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"Pour que l'âme se soulève,
Vers la transe, descendons"
Digest de l'épreuve
65 kms, 1950 D+
Météo entre -1° et +5°, humidité plus de 90%, vent nul à faible ; Matinée : nuageux entre coupé de belles éclaircies ; Neige à partir de midi 30 jusqu'à 14h30 ; Après midi nuageuse avec quelques rares éclaircies.
Terrain gras (très), avec 60% de boue, 25% de chemins durs et 15% d'asphalte
Levé du soleil 6 heures (non, c'est moi, ça) levé du soleil 8h15, couché 16h35
Petit déjeuner : un croissant sucré, un pain au chocolat, deux jus d'orange, et trois cafés.
"Allons y danser, laisser couler,
C'est le moment de rire et d'aimer
Allons y danser, allons y rêver,
Comme s'est bon de vivre"
8h10, départ
Il ne pleut pas, il fait froid, il y a du monde et c'est dans la détente que nous partons pour cette journée de course. L'âge des participant(e)s va de 17 à 79 ans, pour dire la diversité des personnes rencontrées.
Les premiers kilomètres nous donnent un rapide aperçu de ce que seront les autres, à savoir boueux, mouillés et difficiles. Il fait très glissant et je suis content d'avoir mes chaussures à crampons, un peu moins efficaces sur le dur, mais oh combien confortables sur le gras. Le paysage est toujours aussi beau, même si le soleil n'est pas encore de la partie. Je n'ai pas mon APN ; la météo prévoyant du très mauvais, j'ai préféré ne pas l'avoir sur moi, et déjà, je le regrette. Nous sommes toujours plus ou moins groupés, enfin étendus sur quelques centaines de mètres lorsque nous arrivons au pied des premières côtes. Nous papotons, discutons de tout et de rien avec les personnes que nous découvrons au gré des groupes. Je rencontre la Castafiore, Mercatore, chapichapo et bien d'autres. Les premiers 10 kms sont parcourus en 1h10. Pas facile de courir avec un kilo de boue à chaque pied et encore bien, les chemins se confondent parfois en ruisseau et l'on peut patauger dans l'eau pour se nettoyer les pieds. Après une heure 45 de course, nous atteignons ND de Banneux, j'en profite pour remplir mon bidon à l'eau de Source, et fait pieusement le Chemin de Croix que je traverse. Encore deux kms, et j'arriverai au premier ravitaillement.
Un groupe de coureurs s'agglutine autour de la table qui fleure bon le pain d'épice, les raisons, et autres douceurs. Je sors ma bouteille de genièvre et m'en prend un rasade. Je le crie encore bien fort, cette délicatesse vaut toutes les boissons énergétiques que l'on puisse trouver sur le marché, et est, ce qui n'est pas négligeable, un produit naturel !
"Au-delà des sommets et des sentiers battus
Au large où la terre s'offre au soleil
Plus loin que l'arrière
Et n'ayant jamais vu
Nature flamber ses merveilles
Là-bas m'attire.
Comme aspiré par l'à-côté,
Je mets mes pieds dans l'sens opposé de mes pas"
Nous quittons le bois Wisselez pour descendre sur Theux via Jevoumont. Le soleil nous illumine la vallée, et la vue que nous avons est magnifique, la rivière, le château de Franchimont, le village, les bois alentours... presque en vacances ! Nous prenons maintenant la direction de Spa, et du bois de Staneau, et bois de la Longue Hé. Nous plongeons dans la foret sous les chants des oiseaux qui nous accueillent. Les paysages sont superbes. Je me sens bien, je suis bien. Je cours sur le plat, dans les descentes, et marche les côtes fortes. Forme et plaisir sont là. Je longe maintenant le sommet de la vallée et le chemin qui me conduit à Spa m'offre une vue sur la ville qui m'en donne des frissons. Il est midi 20, et j'arrive au deuxième ravitaillement.
Je sors mon ravitaillement, m'enfile deux gaufres aux fruits, et me tape un bon whisky.
Assis à coté de moi, un comparse inconnu en a assez, et veut stopper. Je lui tend mon verre, il en boit une rasade, sans trop savoir ce qu'il buvait. Surpris, me dit tout de même merci. Après 5 minutes, je le vois reprendre des couleurs, et partir, il terminera !
La neige commence à tomber, nous sommes très vite tout trempés par cette eau lourde qui nous tombe sur la tête. J'ai l'impression que ce sont les arbres qui nous pleurent.
Nous sommes repartis à 4 ou 5 mais très vite, la fatigue aidant, nous nous perdons de vue, et c'est dommage. Courir sous la pluie ne m'a jamais ennuyé, et je continue seul mon petit bonhomme de chemin. Je remonte de temps en temps l'un ou l'autre participant. Certains disent parfois qu'une bonne descente repose... celle-ci, le long de l'autoroute, vers Polleur, à plus de 15 % dans la boue, nous tue ! presque le repos éternel ! Les jambes cassées, je repars pour le ravito suivant, j'avance avec la régularité d'un métronome, pas vite, mais toujours en courant.
"Dieu que la route est longue ...
Suivre la route et
Semer les vents
Les dos sont voûtés quand
Le grand manteau noir descend
D'encre et sans
Y laisser
Le moindre pis-aller.
Dieu que la route est longue"
Il est 15h15 lorsque j'arrive au troisième ravitaillement. Je retrouve l'un ou l'autre concurrent autour d'une soupe bien réconfortante. Nous discutons de la suite, la terrible suivante, 150m à 25% dans la boue pure et molle ! Une gorgée de genièvre et je repars, sous les yeux intrigués des mes comparses.
Bon, cette cote, cette put... de côte, je me la fais, calmement, toujours heureux de mon choix de chaussures. La suite, le long de la Vesdre, sera dur, car ce ne sont que succession de petite cotes et descentes mortelles à ce stade de la course. Je chanterais bien Suchon, et « on avance », il pleut encore, alors pourquoi en remettre une couche ?!?
16h35, officiellement, le soleil se couche, moi pas ! Il commence à faire sombre, la nuit tombe vite.
17 heures 10, dernier ravitaillement. Je le fais au vin et pain sec. Que des bonnes choses, et termine par un genièvre (si, il en restait !) et je le partage avec les bénévoles qui sont bien amusé de voir mon carburant du jour. Il fait maintenant noir, et je n'ai pas ma frontale. Je cours à la sensation, et je m'entend que le bruit des arbres, de ma respiration, de mes pas. Pas un oiseau, pas un animal, comme si la nature s'était figée à cette entrée d'hiver. Sur l'asphalte, ça va, mais lors de la traversée des bois, ce sera plus périlleux. Sur deux cents mètres, je vais devoir arrêter de courir pour cause de trop de danger. J'ai cette faculté de bien distinguer, dans l'obscurité, le relief, mais là, s'en était de trop, et après avoir glissé deux fois, je n'ai pas voulu, à trois kms de l'arrivée, finir en civière pour une bêtise. Je dépasse un dernier coureur à 1 km de l'arrivée, l'invite à me suivre, mais il n'en peut plus, à trop mal aux jambes. Je termine en 10 heures, heureux et frais. Encore une belle. Une bonne douche, une bonne bière, de bonnes pâtes.
"De l'autre rive
On voit le soleil en plus beau
Et la magie jaillir des fontaines
De l'autre rive »
Entre l'océan et l'îlot
S'égaye la vague en peine"
Bonsoir, Nouch, bonne journée ?
Oui, à demain...
Deux mondes, deux mondes...
"On se fait des amours, on se fait des amis
On change de parcours, ça tombe dans l'oubli
Et je rentre chez moi et je ne reconnais pas
Ni mon toit ni mon lit ni ma mère
Je repartirai plus loin ou bien je reste ici"
Merci à Philippe Lafontaine qui m'a accompagné tout au long de cette journée...
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