Écrit par admin Lundi, 08 Décembre 2008 22:53
Pas facile de s'attaquer à ce type de CR... J'ai beaucoup pensé à ça pendant ma course : comment raconter une telle aventure sans faire peur aux autres, sans passer pour une folle cinglée que promis jurée je ne suis pas (ou pas tout à fait !). Je n'avais pas annoncé ma participation d'abord pour éviter d'entendre les : « non mais ça va pas la tête ! Tu te rappelles ce que tu dois courir début janvier ? » et puis aussi parce que j'avais décidé de me décider justement au dernier moment, en fonction de ma forme. Là-dessus est arrivé le marathon de la Rochelle, vraiment improvisé celui là. J'ai relativement mal récupéré avec des nuits plutôt mauvaises dues à une épidémie de gastro et de rhino dans ma tribu. Mais bon finalement vendredi ma décision est prise : j'y vais et puis on verra bien. Je me suis déjà autorisée dans ma tête à abandonner de toute façon.
Au début j'avais envisagé d'aller en voiture à Saint Etienne, de faire la course, de rentrer en train et après avoir récupéré ma voiture de rentrer chez moi tranquille. Dieu merci j'ai eu à faire la route lundi pour rencontrer l'équipe de Raidlight qui va m'habiller pour mon tour ! J'ai réalisé après 50 min passées derrière la saleuse à 50 km/h que mon projet était une grande hérésie. Changement de programme donc : aller en train à Lyon, navette jusqu'à Saint Etienne et retour dimanche tranquille. Avec le recul je n'ose même pas imaginer comment j'aurais fait !
Me voilà partie samedi vers Lyon. Je tente une excursion chez D4 pour acheter un maillot de bain pour l'ainé, qui m'aurait été bien utile finalement vu la course que je m'apprêtais à faire et je ressors du centre commercial convaincue d'une chose : on nous ment !!! La crise n'est pas encore arrivée à Lyon Part Dieu s'il l'on en croit la foule des grands jours et la quantité de sacs transportés... Direction Gerland et son stade où je vais prendre la navette. Métro direct donc pas de souci de ce côté-là. Je suis en avance et j'attends gentiment dévorant ma tarte au citron devant l'air un peu surpris des coureurs déjà présents. Je papote avec 2 coureurs déjà présents donc un que je baptise « le breton » bien éloigné de ses terres de prédilection. Nous montons dans la première navette et ça sent déjà la testostérone à plein nez. En tout cas la galanterie n'est pas à l'ordre du jour et ma proposition de « les femmes et les enfants d'abord » reste lettre morte...
Je récupère mon dossard dans une halle qui abritait le marché aux bestiaux il y a peu et qui a gardé l'odeur. Ça nous sommes venus chercher la campagne mais bon pas à ce point non plus ! Je reçois également un gobelet en plastique afin d'éviter la pollution des gobelets jetables. Sur le moment j'ai trouvé que c'était une bonne idée, j'aurai un avis bien différent le lendemain matin.
J'ai de la chance parce que mon seul et unique cousin habite à côté de Saint-Etienne et c'est chez lui que je vais pouvoir faire ma pasta party. Je l'attends au Quick d'en face en dévorant un super gâteau au cœur de caramel mêlant ainsi judicieusement sucres lents et sucres rapides. Diner parfait arrosé d'un redbull qui il parait va me faire tenir toute la nuit. Comme le dit si bien mon fils ainé : « ouais maman tu sais c'est bon si tu rajoutes de la vodka ». Je confirme : j'ai l'impression de boire du malabar. Retour à Saint-Etienne et là je découvre l'ambiance Saintelyon. La halle est devenue un campement qui me fait penser pour celles qui connaissent à la scène dans « Autant en emporte le vent » : vous savez quand Scarlette en pleine bataille cherche un médecin parce que Mélanie est en train d'accoucher de l'enfant conçu par Ashley ? Bon bref tout ça pour dire que ça campe par terre, certains ont prévu le tapis de sol, on avance là dedans en faisant attention de ne pas marcher sur un coureur endormi. D'ailleurs j'ai de la chance parce que je dois retrouver un ami d'Olivier la Ferrari de la course à pied (relire CR de Millau) qui a un cadeau pour moi (Merci Olivier !!!). Je fais donc la connaissance de Christian qui est mille fois plus organisé que moi (tu me diras la barre n'est pas très haute non plus) et je vais squatter son tapis pour me préparer les pieds. Il va en plus régler mon chrono qui est encore à l'heure d'été. Pour les vestiaires, ben c'est simple il n'y en a pas. Les filles si vous voulez voir des mecs en slip n'hésitez pas la Saintelyon est faite pour vous ! Ma pudeur judéo chrétienne m'empêche de montrer ma culotte à Christian que je connais à peine et je vais donc aux toilettes me changer. Vous noterez l'amélioration dans mon organisation parce que non seulement j'ai une culotte mais aussi mon soutien gorge !
Je prépare mon nouveau sac à dos Raidlight. Je n'ai jamais couru avec ça aussi longtemps et je dois bien avouer que j'appréhende un peu. Je glisse ma lampe à tenir à la main (conseillée en cas de brouillard), ma paire de chaussettes propres pour éviter les ampoules, un tee shirt propre et mes manchons en cas de froid extrême, une 2° paire de gants plus épais là aussi s'il fait froid. Je charge ma gourde d'eau dans laquelle je dilue un des gels de windose. J'ai testé sur La Rochelle et je dois avouer que j'aime beaucoup le gout miel citron. J'ai aussi pris 3 gels et 2 barres de pâte d'amande. Je me dis au fond de moi que c'est trop, que comme d'habitude je vais de toute façon ravitailler sur place et avoir transporté tout ça pour rien. Je peux déjà vous dire que je bénis mon initiative !
Je salue Symphorien un coureur de CLM qui était un des rares à être au courant de ma présence. Je vous ai déjà parlé de lui puisque c'est lui qui m'a ramené à mon hôtel après mon marathon de NY. Nous ne sommes pas du tout mais alors pas du tout du même niveau puisqu'il tourne à 3h voir moins sur marathon. C'est son premier long et là pour du long il va être servi ! Il m'avait proposé de courir avec lui mais vu son niveau j'avais décliné l'invitation.
Je rejoins le SAS de départ, je teste ma lampe frontale, il est minuit et finalement il ne fait pas si froid que ça. Je suis en compagnie de Christian et nous partons tranquille. De toute façon le monde nous empêche d'avancer rapidement. La sortie de Saint-Etienne va se faire tranquille même si je sens rapidement que mon compagnon de route a décidé de la jouer prudent. J'ai tendance à aller un peu plus vite et rapidement je le perds dans une montée. Là je peste après moi. J'ai oublié mon lecteur MP3 et l'idée de faire toute la course sans musique m'emballe moyen mais bon trop tard pour retourner le chercher. Le hasard va faire que je vais tomber sur Symphorien qui lui aussi a semé ses copains. Il a un rythme qui me permet de tenir à ses côtés et nous sommes partis. A partir de là ne vous attendez pas à un compte rendu précis de ma course, ce serait impossible. Le fait de courir la nuit nous fait perdre tous nos repères. Enfin c'est comme ça que je l'ai ressenti. Je sais que très vite la boue va être au rendez vous et que très vite je vais comprendre l'enfer que va être cette course. Ma lampe frontale, pourtant pas une lampe au rabais, ne suffit pas à éclairer les chemins. Et puis il faut bien l'avouer, je n'ai plus 20 ans et ma vue baisse un peu... Ce qui est sur c'est que les élites qui me doublent comme des fusées ont presque tous la super lampe à 300 € et eux ils voient comme en plein jour. A un moment j'ai même cru qu'il y avait une voiture derrière moi, c'est dire !
Ce qui est sur c'est que je vais à un moment tomber lourdement par terre. Comment ? Je ne le sais pas mais en une fraction de seconde je me vautre de tout mon long et surtout réflexe classique, je tente de m'amortir avec les mains. Résultat des courses : collant skin déchiré (ça je le verrai à un ravito), gants déchirés, mains abimées, hanche droite douloureuse et genoux qui me lancent. Je me remets debout grâce à l'aide de 2 coureurs qui se sont tout de suite arrêtés. Symphorien qui était devant revient vers moi et reste à mes côtés le temps que je redémarre. Là franchement je crois que j'ai perdu le fil de la course. J'ai mal mais bon je redémarre en me disant que cela va passer. Je sais qu'il n'y a rien de grave, que je vais avoir des bleus ambiance « femme battue » mais s'il y avait eu quelque chose de plus important je n'aurais pas pu redémarrer. J'ai eu peur c'est sur et du coup je vais terminer cette course dans le stress. Autre souci : en tombant j'ai utilisé mes bras pour amortir et du coup je me suis fait mal. J'ai réveillé mon torticolis et même mes biceps sont douloureux. C'est pourtant un des rares endroits où je n'ai pas mal quand je cours normalement !!!
Bref tout ça pour dire que la suite ne va pas être terrible. Honnêtement sans Symphorien j'aurais sauté dans les bus qui me tendent les bras à un ravito où ceux qui ont fini le premier relais grimpent avec bonheur si tu veux mon avis. Et puis la course continue, on enchaine les kms, les parties bitumes avec les parties « catch dans la boue ». J'ai l'impression que mes chaussures vont rester dedans, d'ailleurs plusieurs coureurs vont y laisser leur chaussure... Ce qui est sur c'est que les guêtres sont indispensables. Elles vont me permettre de garder les pieds à peu prêt secs pendant la course. Pour le reste n'espérez pas rentrer propre chez vous parce que si vous vous faites attention, certains coureurs n'ont que faire de vos considérations de propitude (oui je sais je suis comme Ségolène j'invente des mots !) et ils sautent allègrement dans les flaques inondant les pauvres coureurs prudents. Il faut bien reconnaître que quelque fois cela tient plus de mares que de flaques... Les ravitos ne sont pas à la hauteur d'une course d'ultra à mon avis. Je peux comparer avec le marathon du Mont Blanc et Millau, rien à voir. Il faut se battre pour atteindre le thé chimique. L'idée des gobelets était bonne sur le papier mais cela oblige les bénévoles à faire le service au fur et à mesure. Les coureurs s'agglutinent autour des tables. Bien sur si j'avais mis 6h je n'aurais pas eu le même problème mais franchement j'ai vraiment eu le sentiment que l'organisation a eu des ambitions au niveau du nombre de coureurs et n'a pas mis l'intendance en face. Je suis vraiment heureuse de pouvoir grignoter mon stock emporté avec moi en tout cas. Le sac est très bien fait, d'abord parce qu'il ne gène absolument pas en courant et parce que la gourde est facilement accessible et surtout parce qu'ils ont pensé à mettre une petite poche devant. Je peux attraper mes barres et mes gels sans avoir à enlever mon sac.
Je sais que certains diront : c'est du trail ma grande pas une promenade au clair de lune. Mais dans ce cas annonçons les choses clairement... Pensez à prendre avec vous ce qu'il vous faut parce que vous aurez du mal à trouver ce qu'il vous faut au ravitaillement.
Le côté bitume est bien sur rassurant mais finalement très cassant. On alterne crapahutage comme on peut avec des moments de vraies courses. Je pense sincèrement que l'on abime plus la machine en faisant ça. Courir aussi longtemps à la frontale est également très fatiguant. Tous les sens sont en alerte tout le temps et cela finit par être usant.
Heureusement Symphorien est là à mes côtés et nous souffrons en cœur ! Nous discutons régulièrement même si au fur et à mesure que la nuit avance, nos moments de silence sont de plus en plus longs. Nous savons que nous pouvons finir en moins de 8h20, temps limite pour le diplôme de bronze de la Saintelyon. Je sais c'est idiot mais ça nous fait avancer. Même si nos moments de marche se font de plus en plus réguliers, nous avançons à un rythme plutôt correct. Et puis arrive le ravitaillement 10 km avant la fin. Nous faisons le plein, Symphorien fait quelques étirements, moi je prends comme prétexte de reposer un peu mon dos qui hurle « vas-tu arrêter tes conneries 2 sec ! » depuis plusieurs heures et toute pleine d'espoir je lui annonce : « normalement c'est bon, on sera sous les 8h20 ». Là un coureur hagard, assis à mes côtés, nous dit : « ne rêvez pas, vous n'avez pas encore vu la côte ». Naïvement nous pensions que bitume allait être synonyme de pratiquable mais nous allons très vite comprendre : un mur s'élève devant nous... Ok c'est bon nous avons compris, nous n'y arriverons pas... On marche comme tout le monde d'ailleurs. Il règne un silence de mort, les coureurs sont là, seuls dans leur souffrance. Honnêtement je n'ai jamais vu ça... Même sur marathon où il y a forcément des coureurs dans la souffrance, il y a un peu d'animation. Nous sommes les seuls à parler quasiment. De temps en temps les relais nous doublent en papotant, ce qui est normal puisqu'ils sont tout frais eux. Mais rien... pas un bruit... Je vous jure que l'expression ambiance retraite de Russie que j'utilise souvent prend tout son sens. Les minutes s'égrènent mais pas les kms, à se demander si nous avançons réellement. L'entrée dans Lyon ne marque pas pour autant la fin. Elle est tout simplement interminable !!! Comme en plus il n'y pas de kms annoncés, nous sommes je dois bien l'avouer un peu perdus. Entre les bénévoles qui nous disent : « il reste 3 km » et ceux 1km plus loin qui nous disent « il reste 3km500 », le moral en prend un coup. J'ai les jambes tellement raides que j'ai l'impression qu'on m'a enlevé les genoux ! Les quais du Rhône sont là et ils vont être interminables eux aussi... Je craque à 1km500 de l'arrivée (distance estimée...) et je marche un peu. Symphorien reste à mes côtés alors que je l'invite à terminer sans moi. Comme il le dit si gentiment : « dis donc ça fait plus de 65 km que je te supporte alors je reste ». Enfin ce fichu palais des sports apparaît et les panneaux « 100 m », « 50m », « 25 m » s'égrènent. J'ai eu le temps de bien les lire, cela vous donne une idée de ma vitesse !!! Les sanglots sont en train de monter dans la gorge mais ce ne sont pas les sanglots de bonheur de NY, juste des sanglots libérateurs. Nous passons la ligne main dans la main et je pleure. Oh pas longtemps mais franchement il a vraiment fallu que je me retienne pour ne pas éclater en sanglots. Je récupère mon tee shirt de finisher, nous trottons comme nous pouvons vers la salle où nos sacs nous attendent et pourtant le calvaire n'est pas fini. Moi qui espérais une bonne douche, je dois me rendre à l'évidence : va falloir faire sans... L'eau est froide (avec 2 sec. environ de tiédasse...), il y a trop de filles pour la pièce, bref c'est le foutoir !
J'arrive enfin à la zone où nous pouvons manger et je tombe sur devinez qui : le sapeur pompier de Paris (celui du CR des 20 kms). Il est tout fringuant mais me rassure tout de suite : non il n'a pas couru, il vient juste récupérer des collègues. J'avale mes pates et je n'ai qu'une hâte : partir ! J'embrasse mon compagnon d'un jour et direction le métro. Je me traine lamentablement jusqu'à la gare et bien sur parce que le monde est petit je vais tomber sur le breton, vous savez celui de la veille. Il est comme moi en vrac !!! Pourtant c'est un vrai traileur lui, pas une coureuse débutante comme moi. Ça me rassure un peu mais bon on en est à comparer nos bobos, ambiance cour d'école à savoir qui de nous 2 a la plus grande cicatrice...
Ce n'est que de retour chez moi, dans mon bain que je vais souffler un peu et reprendre mes esprits.
Bon aujourd'hui, je marche. J'ai des courbatures (je n'en avais pas eu depuis longtemps !) à des muscles qui d'habitude se font oublier et je me sers de la poussette de Paul comme déambulateur mais à part ça va. Je n'ai pas de blessure grave, juste des bobos qui vont se soigner rapidement. Et puis comme j'avais eu la bonne idée de me couper les ongles de mains je n'ai pas de casse de ce coté là non plus. Imaginez un peu : en plus du collant et des gants, je crois que je n'aurais pas supporté un ongle cassé !!!
Une chose est sure : là je coupe... Je vais me reposer un peu avant de repartir sur les routes.
J'ai un programme chargé en 2009 !!!
Je remercie de tout mon cœur Symphorien pour avoir été un super compagnon de route. Sans lui jamais je n'aurais fini, j'en suis sure. Il a su se taire quand je n'avais pas envie de parler et me parler quand j'avais besoin d'être rassurée. Après avoir été le lièvre une semaine avant j'ai eu la chance d'avoir le mien le dimanche suivant. Il m'a sauvé ma course et franchement ce n'était pas gagné. La course à pied me permet de rencontrer des gens formidables et ça c'est un point tellement positif qu'il fait oublier tout le reste.
Barbie
Ps : je vous mets une petite photo de mes chaussures histoire que vous ayez une idée de la rigolade


