé de commencer à fêter mon anniversaire et c'est couverte de cadeaux que je repartirai dormir. Entre le paréo rose brodé de tortues, la grenouille magique que si tu l'embrasses un prince charmant apparaît, les calissons (que je suis en train de manger d'ailleurs) de la Tortue (et j'en oublie), les gâteaux alsaciens, le livre dédicacé par toute l'équipe, j'ai le droit à un cadeau très spécial de Basilio. Ayant appris que j'avais perdu ma médaille du marathon de Paris, il en a récupéré une par je ne sais quel miracle et c'est dans une jolie boite rouge comme un bijou que je la reçois. J'ai même eu le droit à un dossard brodé exceptionnellement pour l'évènement dont vous aurez la photo bien sur.
Bref que du bonheur... J'aurais du me douter que cela n'allait pas durer...
Nuit sans problème, j'ai préparé toutes mes petites affaires, programmé mon téléphone pour qu'il sonne à 5h30 et bien sur je suis réveillée à 5h28 toute seule comme une grande. Hagarde je me dirige vers mon gatosport citron que j'avale consciemment, je prends une douche histoire de me réveiller et je m'habille. Tout se passe trop bien jusqu'à ce que je découvre que non je ne suis pas enceinte et encore moins ménopausée : j'aurais du m'en douter ! Après avoir pesté contre ma dure condition de femme, je me rassure en me disant qu'un jour je serais V1 ou V2, que la nature me foutra enfin une paix royale et que ces messieurs qui me narguent tellement auront à gérer leur prostate, perdant ainsi de précieuses secondes... Faut bien une justice en ce bas monde !
Je suis prête en quelques minutes, ce qui ne me ressemble pas, je teste mon diadème en courant dans la chambre (heureusement pas de vis-à-vis...), tout a l'air de tenir. Je descends à la réception où on me prépare un thé que je déguste sous l'œil quelque peu perplexe des quelques coureurs déjà dans le hall. Faut dire que je fais tache dans le paysage ! Avec ma jupette, mon tee shirt rose qui pète, mon diadème, je ne fais pas très professionnelle. Je commence à comprendre que le Mont Blanc ça commence peut être aussi par un M mais ce n'est pas le Médoc...
Je pars la fleur au fusil vers le départ avec mon petit sac orange donné par l'organisation dans lequel j'ai glissé ma badoit pour la récup, ma brosse à cheveux pour me recoiffer à l'arrivée, une petite robe pour me changer et le nain bien sur pour la photo finale. Manque la trousse de maquillage mais je connais ma tête à l'arrivée d'un marathon et franchement ce n'est pas le maquillage qui peut faire quelque chose, faut passer à la palette graphique direct ! Donc pas vraiment le sac d'une personne qui va courir un marathon mais bon Barbie restera toujours Barbie !
Je fais mon petit tour, papote un peu, retrouve quelques copains et là je réalise enfin que je me sens très légère... tu m'étonnes, ma gourde dans ma ceinture est vide ! En plus d'avoir oublié de prendre avec moi les super sachets de poudre magique qui me promettaient une source d'énergie d'une efficacité exceptionnelle même dans les efforts intenses. Agissant rapidement et de façon progressive, elle devait maintenir une excellente stabilité de la glycémie, gage d'efficacité maximum et contribuer à booster mon énergie. Autant dire que je suis dépitée ! Comment allais je faire ? Je me rassure en me disant que de toute façon je pourrai au premier ravitaillement faire le plein et qu'il n'est même pas encore 7h du matin, la chaleur étouffante n'est donc pas au rendez vous. Ce qui me laisse perplexe ce sont les autres coureurs : je suis entourée d'hommes pour la plupart (nous n'étions que 150 femmes environ pour plus de 1300 participants) sacrément équipés. Entre les chaussures qui ont l'air d'avoir déjà vu le loup et des bâtons type marche nordique, je me trouve quelque peu dépitée avec mon diadème...
Je suis avec Catson et Basilio sur la ligne de départ, bien décidée à tenir le rythme. Oh ça ne va pas durer longtemps... Je perds tout de suite Basilio et Catson au bout d'un peu plus un km. Je suis donc déjà toute seule, perdue au milieu de ces coureurs tous armés de leurs bâtons. Freud serait là, il y verrait sûrement l'expression d'un symbole phallique, entre ceux qui en ont des longs, d'autres des télécospiques... Je sais que je dois gagner du temps sur ce tronçon, tout le monde m'a prévenu, les 17 premiers kms sont importants, c'est là que tu gagneras du temps. Alors je cours à un bon rythme il faut le reconnaître même si très vite des montées ralentissent tout le monde. Mes jambes me rappellent très vite que je leur ai imposé un rythme d'enfer ces derniers temps. Elles sont lourdes, pas du tout décidées à faire ce que je leur demande. Je sens très vite que ce marathon va être un enfer mais à qui me plaindre, je l'ai bien cherché non ?
Le premier ravitaillement n'est toujours pas en vue et je peste après moi. 10° marathon et je pars sans eau, non mais je ne vais pas bien des fois... Le 5° km passe, puis le 6° et toujours rien. Là je comprends que je vais payer cher mon amateurisme et ma méconnaissance de la course. Par principe je n'étudie pas le parcours comme une folle avant de partir, je veux la surprise. Ah ben ça pour une surprise c'est une surprise : le premier ravitaillement est au 10° et j'ai déjà la gorge sèche... Je suis furieuse après moi, je me retrouve dans une situation totalement stupide pour une fille qui a le culot de donner comme conseil aux autres de bien boire et qui n'est pas foutu d'appliquer ça à elle-même. A l'arrivée dans un petit village, quelques spectateurs sont là et j'aperçois une jeune femme avec une grande bouteille d'eau. Immédiatement je m'arrête et lui demande quelques gorgées. Elle me tend volontiers sa bouteille et me rassure : le ravitaillement est là à quelques centaines de mètres. Je repars de plus belle et prépare ma gourde pour la remplir. A peine arrivée, je me jette sur les gobelets que je vide histoire de repartir armée cette fois-ci. Le fait d'avoir de l'eau me rassure et me redonne la pêche. J'ai l'impression d'aller mieux, d'avoir des jambes qui se réveillent et mon rythme s'en ressent immédiatement. Je gambade allègrement, un peu déçue il faut bien le dire par l'ambiance qui règne sur cette course. J'ai beau essayer de papoter, rien, aucune réaction. Je cherche des visages connus mais personne à l'horizon. Au 17° km je finis par entamer la discussion avec Laure, charmante brunette qui gambade bien elle aussi. Pourtant quand je lui demande si tout se passe bien, elle se plaint d'une ampoule qui la fait souffrir et là je réalise : j'ai oublié mes pieds ce matin !!! Non je ne suis pas la femme qui valait 3 milliards et je ne change pas de pieds en fonction de la journée qui je vais passer... J'ai oublié de me tartiner les pieds de crème anti frottement, de mettre mes pansements pour protéger mes doigts de pied fragiles, bref c'est la catastrophe !!! Je trouvais aussi que je m'étais préparé rapidement ce matin...Je n'ai en plus aucune excuse, j'avais le temps et je visualise encore très bien ma petite trousse qui me suit partout consciencieusement posée à côté de ma tenue. C'est seulement la 2° fois que je porte ces chaussures et il n'y a plus qu'une chose à faire : prier !
Nous arrivons au 2° ravitaillement et je laisse Laure se diriger au poste de secours pour récupérer des pansements. Pour ma part je vais faire un truc que je n'ai jamais fait, je me précipite sur un verre de coca. Il est 9h à peine du matin et le seul truc qui me fasse follement envie c'est cette bouteille rouge qui pourtant ne m'attire qu'à l'arrivée d'un marathon. Je n'ai jamais testé ça pendant une course mais je sais que pas mal d'amis « ultra » carburent avec et le supportent bien. De toute façon j'en ai envie et je me dis que mon instinct doit savoir ce qui est bon pour moi...Je repars de plus belle profitant de la grande montée qui s'annonce pour appeler Ken et le rassurer. Ma voix est meilleure que 10 km avant selon lui et c'est vrai que j'ai le sentiment que je vais mieux. Oh ce sera de courte durée !!! La descente vertigineuse qui s'annonce va entraîner un point de côté chez moi qui m'inquiète. Cette douleur vrille dans ma poitrine et je me vois déjà avec un pneumothorax, Georges à mon chevet nu sous sa blouse blanche tentant de me réanimer en me faisant du bouche à bouche (quoi on peut rêver non ?). Bon ok il est pédiatre dans « urgences » et même si la course à pied rajeunit je vais avoir du mal à me faire passer pour une ado de 16 ans... Ce qui est rageant c'est que cette douleur m'empêche d'aller à fond les ballons, je suis obligée de ralentir pour pouvoir respirer à pleins poumons. Laure me double en m'encourageant et continue son petit bonhomme de chemin. C'est là que je vais complètement décrocher de cette course. Je n'y suis pas et rien n'y fait, je n'y arrive pas... Je regarde mes mains, elles ont doublé de volume, remerciant le ciel d'avoir oublié de remettre mes bagues après l'étalage en règle de l'écran total. Heureusement il y a des petits bonheurs deçi delà : les fontaines, les petits torrents dans lesquels je plonge mes bras et mes jambes avec délectation, les encouragements des personnes présentes heureuses de voir arriver une fille tout sourire. J'ai le droit à des « vive la mariée » masculins généralement corrigés par leur femme « mais non c'est une Barbie princesse !!! ». Je m'amuse à écouter les gens parler. A un moment j'entends un homme dire à son compagnon de route devant moi : « ben tu vois là pour m'achever, faudrait qu'il y ait un homme qui me double, genre déguisé, en jupe... je crois que je ne supporterais pas ! ». Alors bien sur j'accélère, je le double et je lui dis : « et si c'est une blonde qui le fait ? Ca te fait quoi ? ». Soyons honnête, bon joueur, il a bien rigolé !
C'est terrible parce que cette course je vais la faire dans un état second, personne ne parle vraiment, j'ai le sentiment que tout le monde souffre plus ou moins et reste prostré. Pourtant nous marchons tous et nous pouvons donc parler. J'ai le sentiment étrange que tout le monde attend le haut de la côte, le bas de la descente en se disant : «ça y est c'est toujours ça de fait ». Je vois les minutes qui passent, les heures même en ayant cette impression étrange que cela ne va jamais finir. Dès que je peux trottiner j'en profite histoire d'avoir l'impression de récupérer mon corps. Je ne regarde pas vraiment le paysage, juste devant moi. Faut que je vous avoue quelque chose aussi : j'ai le vertige ! Vous me direz : « mais qu'est ce que tu es allée faire dans cette galère ? ». Je sais que ce n'était pas raisonnable mais j'aime lutter contre mes démons et celui là m'énerve au plus haut point. Enfin c'est collée à la paroi que j'avance, pas du tout décidée à regarder en bas la beauté de la vallée !!!
38 ° km j'aperçois Olivier, un ami (vous savez le cameraman fou à qui nous devons le film sur le marathon de Paris en ligne sur le site ?) qui est là assis sur un rocher. En quelques secondes, je vois ses genoux abîmés et son teint qui aurait bien besoin d'un coup d'autobronzant. Je m'arrête quelques instants et je lui propose de l'attendre. Nous redémarrons ensemble mais je sens que ce n'est pas ça. Je le regarde inquiète et je lui demande : « tu ne vas pas abandonner dis ? ». Plus tard il me dira que cette phrase l'a tenu jusqu'au bout finalement. Il ne va pas lâcher le truc alors que Barbie finit quand même ! A 500 m du dernier ravitaillement je le lâche mais je sais qu'il va y aller. Là bas l'attend sa famille et de quoi se restaurer. Il reprendra des forces et finira 5 min après moi.
Je sais qu'il me reste un peu plus de 2 km qui vont durer une éternité ! Alors que le parcours est beaucoup plus roulant, les gens marchent. Je cours un peu et je rigole en regardant mon GPS : 7km/h !!! Tu parles d'une course !!! Un ruisseau coule à un km de l'arrivée et je sacrifie mes dernières réserves d'eau pour remplir ma gourde. Je vais finir en m'arrosant régulièrement les bras et les jambes de cette eau glacée miraculeuse. Pourtant j'ai encore la pêche. Un exemple : à quelques centaines de mètres de l'arrivée un petit groupe de spectateurs est là sur le bord et nous encourage. Voyant mon pseudo dans le dos, un monsieur me dit : « allez Barbie, Ken t'attend à l'arrivée ». Je lui réponds que cela m'étonnerait parce Ken il est à la maison et il garde les enfants. Les femmes qui l'accompagnent se mettent à crier leur contentement laissant le pauvre monsieur quelque peu perplexe. Du coup je lève le poing au ciel et hurle : « girl power les filles !!! ». C'est sous les hurlements en délire des femmes que je repars de plus belle...
L'arrivée est là enfin et comme prévu Basilio et Catson sont là frais et dispos pour me faire passer la ligne comme une championne. Ce qui est vraiment bizarre c'est l'absence de public. Comme les familles n'ont pas pu monter (juste quelques courageux ont marché 3 h pour accueillir les héros...), nous sommes juste entre coureurs. Presque pas de bruit, ce silence pesant continue. Je passe la ligne et je fonce vers le ravitaillement avaler mon verre de coca bien tiède... Je vais récupérer mon sac et je fonce vers les toilettes : 6h40 sans faire pipi je mérite un titre dans le guinness des records moi ! Je retrouve Pconvert le mari de la Tortue qui se planque dans un coin, attendant l'arrivée de sa belle inquiet de ce qu'elle est en train de vivre. Je vais retrouver Olivier avec joie voyant qu'il a pu finir et c'est tous les 2 que nous allons nous diriger vers le téléphérique. Hors de question pour moi de prendre ça toute seule ! C'est bête j'ai l'impression de fuir, je n'ai pas le courage d'attendre mes amis, je veux juste rentrer, prendre une douche... je n'ai qu'une envie : faire la marmotte et rentrer dans mon terrier.
Pourtant un peu plus d'une heure après mon arrivée, je serais devant le glacier en train de commander une triple (caramel, passion, ananas) et tout cela me paraissait très lointain. J'ai retrouvé toute mon équipe sacrément soulagée de voir que tout le monde avait fini entier.
Vous l'aurez compris, je ne suis jamais rentrée dans cette course. J'avais beau être au milieu de paysages superbes, sous le soleil, rien n'y a fait, je suis restée extérieure à ce qui se passait autour de moi. Je ne sais pas ce qui s'est passé, je cherche toujours... Je me demande si le côté trop technique de ce type d'épreuve n'a pas été fatal à ma spontanéité vis-à-vis de ce sport. Le trail comme les gendarmes et les voleurs du temps est accessible à tout le monde, on patauge dans la boue, on marche un peu mais le plaisir reste là. Dans ce type de course de montagne, il faut être trop concentré à mon goût, attentif à tous les cailloux, racines et autres pièges qui peuvent se révéler dangereux. L'idée de me blesser m'a hanté à tout instant. Pourtant à aucun moment je n'ai envisagé d'abandonner, à aucun moment j'ai été vraiment mal. Je finis avec une petite ampoule de rien du tout au pied gauche et quelques courbatures dues au travail de muscles habitués au repos d'habitude. Je ne comprends pas...
Je suis venue, je l'ai vu, je l'ai vaincu mais franchement de vous à moi, je crois que je vais me contenter de marathons sur bitume pendant quelques temps...
Plus que 89 !
Barbie
Un grand merci à Pconvert, Basilio et Bogeyman (membres de CLM ) pour les photos ...
Une video:
http://www.moussproduction.com/mouss-TV/mouss-TV.html
Poncho et pochette, quel style !
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voila sinon bravo pour cette performance!!