Olne –Spa Olne 2008 par Nenni Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par admin   
02-12-2008
"Pour que l'âme se soulève,

Vers la transe, descendons"

Digest de l'épreuve

65 kms, 1950 D+

Météo entre -1° et +5°, humidité plus de 90%, vent nul à faible ; Matinée : nuageux entre coupé de belles éclaircies ; Neige à partir de midi 30 jusqu'à 14h30 ; Après midi nuageuse avec quelques rares éclaircies.

Terrain gras (très), avec 60% de boue, 25% de chemins durs et 15% d'asphalte

Levé du soleil 6 heures (non, c'est moi, ça) levé du soleil 8h15, couché 16h35

Petit déjeuner : un croissant sucré, un pain au chocolat, deux jus d'orange, et trois cafés.

"Allons y danser, laisser couler,

C'est le moment de rire et d'aimer

Allons y danser, allons y rêver,

Comme s'est bon de vivre"

8h10, départ

Il ne pleut pas, il fait froid, il y a du monde et c'est dans la détente que nous partons pour cette journée de course. L'âge des participant(e)s va de 17 à 79 ans, pour dire la diversité des personnes rencontrées.

Les premiers kilomètres nous donnent un rapide aperçu de ce que seront les autres, à savoir boueux, mouillés et difficiles. Il fait très glissant et je suis content d'avoir mes chaussures à crampons, un peu moins efficaces sur le dur, mais oh combien confortables sur le gras. Le paysage est toujours aussi beau, même si le soleil n'est pas encore de la partie. Je n'ai pas mon APN ; la météo prévoyant du très mauvais, j'ai préféré ne pas l'avoir sur moi, et déjà, je le regrette. Nous sommes toujours plus ou moins groupés, enfin étendus sur quelques centaines de mètres lorsque nous arrivons au pied des premières côtes. Nous papotons, discutons de tout et de rien avec les personnes que nous découvrons au gré des groupes. Je rencontre la Castafiore, Mercatore, chapichapo et bien d'autres. Les premiers 10 kms sont parcourus en 1h10. Pas facile de courir avec un kilo de boue à chaque pied et encore bien, les chemins se confondent parfois en ruisseau et l'on peut patauger dans l'eau pour se nettoyer les pieds. Après une heure 45 de course, nous atteignons ND de Banneux, j'en profite pour remplir mon bidon à l'eau de Source, et fait pieusement le Chemin de Croix que je traverse. Encore deux kms, et j'arriverai au premier ravitaillement.

Un groupe de coureurs s'agglutine autour de la table qui fleure bon le pain d'épice, les raisons, et autres douceurs. Je sors ma bouteille de genièvre et m'en prend un rasade. Je le crie encore bien fort, cette délicatesse vaut toutes les boissons énergétiques que l'on puisse trouver sur le marché, et est, ce qui n'est pas négligeable, un produit naturel !

"Au-delà des sommets et des sentiers battus

Au large où la terre s'offre au soleil

Plus loin que l'arrière

Et n'ayant jamais vu

Nature flamber ses merveilles

Là-bas m'attire.

Comme aspiré par l'à-côté,

Je mets mes pieds dans l'sens opposé de mes pas"

Nous quittons le bois Wisselez pour descendre sur Theux via Jevoumont. Le soleil nous illumine la vallée, et la vue que nous avons est magnifique, la rivière, le château de Franchimont, le village, les bois alentours... presque en vacances ! Nous prenons maintenant la direction de Spa, et du bois de Staneau, et bois de la Longue Hé. Nous plongeons dans la foret sous les chants des oiseaux qui nous accueillent. Les paysages sont superbes. Je me sens bien, je suis bien. Je cours sur le plat, dans les descentes, et marche les côtes fortes. Forme et plaisir sont là. Je longe maintenant le sommet de la vallée et le chemin qui me conduit à Spa m'offre une vue sur la ville qui m'en donne des frissons. Il est midi 20, et j'arrive au deuxième ravitaillement.

Je sors mon ravitaillement, m'enfile deux gaufres aux fruits, et me tape un bon whisky.

Assis à coté de moi, un comparse inconnu en a assez, et veut stopper. Je lui tend mon verre, il en boit une rasade, sans trop savoir ce qu'il buvait. Surpris, me dit tout de même merci. Après 5 minutes, je le vois reprendre des couleurs, et partir, il terminera !

La neige commence à tomber, nous sommes très vite tout trempés par cette eau lourde qui nous tombe sur la tête. J'ai l'impression que ce sont les arbres qui nous pleurent.

Nous sommes repartis à 4 ou 5 mais très vite, la fatigue aidant, nous nous perdons de vue, et c'est dommage. Courir sous la pluie ne m'a jamais ennuyé, et je continue seul mon petit bonhomme de chemin. Je remonte de temps en temps l'un ou l'autre participant. Certains disent parfois qu'une bonne descente repose... celle-ci, le long de l'autoroute, vers Polleur, à plus de 15 % dans la boue, nous tue ! presque le repos éternel ! Les jambes cassées, je repars pour le ravito suivant, j'avance avec la régularité d'un métronome, pas vite, mais toujours en courant.

"Dieu que la route est longue ...

Suivre la route et

Semer les vents

Les dos sont voûtés quand

Le grand manteau noir descend

D'encre et sans

Y laisser

Le moindre pis-aller.

Dieu que la route est longue"

Il est 15h15 lorsque j'arrive au troisième ravitaillement. Je retrouve l'un ou l'autre concurrent autour d'une soupe bien réconfortante. Nous discutons de la suite, la terrible suivante, 150m à 25% dans la boue pure et molle ! Une gorgée de genièvre et je repars, sous les yeux intrigués des mes comparses.

Bon, cette cote, cette put... de côte, je me la fais, calmement, toujours heureux de mon choix de chaussures. La suite, le long de la Vesdre, sera dur, car ce ne sont que succession de petite cotes et descentes mortelles à ce stade de la course. Je chanterais bien Suchon, et « on avance », il pleut encore, alors pourquoi en remettre une couche ?!?

16h35, officiellement, le soleil se couche, moi pas ! Il commence à faire sombre, la nuit tombe vite.

17 heures 10, dernier ravitaillement. Je le fais au vin et pain sec. Que des bonnes choses, et termine par un genièvre (si, il en restait !) et je le partage avec les bénévoles qui sont bien amusé de voir mon carburant du jour. Il fait maintenant noir, et je n'ai pas ma frontale. Je cours à la sensation, et je m'entend que le bruit des arbres, de ma respiration, de mes pas. Pas un oiseau, pas un animal, comme si la nature s'était figée à cette entrée d'hiver. Sur l'asphalte, ça va, mais lors de la traversée des bois, ce sera plus périlleux. Sur deux cents mètres, je vais devoir arrêter de courir pour cause de trop de danger. J'ai cette faculté de bien distinguer, dans l'obscurité, le relief, mais là, s'en était de trop, et après avoir glissé deux fois, je n'ai pas voulu, à trois kms de l'arrivée, finir en civière pour une bêtise. Je dépasse un dernier coureur à 1 km de l'arrivée, l'invite à me suivre, mais il n'en peut plus, à trop mal aux jambes. Je termine en 10 heures, heureux et frais. Encore une belle. Une bonne douche, une bonne bière, de bonnes pâtes.

"De l'autre rive

On voit le soleil en plus beau

Et la magie jaillir des fontaines

De l'autre rive »

Entre l'océan et l'îlot

S'égaye la vague en peine"

Bonsoir, Nouch, bonne journée ?

Oui, à demain...

Deux mondes, deux mondes...

"On se fait des amours, on se fait des amis

On change de parcours, ça tombe dans l'oubli

Et je rentre chez moi et je ne reconnais pas

Ni mon toit ni mon lit ni ma mère

Je repartirai plus loin ou bien je reste ici"

Merci à Philippe Lafontaine qui m'a accompagné tout au long de cette journée...

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Commentaires (8)Add Comment
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Ecrit par anoushka, décembre 04, 2008
Bravo Nenni pour cette énorme course et ce récit poétique. Je ne suis pas sûre d'aller jusqu'à la fin de la course moi avec le remontant dont tu parles!! smilies/grin.gif
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Ecrit par pops, décembre 04, 2008
nenni sais tu que l'alcool est considéré comme dopant depuis 1968 il me semble, et donc interdit strictement en course???
mais tu as raison, c'est 100% naturel alors pourquoi se priver.
bravo pour ce magnifique compte rendu de course
pops
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Ecrit par brinouille, décembre 03, 2008
Oh Nenni, il a du croire que c'était une boisson énergétique !....ça aurait été moi je me serait pas fait avoir...je déteste le whisky ! smilies/grin.gif
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Ecrit par rozavel, décembre 03, 2008
Très poétique ton récit, Nenni... Je n'aurais jamais pensé qu'on puisse remplacer gels énergétiques et autres types de ravitos par du whisky et du genièvre! smilies/grin.gif. Tu crois qu'une petite rasade de génépi, çà le ferait pour les derniers kilos d'un marathon ? smilies/wink.gif
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Ecrit par Eric, décembre 03, 2008
Amusement et poésie reflètent ta course (dans tous les sens du mot)... Continu car
Que ferons nous de nos pas ?
Si nous n'en faisons pas
et sur n'importe quel chemin
d'un pas à l autre le lien.
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Ecrit par nadine, décembre 03, 2008
AH, j'adore cette façon qu'à Nenni de nous raconter sa course, un vrai plaisir de te lire et pourtant, les conditions n'avait pas l'air idéales !!! Ton petit remontant a l'air efficace !! Bravo à toi !!
Nadine smilies/kiss.gif
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Ecrit par gaellou, décembre 03, 2008
Tres chouette recit ! J'aime bien le petit remontant naturel smilies/grin.gif
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Ecrit par Stella25106, décembre 02, 2008
C'est rare, les récits pleins de poésie comme ça !
On en oublierait presque que tout ça fut un effort physique bien intense, et une bien belle course : bravo !

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