MumuFromParis
Écrit par ken Dimanche, 04 Juillet 2010 07:33
Pour fêter l'été j'ai décidé de vous présenter Murielle alias MumufromParis. Pourquoi ce choix ? Parce qu'elle a un sourire qui vous ensoleille la journée déjà ! Ensuite parce qu'elle m'a permis de finir le marathon du Mont Blanc (il faut lire le CR pour comprendre) et rien que pour ça elle méritait les honneurs du portrait du mois.
Cécile

J’ai 36 ans, et je suis Parisienne depuis toujours. Après une incursion dans l’édition, un passage sur le Web avant que la bulle Internet n’éclate (je rédigeais des contenus et trouvais des accroches pour les sites de marques comme Michelin, Playtex ou Château Margaux) et une reconversion dans la presse, me voilà journaliste dans un magazine féminin mensuel « très glamour » à fort tirage. Journaliste, c’est un statut qui recouvre divers métiers (du rédacteur à l’iconographe en passant par le maquettiste et le secrétaire de rédaction : moi). Mon métier : débusquer les fautes d’orthographe et de grammaire, vérifier les infos (de l’adresse d’un coiffeur tendance au nom du site Internet du syndicat de l’éclairage -lisez attentivement le n° de septembre, vous comprendrez), couper le texte quand la rédactrice a été trop bavarde ou que la maquette a mis une énôôôrme image au détriment des pauvres petits mots, le remettre d’aplomb quand une phrase est un peu bancale et trouver des légendes photos et parfois des titres (de préférence « drôles, compréhensibles immédiatement et par tous, merci »). Bref, Maître Cappello, c’est moi. J’adore mon boulot, j’aime le côté méticuleux, un peu « rat de bibliothèque » du métier de correcteur et l’aspect ludique de la réécriture, du travail sur le texte et sur les mots. Ça tourne parfois aux querelles de clocher (« Mais si, je te dis “qu’amener quelque chose –au lieu d’apporter–, c’est accepté maintenant dans Le Larousse”, ce genre…) ou à la franche rigolade (« Mais non, on ne peut pas titrer “Fesses book” pour un sujet beauté. Oh puis finalement si. ») . Les autres bons côtés du job : je n’ai pas acheté de produits de beauté depuis 2007 (date de mon embauche au journal), j’ai appris qu’il y aussi une mode pour les couleurs de vernis à ongles (c’est toute ma vie de femme qui en a été transformée), j’ai débloqué du temps de cerveau disponible pour retenir le nom de toutes les « it girls » du moment et j’ai surtout rencontré une équipe de chouettes filles assez différentes des clichés qui circulent sur les rédactrices de magazines féminins.
J’aime bien écrire aussi, pas des romans ni des poèmes (j’en ai lu de trop bons pour leur faire injure…).
Des livres et moi !
Enfant et jusqu’à 14 ans environ, je suis plutôt sportive, je fais de la gym en plus des heures de sport à l’école, du tennis quatre heures par semaine (avec passion) et du modern jazz comme toute fifille qui se respecte. Du violon aussi, ça compte pour la gymnastique des doigts ! Mais je n’ai absolument pas l’esprit de compétition, pendant les matchs de tennis inter-clubs, je donne les points à mes adversaires, me confronter à l’autre, en tout cas dans le domaine sportif, me pose un problème. En parallèle, je lis dès que j’ai une minute de libre, je dévore quasi tous les ouvrages de la bibliothèque familiale (de là vient ma passion pour Zola et ses Rougon-Macquart, thème de mon mémoire à la fac). Depuis toute petite, j’aime m’isoler, me mettre dans ma bulle, m’évader en solitaire.
Pendant cette période, nul fricotage entre la course à pied et moi. Pourtant j’ai vu mon père courir pendant toute mon enfance, surtout en vacances où il s’échappait au petit matin pour sa sortie quotidienne à la fraîche.
Et ma meilleure amie a bien tenté de m’entraîner avec elle dans ses footings dominicaux sur les bords de Marne, rien à faire, le seul mot « courir » pendant les heures de sport obligatoires au collège suffit à me faire tourner les talons (en marchant, bien sûr).
L’âge de déraison
A partir de 14 ans, c’est encore pire, j’entre dans ma phase –stupide- « le sport, à quoi ça sert ? », pendant laquelle je suis plus préoccupée par les soirées, Baudelaire, Depeche Mode et les Doors, les garçons et les cigarettes (dans le désordre). La vue d’un sportif en tenue fluo suscite chez moi incompréhension, moquerie et peut-être un peu d’envie, qui sait… En tout cas j’ai choisi mon camp, avec l’intransigeance de l’adolescence : moi, je travaille mon esprit, le sport, c’est pour les « p’tites têtes ». Un autre monde, quoi.
Les années multi-sport
Cette phase s’achève à 21 ans au moment où je décide d’arrêter de fumer (j’inhale à l’époque près d’un paquet de clous de cercueil par jour). Pendant un an je suis inscrite dans une salle de sport, je ne fais plus que ça (en plus de mon DEA), et je suis assidue. Mon programme quotidien : cours collectifs, step, machines de muscu. Je prends du volume, c’est juste moche mais ça me fait du bien et ça m’aide à tenir.
Puis, j’arrête tout à nouveau pendant un an.
C’est l’appel du grand bassin qui me fait replonger l’année suivante : je nage trois fois par semaine et j’adore ça ! Encore une fois, c’est l’aspect solitaire et quasi hypnotique de ce sport qui me plaît. Me confronter à moi et à moi seule. Etre dans ma bulle.

Un nouveau départ
A 28 ans, un mariage et un bébé plus tard, me voilà à nouveau inactive, en fort surpoids (après la naissance de mon petit ange, c’est de 24 kilos que je dois me délester !). Bizarrement, l’idée de refaire du sport ne m’effleure pas, mais je me prends en main, Montignac devient mon gourou, les kilos s’envolent (en un an, tout de même).
Quatre ans plus tard, ma vie perso se complique, et pour la première fois, je chausse des vieilles baskets pourries pour aller courir de mon plein gré. Pourquoi courir ? Je n’en sais rien, c’est ma première impulsion. Mes motivations ? Tout se mélange : un grand besoin de m’échapper pour supporter le chagrin d’une séparation, de la fin d’une belle histoire, de l’idée qu’un enfant est au milieu de tout ça et qu’il va en souffrir, même si ça se passe plutôt « bien » ; c’est aussi l’euphorie d’une nouvelle rencontre amoureuse, la certitude que cette personne comptera dans ma vie ; un trop-plein d’énergie à dépenser dans tout ce maelström de sentiments contradictoires. Et enfin, l’envie de restaurer une image de moi un peu « pépère », forgée par quelques années de laisser-aller, comme si j’avais « oublié » mon corps. En tout cas, je n’en ai pas pris soin.
En plus, ce n’est certainement pas un hasard, mais après avoir épousé un écrivain (qui courait à l’occasion), me voilà en couple avec un sportif, un vrai : cycliste à haut niveau pendant plus de dix ans, skieur émérite, coureur occasionnel (tiens, tiens). Il n’a jamais allumé une cigarette de toute sa vie, le sport est une seconde nature chez lui. Bref, de nouvelles perspectives s’ouvrent à moi.

Mens sana in corpore sano ?
Je commence donc à courir « pour de vrai » à l’été 2006. Bien sûr, au début, je me traîne. Je grappille des minutes au fil de mes sorties, en octobre, j’atteins les 40 minutes et c’est une grande victoire ! Il me faudra trois mois pour que l’idée de m’inscrire à une course germe dans mon esprit désormais nourri aux endorphines capesques. Et ce sera carrément le semi-marathon de Paris 2007 (motivée par mon chéri qui le courra aussi) ! Je ne fais pas de vrai plan de prépa, je cours juste régulièrement (mais que je suis lente…). Entre-temps, j’apprends des mots bizarres comme « cardio, Polar… » et je m’équipe en textiles techniques, New Balance et ensemble Gore (ben oui, on est en plein hiver). Le semi se profile. Résultat : 2h26 de bonheur pur. J’ai dû courir ces 21 km et des poussières avec le sourire. Mon entourage est incrédule. Moi-même je peine à y croire, je l’ai fait !
A partir de ce jour-là, je suis « piquée ». A l’automne, je cours deux 10 km, les 20 km de Paris et le semi-marathon de Boulogne. En 2008, c’est le semi du Val de Marne, à nouveau les 20 km de Paris, Odyssea, le semi de Boulogne. Entretemps, je suis chatouillée par l’envie de m’inscrire au marathon de Paris 2009. Tout le monde me dissuade, y compris mon homme, qui a peur que j’y laisse trop de plumes. Mon père me dit que « je n’ai pas la morphologie pour les longues distances » (merci papa), mes amis n’y croient pas (normal, ils m’ont connue dans ma phase « bulot », difficile de m’imaginer en Paula Radcliffe). Bref, tout ce petit monde ne sait pas qu’il est en train de me forger ma conviction : non seulement je vais m’inscrire mais je vais le finir, ce marathon, rien que pour leur donner tort !!
La prépa commence donc dès le mois de janvier. Je ne pense qu’à ça, je dors marathon, je respire marathon, je rêve (ou cauchemarde) marathon, mais je garde tout ça pour moi. Pas question de partager mes doutes et de me laisser déstabiliser par les sceptiques. Encore une fois, je suis dans ma bulle… et je cours.
5 avril 2009, mon Philippe m’accompagne au départ, il me rejoindra au semi. J’ai la trouille, j’ai froid, chaud, j’ai envie de rire et de pleurer mais je me sens sacrément vivante ! Je boucle ce premier marathon sans souffrance en 4h58… J’appelle ma sœur qui au bout de 5 minutes de conversation comprend enfin que j’ai franchi la ligne d’arrivée, je trône dans mon salon, telle la « Queen mum », attendant les coups de fil de félicitations qui ne manquent pas de tomber. Je suis désormais considérée comme « une sportive », ce qui pour moi est une petite révolution, vous l’aurez compris.

Esprit CAF, es-tu là ?
Je narre ma course au bureau, et l’une des rédactrices du journal me glisse entre les mains le livre d’une certaine… Cécile Bertin. Je le dévore dans les heures qui suivent et m’inscris dans la foulée (ah ah) sur Caf, où de but en blanc je poste mon compte-rendu du marathon. J’ai compris un peu plus tard que ce ne sont pas des façons de faire, qu’il faut d’abord se présenter, que j’arrive dans un groupe et que la politesse la plus élémentaire est de rigueur, comme dans la « vraie vie », en fait. Bref, j’espère m’être rattrapée depuis.;
Ensuite, la lecture de vos exploits ou tout simplement de vos expériences sur Caf entretient mon envie de courir, encore et toujours. J’ai couru, depuis mon inscription plusieurs 10 km, des semis, un 14 km, le Nice-Cannes et à nouveau le marathon de Paris cette année (en souffrant beaucoup). Et j’ai aussi fait de belles rencontres… Je fais actuellement une pause pour cause de genou récalcitrant, mais je suis bien décidée à reprendre dès que possible. Mes projets de course ? New-York 2011 (ce qui me laisse le temps de me soigner). J’ai décidé cette année de courir moins, mais mieux, d’améliorer ma vitesse, bref, de faire bien les choses pour me sentir plus à l’aise sur ma distance favorite (pour l’instant : 42,195 km) et de faire des courses en relais pour me motiver.

Mes courses rêvées ? Peut-être une distance plus longue que le marathon, un jour, qui sait….
Ce que m’apporte la course à pied ? Du bien-être, c’est sûr, une sensation de liberté indéniable. Je me garderais bien de lui conférer une dimension métaphysique. Mais j’ai compris que j’ai enfin trouvé un sport qui me correspond vraiment, qui me permet de m’évader, de me dépasser tout en étant « dans ma bulle ». Et je ne me sens jamais aussi bien dans ma peau qu’après une sortie, même courte, même par grand froid, même sous la pluie ;-)







.jpg)
.jpg)
.jpg)




